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Portrait de l’Afrique en pandémie

Des doctorants en science politique ont documenté les premiers mois de la crise sanitaire sur le continent.

Par Valérie Martin

22 février 2022 à 16 h 02

Mis à jour le 9 juin 2022 à 13 h 09

Série Mois de l’histoire des Noirs
Le mois de février est l’occasion de découvrir la richesse et la diversité des communautés noires.

Un homme vend du désinfectant à mains dans les rues de Dakar. Photo: Getty Images

En 2020, quatre jeunes chercheurs du Groupe interuniversitaire d’études et de recherches sur les sociétés africaines (GIERSA) ont mené le projet Africovid-19. Financée par la Faculté de science politique et de droit (FSPD) à la suite d’un appel à projets, la recherche avait pour objectifs d’étudier la gestion de la crise sanitaire en Afrique subsaharienne francophone et d’observer les impacts de la COVID-19 sur les populations de cette région durant les premières phases de la pandémie.

Au moyen d’entrevues à distance menées auprès de chercheurs et de professionnels de différents milieux, les doctorants en science politique Mohamed Younouss, Nicolas Klingelschmitt et Siméon Roland Ekodo Mveng ainsi que l’ancien étudiant du baccalauréat en science politique Nabil Jaafari ont ainsi analysé la manière dont les autorités nationales se sont organisées pour faire face à la crise et les stratégies de communication politique et publique qu’elles ont déployées pour inciter leurs populations à adopter les mesures sanitaires. Les étudiants étaient dirigés par le professeur du Département de science politique Issiaka Mandé.

Nabil Jaafari s’est entretenu avec le Dr Brice Bicaba, directeur du Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) du Burkina Faso. Mohamed Younouss et Nicolas Klingelschmitt ont réalisé un épisode de balado consacré au sport professionnel en temps de pandémie. «Abdoun Nassir, gestionnaire des organisations sportives et membre du Comité national olympique et sportif du Cameroun, nous a parlé des différentes mesures qui ont bouleversé la pratique du sport professionnel et du succès des campagnes de communication mettant en vedette des figures sportives afin de faire la promotion des bonnes pratiques sanitaires auprès du public camerounais», précise Mohamed Younouss. On peut lire l’ensemble des articles et analyses sur le site du projet.

Le projet a permis «de rectifier les faits sur la situation de la pandémie en Afrique, en discutant avec des expertes et experts sur le terrain et en utilisant des statistiques officielles de l’Organisation mondiale de la santé et d’autres données transmises par des États africains», explique Nicolas Klingelschmitt. Les membres étudiants du GIERSA ont aussi animé au quotidien la page Facebook du groupe pendant la première phase de la pandémie et du confinement. «C’était un moyen de contrer l’isolement, mais aussi de permettre aux membres de la diaspora africaine de maintenir des liens avec leurs communautés respectives et de suivre l’actualité sur la pandémie en Afrique», relève le doctorant.

De manière générale, observent les chercheurs, l’Afrique s’est bien sortie de la première crise sanitaire de 2020 (avant l’arrivée des vaccins), en raison, notamment, d’une population plus jeune qu’en Occident et de l’expérience acquise lors des épidémies d’Ebola. «Les médias occidentaux faisaient des prédictions alarmistes au début de la pandémie de COVID-19, rappelle Mohamed Younouss. On craignait une hécatombe, qui n’a finalement pas eu lieu.»

«La gestion afrocentrée de la pandémie a fonctionné et c’est l’élément qu’on voulait mettre de l’avant dans le cadre du projet», souligne Nicolas Klingelschmitt.

Influence positive des chefs religieux

Si les mesures sanitaires ont été respectées dans plusieurs régions de l’Afrique, c’est, en partie, grâce à la mobilisation des chefs religieux et traditionnels. Ces figures religieuses respectées ont accepté de relayer les messages des autorités gouvernementales au plus large public possible. Elles se sont adressées à la population, chaque jour, par le truchement de la télévision nationale, comme ce fut le cas, notamment, en Côte-d’Ivoire. «Leurs interventions ont donné de la légitimité aux mesures prises par le gouvernement et ont permis de sensibiliser le public à l’importance de suivre les consignes sanitaires», constate Nicolas Klingelschmitt.

Le décès inattendu du cheik Boikary Fofana, premier guide religieux de la communauté musulmane ivoirienne, a suscité un véritable électrochoc dans la population, observe, pour sa part, Mohamed Younouss. «Sa mort due à la COVID-19 a fait prendre conscience à plusieurs personnes de la réalité de la maladie et de sa dangerosité», ajoute le doctorant.

Des campagnes de communication sur les mesures sanitaires ont été réalisées en français et en anglais ainsi que dans plusieurs langues locales, «afin de rejoindre plusieurs groupes ethniques, même ceux des villages les plus reculés», poursuit-il.

Le respect des mesures sanitaires a toutefois connu des limites. «Lorsque les mesures se sont prolongées au-delà de sept ou huit mois, la population et les chefs religieux ont commencé à ne plus collaborer aussi bien avec les autorités», fait remarquer Mohamed Younouss. Plusieurs États africains, comme le Bénin, le Cameroun ou le Gabon, reposent sur une économie majoritairement informelle. Des restrictions telles que le couvre-feu ou la fermeture des frontières ont des impacts très importants sur les populations puisqu’elles empêchent les agriculteurs de vendre leurs légumes ou leur bétail. «Entre le Cameroun et le Gabon, il n’existe pratiquement pas de frontière, les gens circulent beaucoup d’un endroit à l’autre pour des activités économiques, illustre Mohamed Younouss. Maintenir des mesures à moyen ou à long terme entraîne une trop grande précarité économique.»

Présence accrue de la Chine en Afrique

Les chercheurs se sont aussi intéressés au rôle de la Chine en tant qu’actrice de la lutte contre la pandémie en Afrique. Au plus fort de la crise sanitaire, le pays a fait don à l’Afrique de matériel médical comme des masques chirurgicaux, des blouses et des gants de protection. «Cela s’inscrit dans une politique, essentiellement économique, que la Chine mène vis-à-vis du continent africain depuis le début des années 2000, dit Nicolas Klingelschmitt. Elle a tissé des liens diplomatiques avec le continent et y a implanté de nombreuses firmes chinoises.» Le doctorant, qui est aussi un spécialiste de la géopolitique et des relations internationales, a dressé, pour le projet, un tableau de l’ensemble des dons effectués par des entités chinoises (gouvernementales, territoriales, privées ou associatives) auprès de gouvernements africains: matériel médical, financement pour la réfection d’hôpitaux ou de cliniques, envoi de personnel médical, missions d’observation. «La Chine a mené cette stratégie au moment où le continent européen vivait une pénurie de matériel médical», remarque Nicolas Klingelschmitt.

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