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L’ouvrage ultime en arts visuels

L’archiviste René St-Pierre analyse les catalogues raisonnés numériques de quatre artistes marquants de la modernité québécoise.

Par Claude Gauvreau

24 octobre 2022 à 14 h 40

Alors que l’on commence à célébrer le centenaire de Jean Paul Riopelle, le finissant à la maîtrise en histoire de l’art René St-Pierre (M.A. communication/multimédia, 1999; Ph.D. études et pratiques des arts, 2007) publie un ouvrage qui lui est en partie consacré, avec trois autres monuments de l’art contemporain québécois.  Le catalogue raisonné numérique en arts visuels. Exploration des cas Barbeau, Borduas, Riopelle et Vaillancourt, qui paraîtra le 2 novembre prochain aux Presses de l’Université du Québec, est le fruit de son mémoire de maîtrise réalisé sous la direction du professeur Dominic Hardy. Cet ouvrage constitue une étude pionnière, car personne, jusqu’à maintenant, n’avait fait une analyse des catalogues raisonnés numériques concernant des artistes de la modernité québécoise en arts visuels.

«À titre d’archiviste professionnel et de développeur web, je me suis concentré, dans le cadre de ma recherche, sur les variations contemporaines du catalogue raisonné dans l’environnement numérique», indique René St-Pierre. Celui-ci a étudié, notamment, le processus et les motivations ayant présidé à la conception et à la réalisation des catalogues raisonnés numériques du sculpteur Armand Vaillancourt et des peintres Paul-Émile Borduas (1905-1960), Jean Paul Riopelle (1923-2002) et Marcel Barbeau (1925-2016).

Plus complet que les catalogues d’exposition ou de collection, le catalogue raisonné est l’ouvrage ultime, dit l’archiviste. «Il permet de préserver la trace documentaire la plus large possible du travail d’un artiste ainsi que du contexte historique dans lequel son œuvre a été produite. Traditionnellement, il comprend la recension complète de l’œuvre, incluant le dossier d’exposition et la fortune critique de l’artiste, laquelle contient tout ce qui a pu être dit ou écrit à son propos, qu’il s’agisse de publications imprimées ou numériques, d’enregistrements audiovisuels ou de sites web.»

Depuis la fin des années 1980, René St-Pierre poursuit une démarche de recherche et de création à l’aide des techno­logies numériques. En 2011, il complète un postdoctorat à l’UQAM sur l’usage de jeux vidéo pour le développement de la littératie et des compétences en enseignement des arts et des sciences au primaire et secondaire. Puis, il s’intéresse à l’œuvre d’Armand Vaillancourt, avec qui il a noué une relation d’amitié, et travaille à la production du catalogue raisonné numérique dédié au sculpteur. «Au début des années 2010, j’avais déjà réalisé son site web et conçu un portfolio de son œuvre.»

Aujourd’hui, le diplômé travaille comme archiviste à la Fondation Armand-Vaillancourt ainsi qu’au Centre de documentation et archives Riopelle, deux lieux de pratique lui permettant de développer la plateforme Archiv’ART, un outil de gestion documentaire et d’archives pour les domaines de l’art, de la culture et de l’éducation.


Un catalogue incontournable

Depuis la fin du 18e siècle, le catalogue raisonné est devenu un outil essentiel pour le marché de l’art et la recherche en histoire de l’art, rappelle René St-Pierre. Aujourd’hui, la base de données de l’International Foundation for Art Research (IFAR) recense environ 4 450 catalogues raisonnés à l’échelle internationale, dont 57 catalogues numériques en ligne et plus de 200 en préparation. La production des catalogues est concentrée surtout en Europe (2 325) et aux États-Unis (475). Le Canada fait pâle figure avec une trentaine de catalogues répertoriés.

«Cette répartition illustre la réalité du marché de l’art, note l’archiviste. Le Canada est un pays jeune et un petit joueur par rapport aux pays européens, dont plusieurs possèdent une tradition millénaire de recherche en histoire de l’art et des ressources très importantes dédiées à l’art, au patrimoine et à la muséologie.»


Les forces du numérique

Depuis une vingtaine d’années, les auteurs de catalogues raisonnés se tournent de plus en plus vers le numérique, moins chers à produire et donc plus accessibles. «La production d’un catalogue raisonné imprimé entraîne des coûts très élevés, dit René St-Pierre. Ainsi, six catalogues raisonnés de Riopelle ont été publiés qu’à maintenant et chacun d’eux se vend entre 250 et 340 dollars.»

Les catalogues raisonnés numériques comportent une foule d’autres avantages. «L’environnement numérique permet de mettre constamment à jour l’information relative à l’œuvre et à l’artiste, tout en proposant une grande variété de requêtes et d’affichages: supports, matériaux, techniques, listes thématiques ou chronologiques, souligne le diplômé. Le catalogue numérique est ainsi conçu comme une base de données relationnelles permettant d’exploiter un ensemble d’entités – œuvres, expositions, fortune critique de l’artiste – et de les connecter entre elles.»

