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Coops de travail: à la fois associations et entreprises

Une recherche offre des outils pour aider les coopératives à penser leur modèle d’organisation.

Par Claude Gauvreau

10 octobre 2024 à 13 h 18

Un site web, des capsules vidéo et des balados résultant d’une recherche partenariale menée par la professeure du Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM Valérie Michaud (M.A. communication, 2003; Ph.D. administration, 2012) et le Réseau Coop ont fait récemment l’objet d’un lancement à l’UQAM. Soutenu par le Service aux collectivités, ce projet visait à explorer et à documenter les différents modèles de gestion et de gouvernance des coopératives de travail au Québec, qu’elles soient en démarrage ou en activité. Des entrevues individuelles et de groupe ont été réalisées auprès de membres de 20 coops de travail.

«Une coopérative de travail est une entreprise gérée démocratiquement par ses membres salariés, qui en sont collectivement les propriétaires, souligne Valérie Michaud. Son but principal est de fournir à ses membres des emplois correspondant à leurs aspirations. Ces derniers participent aux principales décisions stratégiques de l’entreprise pour en assurer le développement.»

Aujourd’hui, le Québec compte quelque 275 coops de travail, qui font partie de la grande famille des coopératives. «Se distinguant par leur esprit d’innovation, les coops de travail sont réparties sur l’ensemble du territoire du Québec et se retrouvent dans une grande variété de secteurs d’activités: loisirs, tourisme, informatique, communications, production manufacturière», précise la directrice générale du Réseau Coop, Isabel Faubert-Mailloux (B.A. science politique, 1995; M.B.A. spécialisé en entreprises collectives, 2001). Leur présence est particulièrement forte dans le domaine des services, où leur lancement ne nécessite pas d’investissements majeurs.

«La possibilité de redéfinir les relations de pouvoir au sein des coops les conduit à réfléchir aux modes d’organisation les plus susceptibles de favoriser la démocratie et la prise de parole.»

Valérie Michaud,

Professeure au Département d’organisation et ressources humaines

La liberté de prendre des décisions, de gérer et de développer collectivement l’entreprise est au cœur du modèle des coops de travail. «La possibilité de redéfinir les relations de pouvoir au sein des coops les conduit à réfléchir aux modes d’organisation les plus susceptibles de favoriser la démocratie et la prise de parole», souligne Valérie Michaud. «Les mandats des coops de travail et les clients avec lesquels elles font affaire doivent aussi être en adéquation avec leurs principes et valeurs, basés sur la responsabilité sociale, poursuit Isabel Faubert-Mailloux. Ainsi, on voit des coops d’architectes préoccupées par le logement social ou des coops de communication miser sur de hauts standards éthiques.»

Des modèles de gestion diversifiés

La recherche a permis d’établir une typologie des modèles de gestion et de gouvernance les plus couramment adoptés par les coops de travail: le collectif de démarrage dans lequel les membres expérimentent plusieurs manières de fonctionner; les coops horizontales qui favorisent l’autonomie des membres en assurant un partage (et parfois une rotation) des responsabilités de gestion; les coops basées sur la coordination pour faciliter l’organisation conjointe des activités; et celles misant sur une direction générale, qui applique les décisions stratégiques prises par le conseil d’administration.

«Peu importe le modèle d’organisation qu’elles choisissent, les coops de travail fonctionnent généralement en mode d’autogestion, dans la mesure où les décisions sont prises par les membres réunis en assemblée générale, ou par le conseil d’administration, lui-même composé de travailleurs et travailleuses», observe Valérie Michaud.

«Les divers modèles de gestion forment une sorte de continuum et leurs frontières demeurent fluides.»

Isabel Faubert-Mailloux,

Directrice générale du Réseau Coop

Selon les deux responsables de la recherche, on trouve autant de modèles d’organisation que de coopératives, lesquelles se structurent selon les valeurs et aspirations de leurs membres. «Les divers modèles de gestion forment une sorte de continuum et leurs frontières demeurent fluides», remarque Isabel Faubert-Mailloux. «Il n’existe pas de modèle idéal, soutient Valérie Michaud. Celui qui convient le mieux est celui qui correspond le plus aux besoins des membres.» Et ce modèle, même s’il est parfaitement adapté à un moment donné, peut évoluer et se transformer au fil du temps, ajoute Isabel Faubert-Mailloux.

