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Polluants: quels effets sur le cerveau?

Une plateforme web vise à contrer les mythes sur les effets des polluants environnementaux.

Par Claude Gauvreau

25 mars 2022 à 11 h 03

Mis à jour le 2 août 2022 à 16 h 55

 

Illustration tirée de la plateforme Faire à sa tête.
Illustration: Faire à sa tête

Pesticides, plomb et fluor dans l’eau potable, émissions de particules fines dans l’atmosphère, plastifiants déversés dans les fleuves et océans… De nombreux contaminants présents dans notre environnement constituent un facteur de risque pour la santé. Quels effets ont-ils sur le fonctionnement du cerveau? L’information véhiculée par les médias reflète-t-elle la réalité et les connaissances scientifiques sur ce sujet? La plateforme web de vulgarisation scientifique Faire à sa tête, dont le lancement a eu lieu à l’UQAM le 24 mars, a été conçue pour répondre à ces questions, et à bien d’autres.

Destinée au grand public, cette plateforme a été développée sous la direction du professeur du Département de psychologie Dave Saint-Amour, spécialiste en neuropsychologie, grâce à une subvention du programme Dialogue des Fonds de recherche du Québec. Faire à sa tête propose plusieurs outils: articles vulgarisés sur divers enjeux relatifs aux polluants environnementaux, dossiers d’actualité, rapports d’experts, capsules d’information, suggestions de lecture ainsi que des ressources pour mieux comprendre la démarche scientifique et la recherche.

«Nous avons créé une foire aux questions où les citoyens et citoyennes peuvent exprimer leurs préoccupations et interrogations, que ce soit par écrit ou en ayant recours aux formats audio et vidéo. Le site évoluera et se bonifiera au fil du temps, en fonction des questions soulevées par le grand public.»

Dave Saint-Amour,

Professeur au Département de psychologie

«La plateforme ne fait pas que retransmettre des informations provenant d’autres sites web, précise Dave Saint-Amour. Elle présente aussi du contenu original, des dossiers. Nous avons créé une foire aux questions où les citoyens et citoyennes peuvent exprimer leurs préoccupations et interrogations, que ce soit par écrit ou en ayant recours aux formats audio et vidéo. Le site évoluera et se bonifiera au fil du temps, en fonction des questions soulevées par le grand public.»

Des effets toxiques réels?

Selon le professeur, l’étude des impacts des polluants environnementaux sur le cerveau constitue un domaine où les règles de l’art en matière de recherche scientifique s’appliquent difficilement. «Pour obtenir des données solides sur les effets des substances toxiques, on ne peut pas, de manière expérimentale, exposer un groupe de personnes à des contaminants et le comparer à un groupe d’individus non exposés. On doit plutôt composer avec des études observationnelles ou corrélationnelles. C’est pourquoi il est parfois difficile de se prononcer sur les impacts réels des contaminants.»

«Parce que leur cerveau est en développement, les enfants sont plus sensibles aux effets néfastes d’agents toxiques de toutes sortes.»

Les données les plus probantes, ayant fait l’objet d’un consensus dans la communauté scientifique, concernent surtout les enfants, poursuit Dave Saint-Amour. «Parce que leur cerveau est en développement, ils sont plus sensibles aux effets néfastes d’agents toxiques de toutes sortes. On observe chez eux des troubles neurodéveloppementaux, comme celui de l’attention, dont la prévalence est forte. Des études montrent aussi que l’exposition à certains pesticides et métaux lourds – le plomb, le manganèse et l’arsenic, en l’occurrence – peut entraîner des problèmes de comportement durant l’enfance.»

Bref, l’exposition aux contaminants environnementaux représente un facteur de risque pour la santé. «Ce risque doit être pris au sérieux, dit le chercheur, mais il n’est pas nécessairement plus grave que le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, la sédentarité ou la pauvreté.»

Contrer la désinformation

La plateforme Faire à sa tête a aussi pour objectif de contrer les informations fausses ou douteuses relatives aux effets neurotoxiques qui circulent sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias traditionnels.

