Voir plus
Voir moins

Baromètre 2025 de la consommation responsable

«Les femmes et les personnes aînées sont les véritables moteurs de la consommation responsable au Québec», révèle Fabien Durif.

7 mai 2025 à 10 h 34

Pour la 15e édition de son Baromètre de la consommation responsable, l’Observatoire de la consommation responsable (OCR) de l’École des sciences de la gestion dresse un bilan nuancé et révélateur des comportements des Québécoises et Québécois. Si la consommation responsable s’ancre progressivement dans les habitudes, elle demeure confrontée à des tensions majeures: impact du coût de la vie, écofatigue ambiante, perte de repères collectifs et contradictions à surmonter.

«La consommation responsable n’est plus perçue comme un simple réflexe d’achat écologique. Elle devient un mode de vie durable, enraciné dans le quotidien», souligne Fabien Durif, directeur de l’OCR et professeur au Département de marketing de l’ESG UQAM. Les résultats indiquent à cet égard que 64 % de la population estime consommer de manière plus responsable qu’il y a 10 ans.

Les répondantes et répondants associent plusieurs comportements à cette vision élargie de la consommation responsable, comme le fait de limiter le gaspillage (85,5 %), de repenser ses besoins (80,2 %), de privilégier la qualité et la santé (77,4 %), de faire preuve de sobriété (74,5 %) et d’acheter local (71,9 %).

Le recyclage demeure la pratique la plus courante (83,5 % l’ont fait fréquemment dans la dernière année), illustré dans le panier des Québécoises et des Québécois par l’achat constant de produits fabriqués à partir de matières recyclées. En parallèle, l’attrait pour les certifications alimentaires et manufacturières locales («Bœuf du Québec», «SAQ Origine Québec», «Produits du Québec», etc.) progresse dans les achats déclarés.

Ambassadrices du changement

«Après 15 ans d’observation, une réalité s’impose: les femmes et les personnes aînées sont les véritables moteurs de la consommation responsable au Québec», remarque Fabien Durif. Les femmes, en particulier, se distinguent par une approche globale et affirmée. «Elles restent les plus engagées sur toutes les pratiques de consommation responsable, à l’exception de celles de mutualisation. Ce sont elles qui mènent actuellement les transformations vers une consommation plus sobre.»

Les personnes de plus de 65 ans privilégient des gestes concrets: aliments de saison, achats locaux et écologiques, produits recyclés ou encore réduction de leur consommation de viande, de produits transformés et d’énergie. Pragmatique et mesurée, cette génération limite également les achats impulsifs et compare systématiquement les prix. Toutefois, elle reste plus distante vis-à-vis des pratiques collaboratives émergentes.

À l’opposé, les jeunes générations et les personnes vivant en ville façonnent une écologie quotidienne différente: collaborative, alternative, mais traversée de contradictions et de défis à surmonter. Les hommes, quant à eux, se montrent plus confiants qu’engagés, révélant un décalage entre discours et réalité.

Quelques fait saillants

La seconde main en voie de normalisation

Une personne sur 10 achète au moins une fois par semaine des objets usagés. Via l’achat d’occasion, deux personnes sur trois déclarent avoir réduit l’achat de biens neufs.

Les pratiques de zéro déchet peinent encore à dépasser le stade des bonnes intentions

Bien que certains gestes gagnent du terrain (utilisation régulière d’une bouteille d’eau, d’une tasse ou de sacs réutilisables), d’autres pratiques, comme le vrac, semblent freinées par des contraintes logistiques et une offre encore limitée.

Sobriété: moins d’inflation, moins de restrictions?

Les Québécoises et Québécois semblent prêts à faire des compromis sur le superflu – 58,8 % déclarent avoir réduit leur consommation dans la dernière année –, mais tentent de préserver la qualité de certains biens essentiels en ajustant leurs choix.

Attentes envers les marques: le vert cède du terrain au social et à la solidarité

L’utilité sociale, la solidarité et la réponse aux enjeux économiques semblent désormais primer sur les promesses écologiques. Le palmarès 2025 est ainsi dominé par des marques du réemploi et de l’économie circulaire comme Renaissance et Village des Valeurs.

Une écofatigue bien réelle 

Les résultats confirment une forme de saturation écologique. Une part significative de la population dit en faire déjà assez (39,9 %), exprime du découragement face à la complexité des gestes à poser (31,4 %) ou à l’omniprésence des discours alarmistes (35,9 %).

Une connaissance environnementale encore partielle

Plus de trois personnes sur quatre déclarent n’avoir qu’une connaissance limitée ou partielle de l’impact environnemental des produits consommés (73,2 % n’ont jamais utilisé un outil de calcul de l’impact environnemental de leur consommation).

Et demain? Une responsabilité collective à réinventer

Les Québécoises et Québécois continuent de croire à une responsabilité partagée: individus (75,7 %), entreprises (68,1 %), détaillants (63,2 %), autorités gouvernementales (62,6 %), autorités municipales (58,5 %), actrices et acteurs sociaux (54,3 %) et groupes environnementalistes (45,4 %) doivent jouer leur rôle. Mais les attentes de la population sont en forte baisse, un signe d’un retrait ou d’un besoin de renouvellement du contrat social écologique, selon Fabien Durif.

Au cours de la prochaine année, les Québécoises et Québécois se disent prêts à poser des gestes simples, concrets et accessibles, comme adopter des pratiques de réduction (76,4 %) et de tri des déchets (76,1 %), réduire leur consommation de plastique (75,7 %), favoriser l’achat local (72,5 %) et réduire leur consommation générale (70,4 %).

La population québécoise attend des actions concrètes, durables et visibles de la part des entreprises: des produits plus durables, réparables et recyclables, de la transparence sur l’impact environnemental et social, et des solutions concrètes pour allonger la durée de vie des produits.

On peut consulter tous les résultats du Baromètre sur le site web de l’Observatoire de la consommation responsable.

Méthodologie

Réalisé du 21 janvier au 7 février 2025 auprès de 2 000 répondants du panel web de MBA Recherche, le Baromètre dresse le portrait des pratiques de consommation responsable des Québécoises et Québécois. Les données ont été pondérées en fonction de la distribution réelle de la population selon l’âge et le sexe, d’après les données du dernier recensement de Statistique Canada.