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UQAM/Relais-femmes: 40 ans d’alliances féministes

Une exposition à l’Écomusée du fier monde souligne le 40anniversaire d’une entente unique au Québec.

Par Claude Gauvreau

3 octobre 2022 à 13 h 32

L’exposition Côté recherche, côté pratique, présentée à l’Écomusée du fier monde, célèbre les 40 ans du protocole d’entente UQAM/Relais-femmes, fer de lance de quelque 200 projets de recherche et de formation partenariales au service du mouvement des femmes au Québec. Mis en place en 1982, ce protocole unique était le fruit d’une alliance entre l’organisme sans but lucratif Relais-femmes, le Groupe interdisciplinaire pour l’enseignement et la recherche sur les femmes (GIERF) et le Service aux collectivités (SAC) de l’UQAM, dont la mission est de démocratiser le savoir universitaire auprès de groupes qui n’y avaient pas traditionnellement accès: organismes communautaires, syndicats et groupes de femmes.

«L’objectif du protocole était de favoriser les rapprochements entre des groupes de femmes actifs dans divers milieux, tous membres de Relais-femmes, et les chercheuses de l’UQAM associées au GIERF, qui deviendra en 1990 l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF)», explique l’agente de développement Ève-Marie Lampron (B.A. histoire, 2002), responsable du protocole au SAC et professeure associée à l’IREF.

À l’aide de 11 panneaux explicatifs, de vidéos, de photos, de balados et d’affiches, l’exposition retrace l’histoire des partenariats entre des groupes de femmes et des chercheuses et chercheurs de l’UQAM autour d’enjeux relatifs à la pauvreté et aux conditions de travail des femmes, à leur place dans les métiers non traditionnels, aux différentes formes de violence à leur égard et aux interventions féministes. Un accent particulier est mis sur des projets de recherche réalisés au cours des 10 dernières, qui ont eu des impacts sociaux et politiques importants, contribuant à façonner le mouvement féministe et celui des femmes au Québec.

«L’exposition met en lumière la force de l’alliance entre des femmes militantes sur le terrain et des chercheuses féministes, luttant ensemble pour transformer la société, souligne Ève-Marie Lampron. Elle montre dans quelle mesure les partenariats reposaient sur la convergence des savoirs des chercheuses universitaires et de ceux des groupes de femmes.».


Premiers pas vers la reconnaissance

Organisme de liaison et de transfert de connaissances, Relais-femmes a été créé en 1980 par des militantes et travailleuses provenant, entre autres, de la Fédération des femmes du Québec, du Conseil du statut de la femme, de l’Association féminine d’éducation et d’action sociale (AFÉAS), du Carrefour des associations de familles monoparentales ainsi que par des chercheuses de l’UQAM et de la Faculté de l’éducation permanente de l’Université de Montréal.

«Des chercheuses universitaires et des groupes de femmes collaboraient déjà dans le cadre de divers projets, mais de manière informelle, précise l’agente de développement. Le protocole d’entente avec Relais-femmes – une première dans le monde universitaire au Québec – a entraîné une reconnaissance institutionnelle de ces pratiques partenariales, ouvrant la voie à leur pérennisation.»

Le protocole d’entente avec l’UQAM a été déterminant dans l’évolution de Relais-femmes, qui chapeaute aujourd’hui plus d’une centaine de groupes de femmes, en majorité communautaires. «Le protocole a notamment contribué à consolider les assises organisationnelles de Relais-femmes, puis lui a fourni un ancrage dans une institution universitaire, donnant ainsi accès à des ressources en matière de recherche et de formation», observe Ève-Marie Lampron.

Des démarches sont présentement en cours à l’Université Laval et à l’Université de Sherbrooke pour établir des ententes de collaboration avec des groupes de femmes, inspirées de celle de l’UQAM avec Relais-femmes.


Des avancées significatives

Les partenariats en recherche et en formation générés par le protocole d’entente entre l’UQAM et Relais-femmes ont permis diverses avancées sociales, économiques et politiques, dont l’élaboration dans les décennies 1980 et 1990 d’un modèle de financement des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale, ou encore la mise sur pied, entre 2004 et 2008, du Régime de retraite des groupes communautaires et de femmes, couvrant quelque 11 000 membres.

L’«Enquête Sexualité, Sécurité et Interactions en Milieu Universitaire» (ESSIMU), dirigée par des chercheuses de l’UQAM, a directement inspiré la Loi visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur, adoptée en 2017 par l’Assemblée nationale du Québec. En 2020, le rapport «Rebâtir la confiance» contenait des recommandations provenant d’équipes partenariales de recherche, qui visaient à améliorer l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale dans le processus judiciaire au Québec, un enjeu toujours d’actualité. Cette même année, des femmes ayant subi de la violence conjugale ont pu bénéficier d’un programme d’intervention et de formation en développement de carrière. En 2021, la nouvelle Loi sur la santé et la sécurité au travail contenait une disposition, encore là inspirée des travaux d’une équipe  de recherche partenariale, obligeant les employeurs à protéger les femmes victimes de violence conjugale sur leurs lieux de travail.


Un écosystème de recherches féministes

Selon Ève-Marie Lampron, le protocole UQAM/Relais-femmes a facilité la constitution d’une sorte d’écosystème de recherches féministes au Québec. «Les composantes de cet écosystème agissent comme des vases communicants en se nourrissant et en s’appuyant réciproquement. Ainsi, plusieurs membres de Relais-femmes, chercheuses ou intervenantes sur le terrain, sont aussi membres de l’IREF et du Réseau québécois en recherches féministes (RéQEF), un collectif de chercheuses et chercheurs universitaires financé par les Fonds de recherche du Québec.»

Le protocole a aussi eu un effet de levier important en permettant à des chercheuses d’obtenir ultérieurement des subventions plus importantes et d’adopter l’approche partenariale dans leurs travaux. En outre, il a contribué à la formation de plusieurs étudiantes de maîtrise et de doctorat qui ont acquis de nouvelles compétences en recherche-action et en recherche partenariale.

«L’effet de levier s’est fait sentir auprès des grands organismes subventionnaires, lesquels ont maintenant des fonds dédiés à la recherche partenariale, tout comme certains ministères au fédéral et au provincial, rappelle Ève-Marie Lampron. En outre, les groupes de femmes et autres groupes sociaux peuvent désormais être les premiers demandeurs de subventions. Cela dit, il faut poursuivre les efforts afin que les savoirs des organisations de la société civile soient reconnus à leur juste valeur, tant au sein des établissements universitaires qu’à l’extérieur.»

C’est dans cet esprit que Relais-femmes et le Service aux collectivités de l’UQAM pilotent depuis trois ans le projet «Nouvelles alliances pour plus de savoirs en égalité des sexes», financé par Condition féminine Canada, dont l’objectif est de promouvoir la collaboration entre des groupes de femmes et des universités québécoises.

L’exposition Côté recherche, côté pratique est présentée à l’Écomusée du fier monde jusqu’au 23 octobre. Elle sera reprise à l’UQAM en mars 2023, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.

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