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La vie végétale menacée au Canada

Un rapport d’un comité d’experts souligne l’urgence de protéger la santé des végétaux dans les zones agricoles et forestières.

Par Claude Gauvreau

27 janvier 2022 à 15 h 01

Mis à jour le 9 juin 2022 à 13 h 09

Frêne infecté par l’agrile, un insecte dévastateur, que l’on a coupé dans le bois de Saraguay, à Montréal.
Photo: Nathalie St-Pierre

Les végétaux sont indispensables à la vie sur Terre. Ils fournissent l’oxygène que nous respirons, composent les aliments que nous mangeons, contribuent à la formation des sols, filtrent l’eau et sont largement utilisés pour la fabrication de médicaments. Or, que ce soit dans les exploitations agricoles ou les forêts, les végétaux au Canada sont actuellement exposés à des menaces multiples et complexes, préviennent les membres d’un comité d’experts du Conseil des académies canadiennes (CAC), auteurs du rapport intitulé Cultiver la diversité.

Fondé par la Société royale du Canada, l’Académie canadienne du génie et l’Académie canadienne des sciences de la santé, le CAC est un organisme à but non lucratif qui confie à des comités d’experts la tâche d’effectuer des études dans divers domaines afin d’éclairer l’élaboration de politiques publiques au Canada.

«Le Conseil a été mandaté par l’Agence canadienne d’inspection des aliments pour examiner les risques actuels et émergents les plus importants pour la santé des végétaux au Canada, précise le professeur du Département des sciences biologiques Christian Messier, membre du comité d’experts et titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la résilience des forêts face aux changements globaux. Le rôle du comité d’experts était de produire une évaluation scientifique indépendante des risques et des solutions à mettre en place pour y faire face.»

«Un des constats du rapport est qu’il faut absolument resserrer les contrôles aux frontières des personnes et des marchandises, lesquelles sont des sources d’importation potentielles de maladies, d’insectes et autres espèces indésirables.»

Christian Messier,

Professeur au Département des sciences biologiques

Changements climatiques et espèces nuisibles

Le rapport du comité d’experts décrit les nombreuses menaces auxquelles les végétaux sont confrontés: hausse des températures, modification du régime des précipitations, événements météorologiques extrêmes (inondations, feux de forêt), maladies et nouveaux prédateurs. «Ces phénomènes sont tous exacerbés par les changements climatiques, observe Christian Messier. Ces changements ont pour effet, notamment, de faciliter la propagation d’insectes indigènes, qui affectent la vulnérabilité de certaines plantes, sans parler des espèces envahissantes – bactéries, champignons, mammifères –, qui s’attaquent aux végétaux dans les territoires agricoles et forestiers.»

Les échanges commerciaux et la circulation mondiale des biens et des personnes, qui se sont accrus depuis une dizaine d’années, favorisent aussi l’introduction et la prolifération au pays d’espèces indésirables. «C’est le cas de l’agrile du frêne, un insecte dévastateur importé de Chine, qui a détruit des millions de frênes dans les zones forestières et urbaines en Amérique du Nord», rappelle le professeur.

«Si les menaces pesant sur la vie végétale ne sont pas reconnues et contrées efficacement, nos écosystèmes risquent de faire face à des perturbations considérables, compromettant la santé humaine et animale, la biodiversité et la production alimentaire», souligne Déborah Buszard, présidente du comité d’experts.

Protéger la santé des végétaux est aussi important en raison de leurs effets non négligeables sur la croissance et la prospérité économiques, indique le rapport du comité d’experts. Ainsi, la contribution des végétaux au PIB du Canada est de l’ordre de 3 %, alors que l’agriculture et la foresterie représentent 500 000 emplois et 90 milliards de dollars en exportations annuelles.

«Quand un écosystème est diversifié, il est beaucoup plus difficile pour les insectes et autres organismes nuisibles de faire des ravages.»

Resserrer les contrôles aux frontières

Selon le comité d’experts, les menaces auxquelles les végétaux sont confrontés exigent un changement dans l’approche phytosanitaire au Canada. «Un des constats du rapport est qu’il faut absolument resserrer les contrôles aux frontières des personnes et des marchandises, lesquelles sont des sources d’importation potentielles de maladies, d’insectes et autres espèces indésirables», note Christian Messier.

On doit aussi établir des inventaires rigoureux. «Dès qu’un insecte, une maladie ou une plante nuisible apparaît à un endroit, nous devrions être en mesure d’intervenir rapidement pour les contrôler, remarque le professeur. Nous proposons d’utiliser les nouvelles technologies de télédétection et d’intelligence artificielle afin de prédire les secteurs où des problèmes risquent de surgir et ainsi augmenter notre capacité d’intercepter les espèces et organismes nocifs.» Une autre méthode consiste à cultiver, près des frontières, des plantes susceptibles d’être attaquées, que des spécialistes peuvent surveiller afin d’avoir des indications rapides sur les types d’insectes ou de maladies pouvant représenter un danger.

Des campagnes de sensibilisation seront nécessaires, poursuit Christian Messier. «On doit demander aux gens qui voyagent à l’extérieur du pays d’être vigilants lorsqu’ils rapportent des plantes dans leurs bagages, car ces dernières peuvent être porteuses de maladies ou d’insectes nuisibles.»

Dans le but d’atténuer et de gérer les risques émergents, le comité d’experts plaide pour une collaboration élargie entre les chercheurs universitaires, les différents paliers de gouvernement, les ONG, les agriculteurs, les représentants du milieu forestier et les peuples autochtones. Les connaissances millénaires issues de la culture autochtone des végétaux offrent, par exemple, des indications précieuses sur la manière dont les plantes s’adaptent aux changements environnementaux.

Le rapport propose, enfin, une série de mesures pour améliorer la protection de la santé des végétaux: conservation des sols, augmentation du nombre de terres protégées, gestion plus efficace de l’eau, lutte intégrée contre les phytoravageurs et renforcement de la coordination et de la transparence dans la recherche.

La meilleure protection consiste à maintenir la plus grande diversité de nos espèces végétales et forestières, soutient Christian Messier. «Quand un écosystème est diversifié, il est beaucoup plus difficile pour les insectes et autres organismes nuisibles de faire des ravages.»

Membre du Centre d’étude sur la forêt, basé à l’UQAM, Christian Messier est aussi titulaire de la Chaire CRSNG/Hydro-Québec sur le contrôle de la croissance des arbres et directeur scientifique de l’Institut des sciences de la forêt tempérée de l’Université du Québec en Outaouais.

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