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En amont des productions théâtrales

Emie Gagnon et Charles-Hugo Duhamel animent l’atelier de costumes et l’atelier de décors de l’École supérieure de théâtre.

Par Pierre-Etienne Caza

12 décembre 2023 à 8 h 20

Il faut descendre au sous-sol du pavillon Judith-Jasmin pour découvrir les espaces où se matérialisent les idées de costumes et de décors des différentes productions théâtrales étudiantes. D’un côté, un atelier où l’on retrouve de grandes tables pour couper les tissus, des machines à coudre et des instruments de confection, en plus d’un costumier qui recèle de vrais trésors; de l’autre, un local aux multiples outils et aux plafonds tout en hauteur afin de construire et ériger des pans de décors. On y fait la rencontre d’Emie Gagnon (B.A. art dramatique/scénographie, 2004; C. animation culturelle, 2008) et Charles-Hugo Duhamel, respectivement technicienne et technicien en travaux pratiques. Ce sont eux qui veillent au bon fonctionnement de ces lieux de création.

Leur rôle consiste à guider les étudiantes et étudiants du baccalauréat en art dramatique, concentration scénographie ainsi que ceux et celles du DESS en théâtre de marionnettes contemporain et de la maîtrise en théâtre afin qu’ils puissent s’initier aux rudiments de la confection de costumes et de la construction de décors et/ou se perfectionner. «Cela implique de savoir utiliser adéquatement et de manière sécuritaire tous les appareils et les outils, explique Charles-Hugo Duhamel, responsable de l’atelier de décors. Notre objectif est qu’ils apprennent à réfléchir avec le matériel à leur disposition.»

Photo: Nathalie St-Pierre

Lors de notre passage, au début du trimestre d’automne, quatre étudiantes de première année devaient confectionner un t-shirt dans l’atelier de costumes et cinq autres s’exerçaient à fabriquer un marchepied dans l’atelier de décor. «L’important n’est pas de faire un parcours sans faute aujourd’hui, mais de savoir repérer les techniques plus difficiles qui peuvent poser problème et prendre le temps d’apprendre comment faire», explique Emie Gagnon à ses apprenties.

Pendant le trimestre, en plus de se familiariser avec les outils, les machines et les différentes techniques, la cohorte de première année donne un coup de main à celle de troisième année pour la confection des costumes et la fabrication des décors des productions de fin d’études. «En deuxième année, les étudiantes et étudiants sont appelés à réaliser une exposition sur la scénographie», précise Emie Gagnon.

Assurer la continuité

Charles-Hugo Duhamel a été embauché à l’École supérieure de théâtre en 2014, Emie Gagnon en 2018. Hormis le fait que leurs locaux soient côte-à-côte et qu’ils aient développé au fil des ans une belle complicité, la particularité qui les unit est que tous deux ont remplacé les personnes qui ont forgé de toutes pièces les deux ateliers au début du programme d’art dramatique à l’UQAM: Guy Rouillard (décors) et Lucie Matte (costumes), qui étaient en poste depuis le début des années 1980! «Nous avons eu la chance d’effectuer une transition à leur côté et c’était important pour Guy et Lucie de sentir qu’ils laissaient leurs ateliers à des personnes de confiance», raconte Charles-Hugo Duhamel.

Une expertise complémentaire appréciée

La chargée de cours Anne-Sara Gendron, qui donne le cours Initiation aux métiers de la scène depuis trois ans et que nous croisons ce jour-là, apprécie la collaboration avec Emie Gagnon et Charles-Hugo Duhamel. «Ce sont de bons pédagogues, qui possèdent une expertise complémentaire à la mienne et des expériences de travail qu’ils peuvent partager avec les étudiantes et les étudiants. C’est précieux!», témoigne-t-elle.

Depuis l’an dernier, deux autres techniciens en travaux pratiques accompagnent également les différentes cohortes en scénographie pour les volets éclairage et son.

Le quart des costumes à confectionner

Au début de sa troisième année, la cohorte en art dramatique décide de la production qu’elle souhaite mettre en scène. «Les étudiantes et étudiants chargées des costumes et des décors viennent ensuite nous voir pour valider leurs idées. Notre rôle est de déterminer avec eux si leur plan est réaliste considérant le budget et les délais impartis», explique Charles-Hugo Duhamel.

Plutôt que de dire non ou d’affirmer aux étudiantes et étudiants que leur projet est irréaliste, la technicienne et le technicien préfèrent proposer des solutions. «Dans le milieu, il faut s’habituer à travailler avec des contraintes. C’est donc bon que les étudiantes et étudiants l’apprennent tôt dans leur parcours», observe Charles-Hugo Duhamel.

Photo: Nathalie St-Pierre

La production des décors nécessite habituellement trois semaines, auxquelles on doit ajouter un ou deux jours pour l’entrée en salle et le montage. «De notre côté, c’est un peu plus long. On parle plus de cinq semaines», observe Emie Gagnon, qui invite toujours les créatrices et créateurs à fouiller d’abord dans le costumier. Capes, robes, souliers, perruques, chapeaux, sac à mains, chemises, pantalons, on y trouve de tout… même des masques à gaz et un costume de singe! «Bien sûr, nous n’avons pas les vestons de toutes les époques ni de toutes les couleurs ou toutes les tailles, mais nous avons une très bonne base pour habiller plusieurs personnages», note-t-elle.

Lorsque les membres de la troupe ne trouvent pas ce qu’ils souhaitent dans le costumier, Emie Gagnon les dirige vers les friperies. «Et s’ils ne trouvent pas, on pensera à la confection, précise-t-elle. Généralement, le quart des costumes d’une production dirigée provient du costumier, le quart est confectionné et le reste est acheté.»

Des défis à relever

Est-ce qu’il arrive que la troupe arrive avec des propositions hors de l’ordinaire? «Oh oui, très souvent!, dit en riant Emie Gagnon. Habituellement, j’autorise une dizaine de costumes, au gros maximum 20, mais c’est déjà arrivé que j’autorise 50 costumes. Le groupe de scéno n’a pas beaucoup dormi cette session-là!»

Le rôle d’Emie Gagnon et Charles-Hugo Duhamel est de prévenir leur monde du travail qu’il y aura à faire en fonction des idées et des concepts souhaités. «Nous avons déjà bâti un décor qui a nécessité une semaine de montage à six personnes alors que cela prend habituellement une seule journée, se rappelle Charles-Hugo Duhamel. Il s’agissait d’un plancher en pente, et c’était comme si nous avions construit un deuxième étage sur la scène!»

Les projets sont souvent emballants et comportent leur lot de défis à relever, poursuit le technicien, qui doit parfois tester des prototypes avec son groupe pour s’assurer que des mécanismes fonctionnent bien avant de les intégrer aux éléments du décor. «Ce n’est jamais arrivé qu’on ne réussisse pas à livrer les décors et les costumes pour un spectacle, dit-il. Mais tout le monde est invariablement claqué à la fin du trimestre!»