Dans sa recherche, René St-Pierre montre aussi comment le catalogue numérique facilite la rencontre entre trois dimensions du travail de l’artiste: documentaire (revues, journaux, livres d’art consultés et collectionnés), archivistique (correspondances, écrits, réflexions, notes techniques, croquis, dessins, plans, contrats) et muséale (œuvres, maquettes, outils et matériaux de toutes sortes).

Par ailleurs, les réseaux sociaux offrent l’occasion de développer une forme de science ouverte en encourageant la production participative (crowdsourcing). «Dans le cas d’Armand Vaillancourt, l’usage de sa page Facebook a permis de retracer des dizaines d’œuvres dont la provenance n’avait pu être identifiée, relève l’archiviste. De nombreux témoignages ont également permis de mieux comprendre le contexte de réalisation d’œuvres et de performances réalisées en public par le sculpteur.»


Des usages multiples

Les artistes et leur succession, les galeristes et les marchands d’art, les commissaires d’exposition et conservateurs de musées, les chercheurs et étudiants en arts, en histoire de l’art, en muséologie, en sciences de l’information et en archivistique sont tous susceptibles d’être intéressés par les catalogues raisonnés numériques et par la recherche de René St-Pierre. Celle-ci est accompagnée d’une page web présentant des entrevues, sous forme de capsules vidéo, réalisées à l’automne 2019 avec des acteurs du monde de l’art québécois qui utilisent ou qui ont produit des catalogues raisonnés numériques.

Pour les marchands d’art et les collectionneurs, ces catalogues aident à déterminer la valeur relative des œuvres d’un artiste, observe l’archiviste. «À travers le dossier d’exposition, on voit, par exemple, où les œuvres ont été présentées et si elles ont été reproduites dans un catalogue. Il est certain qu’une exposition au Musée d’art moderne, à New York, donne une plus grande valeur à une œuvre qu’une exposition dans un musée en région.»

Un autre usage important concerne l’authentification des œuvres, laquelle peut faire l’objet de litiges et de contestations. Le regretté historien et critique d’art François-Marc Gagnon a mandaté René St-Pierre ainsi que le professeur associé du Département d’histoire de l’art Gilles Lapointe, dont il est l’assistant, pour poursuivre la production du catalogue raisonné numérique de Paul-Émile Borduas. «L’une des œuvres du peintre automatiste, datant de 1957 et présentement aux enchères, a fait l’objet d’une demande d’authentification. Après des démarches complexes, Gilles Lapointe et moi-même avons réussi à obtenir des informations sur sa provenance et sa restauration.»


Célébrer le centenaire de Riopelle

L’expertise de René St-Pierre a attiré l’attention d’Yseult Riopelle, la fille de Jean Paul Riopelle. «Madame Riopelle m’a récemment confié le mandat de développer le Centre de documentation et archives Riopelle, un environnement numérique collaboratif dédié à la recherche universitaire sur la vie et l’œuvre de l’artiste. Chemin faisant, la Fondation Riopelle, maître d’œuvre des festivités du centenaire, m’a embauché afin que je contribue à des activités et projets liés aux festivités, notamment le Studio Riopelle, un environnement pédagogique interactif destiné à l’enseignement des arts en contexte scolaire.»

Toujours dans le cadre des festivités, l’archiviste est aussi impliqué dans deux projets d’exposition d’œuvres de Riopelle, celui de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence, en France, et celui du Festival de poésie de Trois-Rivières.


Retombées possibles

D’autres artistes canadiens pourraient faire l’objet d’un catalogue raisonné, estime l’archiviste. C’est le cas, par exemple, des peintres Jean-Paul Lemieux, Marcelle Ferron, Miyuki Tanobe, Serge Lemoyne et Guido Molinari, ou des sculpteurs Dominique Blain, Jana Sterbak, Michael Snow, André Fournelle et Michel Goulet.

Selon ce multidiplômé, son retour à l’UQAM en histoire de l’art lui aura permis d’établir des contacts exceptionnels ayant facilité son intégration professionnelle au milieu de l’art et sa collaboration à divers projets, comme le catalogue raisonné de Paul-Émile Borduas (fruit d’un partenariat entre l’UQAM et Concordia), la mise à jour du catalogue raisonné de Marcel Barbeau, grâce à une bourse de stage du Fonds de recherche du Québec – Société et culture, et celui de Jean Paul Riopelle. «Sans mes recherches à la maîtrise en histoire de l’art, jamais je n’aurais pu rencontrer Yseult Riopelle et Ninon Gauthier, veuve de Marcel Barbeau, et il n’y aurait pas eu la publication de cet ouvrage aux Presse de l’Université du Québec, autre retombée majeure de mes recherches.»

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