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Reconnecter avec les racines du jazz

La doctorante Alice Bourgasser souhaite valoriser la culture et le patrimoine afro-américains dans l’émancipation de ce style musical.

Par Jean-François Ducharme

2 juillet 2024 à 14 h 10

Montréal vibre au rythme du Festival international de jazz, qui se poursuit jusqu’au 6 juillet. «Le festival est une institution qui permet d’apprécier et de s’instruire sur tous les courants du jazz, du swing au jazz fusion en passant par le bebop», souligne la doctorante en études et pratiques des arts Alice Bourgasser (M.A. danse, 2021), qui y a elle-même participé plusieurs fois en tant qu’enseignante de swing.

Originaire de France, où elle a été formée en danse contemporaine, Alice Bourgasser est déménagée à Montréal en 2016. Elle y a découvert le swing – une branche du jazz qui a émergé à Harlem à la fin des années 1920 et qui a été popularisée par des artistes comme Ella Fitzgerald, Duke Ellington, Cab Calloway et Count Basie – et en est tombée amoureuse. Son mémoire de maîtrise portait sur les danseuses et danseurs pionniers du style swing. Aujourd’hui, elle l’enseigne à une centaine de personnes, tant au Québec qu’en Europe. Elle produit des spectacles et est championne canadienne en lindy hop (avec son partenaire Michel Campeau) et en solo jazz, deux styles de danses dérivés de la musique swing.

Appropriation culturelle

«Le swing a malheureusement été victime d’un énorme phénomène d’appropriation culturelle, des années 1930 jusqu’à aujourd’hui, déplore la doctorante. Cela a mené à une quasi-exclusion des personnes afro-descendantes. Sur la centaine de personnes à qui j’enseigne, je peux compter les personnes noires sur les doigts d’une main.»

C’est ce constat qui l’a poussée à entamer un doctorat, sous la codirection de Caroline Raymond, professeure au Département de danse, et d’Angelique Willkie, de l’Université Concordia. Alice Bourgasser a intitulé sa thèse «Cheminer vers une posture alliée dans le milieu des danses jazz vernaculaires au travers de rencontres artistiques situées». «Je veux mettre en lumière de quelle façon je peux valoriser la culture afro-américaine, même si je n’y appartiens pas», raconte-t-elle.

Afin de stimuler la réflexion sur ces enjeux, Alice Bourgasser a créé en mars dernier l’événement Jazz Happening, une résidence de recherche de quatre jours. Elle a invité à Montréal des artistes de la France, des États-Unis, de l’Angleterre et du Québec. «Beaucoup de questionnements ont émergé autour de l’importance de la valorisation du patrimoine afro-américain, ou comment l’ancrage culturel afro-descendant permet une compréhension spécifique du jazz, explique la doctorante. On y a aussi discuté des façons de transmettre la culture du jazz, sans tomber dans une vision normée ou des recettes toutes faites.» Des expériences artistiques fondées sur l’improvisation et des classes de maîtres ont aussi ponctué l’événement.

La doctorante croit que la communauté swing, à forte majorité blanche, a fait une importante prise de conscience au cours des dernières années. «Je sens qu’il y a une volonté de reconnexion à la population afro-américaine et afro-descendante, afin que la musique swing soit davantage ancrée dans ses racines, conclut Alice Bourgasser. J’espère que cela permettra aux personnes noires de se sentir plus incluses et investies dans leur pratique artistique.»