Association ou entreprise?

L’un des objectifs de la recherche était de comprendre l’articulation entre les composantes associative et entrepreneuriale au sein des coops. Sur le site web du projet de recherche, une capsule vidéo est consacrée à la dualité entre les deux volets. Faut-il s’orienter vers des structures horizontales, davantage associées à la dimension associative, ou vers des structures plus ou moins hiérarchiques, liées à la dimension entrepreneuriale?

Les deux volets peuvent coexister, assurant l’équilibre des rapports de pouvoir et de contre-pouvoir, dit Valérie Michaud. «Certaines coops se dotent d’une direction générale avec quelques paliers hiérarchiques. Au quotidien, la direction générale peut exercer un pouvoir sur les membres de la coop, notamment en ce qui a trait à l’organisation et à la supervision du travail, mais elle relève des assemblées générales et du conseil d’administration qui, composés de travailleurs et de travailleuses, permettent d’assurer un contrôle démocratique.»

Tensions et paradoxes

La recherche a mis en lumière des paradoxes pouvant nourrir les réflexions au sein des coops de travail, comme la tension entre recherche de stabilité et volonté d’expérimenter, entre ambition sociale et contraintes économiques, et entre besoins individuels et collectifs.

Plusieurs coopératives de travail sont notamment tiraillées entre leurs aspirations de transformation sociale et leurs besoins de rentabilité économique. «Les coops subissent beaucoup de pression pour que leurs activités aient un impact social ou écologique, indique Isabel Faubert-Mailloux. Des entreprises privées, qui font un maximum de profits, ont les moyens d’investir dans des mesures écologiques, alors que les efforts des coops, qui font déjà face à des impératifs de gestion collective et démocratique, ne sont pas toujours reconnus à leur juste valeur.»

Pour Valérie Michaud, «les coops de travail, comme la plupart des organisations et entreprises d’économie sociale, doivent reconnaître l’importance de ces tensions et apprendre à composer avec elles dans leurs pratiques de gestion».

Répondre aux besoins de formation

Sur le site web de la recherche, la section «Découvrez» vise à mieux faire connaître les particularités des coops de travail. «La section a été développée afin de répondre, entre autres, aux besoins de formation des étudiantes et étudiants de l’ESG UQAM dans le cadre des cours de premier et deuxième cycles consacrés à la gestion des entreprises sociales et collectives, souligne la professeure. L’idée est de les sensibiliser à d’autres types d’entreprises et de leur fournir des outils de base pour comprendre l’écosystème des coopératives.»

Une autre section, appelée «Explorez», présente les résultats de la recherche concernant le spectre de modèles d’organisation possibles au sein des coops de travail ainsi que des balados portant sur chacun d’eux. La troisième section, «Réfléchissez», propose des pistes de réflexion, conçues avec le Réseau COOP, sur le démarrage d’une coop de travail ainsi qu’un questionnaire interactif sur les modes de gestion destiné aux membres de coopératives.

Isabel Faubert-Mailloux se réjouit des résultats de la recherche qui, dit-elle, permettent d’alimenter les discussions sur les valeurs des coops de travail et sur les différentes visions liées aux modèles de gouvernance. «Cela permettra au Réseau COOP de mieux accompagner les coopératives dans leurs démarches de réflexion», souligne la directrice générale.

Le Carrefour d’innovation et de pédagogie universitaire de l’UQAM a contribué à bâtir le site web et les capsules vidéo, tandis que la radio étudiante CHOQ.ca a collaboré à la réalisation des balados. Ceux-ci peuvent être visionnés sur Spotify.

On peut consulter les résultats de la phase 1 (quantitative) de la recherche, menée par le Réseau COOP.