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L’UQAM à Pompéi

Une professeure et deux étudiants participent à une mission internationale pour déchiffrer des graffitis recouvrant des murs de la cité antique.

Par Claude Gauvreau

27 juin 2022 à 10 h 23

Mis à jour le 28 juin 2022 à 18 h 15

Du 23 mai au 18 juin derniers, une équipe de recherche internationale a effectué une mission sur le site antique de la célèbre cité de Pompéi, en Italie. Son projet de recherche, intitulé «Bruits de couloir», consiste à déchiffrer des dizaines de graffitis (textes et dessins) gravés sur les murs d’un couloir reliant les deux théâtres de la ville. L’équipe est composée de la professeure du Département d’histoire Marie-Adeline Le Guennec et de ses étudiants à la maîtrise, Éloïse Rousseau et Khalil Khoujet El Khil, ainsi que d’Eloïse Letellier-Taillefer, Manon Gentilhomme et Louis Autin, chercheuses et chercheur à Sorbonne Université, à Paris.

Ville prospère de l’Antiquité romaine, Pompéi a été ensevelie par la grande éruption du Vésuve en l’an 79 après J.-C. Après avoir sombré dans l’oubli, elle est redécouverte au 16e siècle alors que des premières fouilles sont entreprises, permettant de déterrer plus de 45 hectares. Présentant aujourd’hui un état de conservation exceptionnel, Pompéi disposait, entre autres, de temples, d’une basilique, d’un forum et de thermes, mais aussi d’un grand et d’un petit théâtre, tous deux desservis par un couloir d’une trentaine de mètres de longueur. Conçu comme une voie d’accès aux deux édifices, ce couloir était sans doute un lieu de sociabilité, comme en témoigne la concentration exceptionnelle de graffitis retrouvés sur ses deux murs.

Une partie de ces graffitis ont été relevés et analysés par d’autres chercheurs par le passé, mais pas tous. Certaines inscriptions, restées inédites, sont toujours visibles dans le couloir. En variant les échelles, de la microtopographie à l’étude des rapports socio-politiques et à l’expression de l’opinion à Pompéi, la recherche vise à questionner les thèmes multiples illustrés par les graffitis. La première tâche de l’équipe de recherche fut d’établir une documentation exhaustive des textes et images figurant sur les murs de cet espace. La lecture des textes, parfois difficile, a été facilitée par l’emploi de lampes en lumière rasante et a été améliorée par l’utilisation d’une technique innovante, la RTI (Reflectance Transformation Imaging).

«La dimension nouvelle de cette étude réside dans l’attention accordée aux liens entre les images et les textes, dans le fait  de les croiser, au lieu de les analyser séparément les uns à la suite des autres», observe Marie-Adeline Le Guennec. L’équipe de recherche avait pour objectif de considérer les graffitis comme un ensemble cohérent, de les resituer dans le contexte spatial du couloir et d’examiner comment ils interagissent entre eux.

«Les graffitis se superposent et se répondent, dit la professeure. Certains sont les échos d’autres graffitis situés à proximité, comme si les murs du couloir fonctionnaient en miroir. On a aussi des cas d’inscriptions gravées sur d’autres textes ou dessins, changeant leur signification par l’ajout de lettres ou d’images.»


Tranches de vie

Les textes et dessins illustrent des tranches de vie de la population à Pompéi. Enchevêtrés avec les graffitis textuels, on trouve de nombreux dessins détaillés représentant, notamment, des profils humains, des spectacles de gladiateurs, des animaux – chevaux, chiens – et des bateaux. «On observe également des noms de personnes et même de jolies pensées amoureuses», indique la professeure. Enfin, on décèle des traces, très rares en Occident, de textes écrits en safaïtique, une écriture extrêmement lointaine associée à une langue sémitique parlée dans la péninsule arabique et en Syrie.

«On observe des noms de personnes et même de jolies pensées amoureuses.»

Marie-Adeline Le Guennec

Professeure au Département d’histoire

Les chercheuses et chercheurs interrogeront le rôle du couloir orné de graffitis, sorte d’espace public avant l’heure, au sein de la population de Pompéi, poursuit Marie-Adeline Le Guennec. Il s’agit de savoir si le couloir était fréquenté uniquement par les spectateurs des deux théâtres, ou s’il était aussi utilisé par les passants. Cela permettra d’en apprendre davantage sur la fonction des théâtres dans la ville en tant que lieux de sociabilité et de passage. Puis, les graffitis se trouvant dans le couloir seront comparés avec ceux gravés sur divers édifices de Pompéi, tels que la basilique et les auberges.

L’artiste Javiera Hiault-Echeverria, autre membre de l’équipe, se penchera pour sa part sur la production des graffitis en termes de gestes, d’instruments ou de mouvements des corps, dans l’optique de créer une installation.


Que voir à Pompéi?

La ville de Pompéi s’étalait sur environ 65 hectares, dont un peu plus de 40 ont fait l’objet de fouilles jusque dans les années 1980. Par la suite, l’accent a été mis sur la préservation de ce qui avait été dégagé. En 2017, de nouvelles fouilles ont été effectuées, permettant de mettre à jour de nouveaux trésors. Les membres de l’équipe de recherche ont eu la chance d’explorer la cité. «Il y a mille choses à voir à Pompéi: des places publiques, des lieux de spectacles, des ateliers, des passages piétonniers en pierres, des demeures luxueuses décorées de fresques et de mosaïques, etc.», illustre la professeure.

Pompéi a eu une longue histoire et s‘est trouvée au carrefour de multiples cultures, comme celles des Romains, des Grecs et des Étrusques. Cette ville fournit des informations précieuses sur des aspects de la vie dans l’Antiquité, qui étaient jusqu’alors inconnus.. «Grâce à Pompéi, nous savons, notamment, à quoi pouvaient ressembler des maisons romaines, souligne Marie-Adeline Le Guennec. Jusqu’à la découverte de la cité, à la fin du 18e siècle, les historiens n’avaient pour sources de documentation que des textes. Aujourd’hui, tout spécialiste de l’Antiquité romaine passe par Pompéi à un moment ou à un autre.»

Le projet «Bruits de couloir» a été financé par Initiative Sciences de l’Antiquité, Sorbonne Université, la Faculté des sciences humaines de l’UQAM, l’École française de Rome ainsi que le Fonds de Recherche du Québec – Société et Culture. D’une durée d’un mois, la mission a permis de faire le repérage, le relevé, la documentation et l’analyse des textes et dessins, notamment au moyen d’une base de données développée par Khalil Khoujet El Khil, candidat à la maîtrise en histoire et humanités numériques.

La mission de recherche n’est pas terminée, remarque la professeure. Ce corpus exceptionnel de graffitis réserve encore bien des mystères que l’équipe de recherche s’efforce de percer.

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