Les réseaux sociaux, notamment, sont un terrain fertile pour les mauvaises interprétations de données issues de la recherche. Dave Saint-Amour donne l’exemple de l’autisme, un trouble neurodéveloppemental dont la prévalence a augmenté constamment pour atteindre une personne sur 60, ce qui, observe-t-il, n’est pas étranger à la définition plus large qu’on en donne aujourd’hui. «Selon certaines études, une forte corrélation existerait entre l’augmentation de l’utilisation des pesticides et l’augmentation de l’autisme. Des articles dans les médias et sur Internet en ont conclu que les pesticides causaient l’autisme, mais on doit demeurer prudent tant qu’on ne dispose pas d’un grand nombre d’études épidémiologiques.»

«Dans l’étude des effets des polluants environnementaux sur la santé humaine, il faut éviter de généraliser les conclusions fondées sur l’établissement de relations mécaniques de cause à effet.»

La désinformation existe également en ce qui concerne les modèles expérimentaux basés sur l’utilisation d’animaux. «Des chercheurs français ont exposé des rats à du glyphosate, un pesticide dont on a beaucoup parlé ces dernières années, puis ont observé l’apparition de tumeurs, rappelle le professeur. Cela signifie-t-il que le glyphosate cause le cancer chez l’être humain? Pas nécessairement. Dans l’étude des effets des polluants environnementaux sur la santé humaine, il faut éviter de généraliser les conclusions fondées sur l’établissement de relations mécaniques de cause à effet.»

Des moyens de prévention

La plateforme proposera des moyens concrets pour réduire l’exposition aux contaminants environnementaux: faire analyser l’eau potable et mettre en place des filtres qui contribuent à éliminer la présence de polluants, par exemple.

«La principale préoccupation touche l’alimentation, note Dave Saint-Amour. Quand c’est possible, consommer des aliments locaux et bio est un conseil de base. On peut aussi rincer à l’eau froide les fruits et légumes, ce qui permet d’enlever les traces de pesticides. De plus, les fruits et légumes contiennent des anti-oxydants bénéfiques pour le cerveau. D’autres aliments sont aussi à privilégier, comme le saumon et les sardines. Il n’y a pas de raison de ne pas consommer de poissons, lesquels ne sont pas tous contaminés par le mercure.»

Une information compréhensible pour tous

Une équipe d’étudiantes et étudiants, inscrits au doctorat et intéressés par la santé environnementale, développera le contenu vulgarisé de la plateforme, tout en répondant aux questions du public. Le but? Favoriser le transfert rapide d’informations scientifiques, qui soient compréhensibles pour tous. «Le travail de vulgarisation des connaissances constitue un exercice intellectuel très formateur pour les étudiants», souligne le chercheur.

Les informations seront validées par un comité scientifique composé de professeurs de l’UQAM, dont la professeure émérite du Département des sciences biologiques Donna Mergler, de l’Université de Montréal et de l’Université de Toronto.

La plateforme Faire à sa tête bénéfice enfin de la collaboration d’un organisme partenaire, Sciences 101 – Vulgarisation UQAM. «Il s’agit d’un organisme sans but lucratif fondé et géré par des étudiantes et étudiants de l’Université, principalement en psychologie, qui a vu le jour avant la pandémie», explique Dave Saint-Amour. L’organisme publie la revue La Fibre, qui propose des textes de vulgarisation à l’intention du grand public, et organise un concours annuel de vulgarisation pour les étudiantes et étudiants de toutes les facultés. Ces activités permettent de faciliter le rayonnement des recherches faites à l’UQAM et de développer la culture scientifique à l’intérieur et à l’extérieur de ses murs.

«Le travail de Sciences 101 est impressionnant et inspirant, souligne Dave Saint-Amour. Quand j’ai lancé mon projet de plateforme, j’ai aussitôt approché ses créateurs pour établir un partenariat. Des articles diffusés sur Faire à sa tête paraîtront dans la revue La Fibre et vice-versa.»

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