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Augmentation des émissions de GES à Montréal

Le transport et le chauffage des bâtiments sont pointés du doigt.

Par Pierre-Etienne Caza

24 mai 2023 à 16 h 12

L’agglomération de Montréal a dévoilé récemment son inventaire des émissions de gaz à effet de serre pour les dernières années. Ce bilan fait état d’une augmentation des émissions de GES entre 2016 et 2019 (les données pour l’année pandémique 2020 ont été jugées non représentatives), des résultats allant à contre-courant des efforts déployés depuis 1990 en la matière.

La Ville de Montréal souhaitait réduire ses émissions de GES de 55 % d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990. On semblait être sur la bonne voie jusqu’en 2016, puisque l’on avait atteint 28 % de diminution. Les augmentations enregistrées lors des trois années subséquentes ont ramené cette diminution à 20 % (par rapport au niveau de 1990).

«Les deux sources principales de GES de l’agglomération montréalaise sont le transport et le chauffage des bâtiments», rappelle le professeur du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’ESG UQAM Mark Purdon, titulaire de la Chaire de recherche UQAM sur la décarbonisation.

En matière de transport, le défi est considérable. «Il faut des actions concertées entre la Ville et la Communauté métropolitaine de Montréal pour harmoniser le réseau routier et le transport collectif, lesquels relèvent de deux instances différentes, soit le ministère des Transports et l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM). À l’heure actuelle, le système n’est pas optimisé pour convaincre les gens d’adopter le transport en commun.»

L’autre défi en matière de diminution des émissions de GES, c’est l’aménagement du territoire, observe Mark Purdon. «Il ne suffit pas de densifier des quartiers, il faut s’assurer qu’ils soient reliés aux systèmes de transport collectif, que ce soit de véritable TOD (transit-oriented development). Autrement, les gens prennent leur voiture pour tous leurs déplacements.»

Mark Purdon, qui poursuit des projets sur le climat et le transport avec des partenaires du Québec, de l’Ontario, de la Nouvelle-Angleterre et de la Californie, observe que le modèle californien est sans doute le plus prometteur. «Pour que la densification urbaine soit réellement efficiente, il faut qu’un organisme chapeaute la planification de ses trois composantes essentielles, c’est-à-dire l’aménagement territorial, les transports routiers et les transports collectifs, analyse-t-il. Ce n’est pas le cas au Québec.»

La thermopompe, une solution sous-utilisée

La Ville de Montréal peut agir sur la deuxième source de GES: le chauffage des bâtiments. «À Montréal, on utilise principalement l’électricité et le gaz naturel pour chauffer, note Mark Purdon. La meilleure solution serait d’inciter les propriétaires à opter pour une thermopompe, une solution peu utilisée jusqu’ici au Québec. Ce changement permettrait de réduire considérablement les émissions de GES liées aux bâtiments et de conserver l’électricité économisée pour d’autres utilisations, comme les bornes des voitures électriques.»

Le principe de la thermopompe est simple: elle extrait la chaleur de l’air extérieur pour la rediriger vers l’intérieur. L’été, elle procède à l’inverse, en extrayant la chaleur de l’intérieur de la maison afin de l’envoyer à l’extérieur. Apparus il y a une dizaine d’années, les nouveaux modèles de thermopompes résidentielles, dits pour climat froid, fonctionnent même sous les rudes températures de l’hiver québécois. Les accumulateurs de chaleur qui peuvent être installés avec ce type d’appareil permettent de réduire la consommation en période de pointe.

Selon Hydro-Québec, la thermopompe, bien qu’elle soit alimentée à l’électricité, serait trois fois plus efficace que les plinthes électriques, permettant de réaliser des économies sur la facture énergétique.

«Le seul bémol avec l’électricité, ce sont les épisodes de verglas comme nous en avons eu au début d’avril», souligne toutefois Mark Purdon. Aucun système n’est parfait, mais en matière de réduction d’émissions de GES, l’électricité aura toujours le dessus sur le gaz naturel, le propane ou le mazout.