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Les nouveaux visages de la politique municipale

Ces diplômés de moins de 40 ans ont choisi de s’investir comme maires et mairesses afin de faire bouger les choses.

Par Pierre-Etienne Caza

7 novembre 2022 à 11 h 11

Mis à jour le 9 novembre 2022 à 10 h 10

Avant même de connaître les résultats de la récente campagne électorale, plusieurs commentatrices et commentateurs soulignaient que la véritable opposition à la CAQ proviendrait désormais des villes. «Nous assistons à une réhabilitation du palier municipal, qui n’est plus perçu uniquement comme une structure offrant des services de base aux citoyens, analyse Danielle Pilette, professeure associée au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’ESG UQAM. Aujourd’hui, la ville est considérée comme une instance privilégiée pour traiter les enjeux de l’heure: défi climatique, protection de l’environnement, logement abordable, densification et transports collectifs.»

Motivés par ces enjeux, de jeunes politiciens et politiciennes n’hésitent pas à s’investir dans la sphère municipale. Qui sont-ils? Pour mieux comprendre leur engagement, Actualités UQAM est allé à la rencontre de six d’entre eux, six diplômés de moins de 40 ans élus maire ou mairesse il y a un an, le 7 novembre 2021: Stéphane Boyer (Laval), Caroline Bourgeois (arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles), Audrey Boisjoly (Saint-Félix-de-Valois), Pierre Lessard-Blais (arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve), Miguel Lemieux (Salaberry-de-Valleyfield) et Mathieu Traversy (Terrebonne).

Le pouvoir des réseaux

Ils ont été attachés politiques pour des députés provinciaux ou fédéraux, stagiaire à l’Assemblée nationale ou même député à Québec. «L’atout indéniable de ces diplômés universitaires qui sont passés par d’autres instances politiques avant de se lancer en politique municipale, ce sont les nombreux réseaux qu’ils ont pu développer et qu’ils peuvent mobiliser rapidement, analyse Danielle Pilette. C’est ce qui différencie ces nouveaux élus polyvalents des élus traditionnels, qui possédaient un réseau local ou sectoriel.»

«J’ai encore beaucoup d’amis de l’UQAM auxquels je parle tous les jours, affirme Pierre Lessard-Blais (B.A. communication, politique et société, 2008), maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Le directeur général d’une association de commerçants, une journaliste de Radio-Canada et deux membres de l’équipe du développement économique de la Ville proviennent de la même cohorte que moi!»

La polyvalence constitue effectivement l’une des qualités principales d’un bon maire ou d’une bonne mairesse, constate le maire de Salaberry-de-Valleyfield, Miguel Lemieux (M.A. science politique/relations internationales, 2011). «Aucune organisation ne touche à autant de choses différentes qu’une ville, précise-t-il. Dans une même journée, je peux être appelé à me prononcer dans un dossier d’urbanisme pour une dérogation mineure, rencontrer des groupes dédiés à l’itinérance et un investisseur qui veut construire une usine, puis régler un problème avec le service de sécurité incendie avant de discuter avec les représentants d’un regroupement culturel. C’est très varié. Il faut être un bon généraliste et être capable de rapidement saisir les enjeux.»

Miguel Lemieux, maire de Salaberry-de-Valleyfield. Photo: Nathalie St-Pierre

Généraliste… Voilà qui n’apparaissait pas de prime abord comme un atout aux yeux d’Audrey Boisjoly (B.A. gestion publique, 2016). «Pendant mon cursus universitaire, j’avais l’impression d’être formée en tout et de n’être spécialiste de rien», se rappelle la mairesse de Saint-Félix-de-Valois, dans Lanaudière, réélue sans opposition en novembre dernier à l’âge de 30 ans. Or, cette formation générale fut pour elle une bénédiction. «Quand j’ai plongé dans l’univers politique, je connaissais les rudiments de la machine gouvernementale, la gestion municipale, le droit du travail, etc. Je comprenais le langage utilisé. Si une étudiante ou un étudiant doute de la pertinence de son bac en gestion publique, envoyez-le moi!», lance-t-elle en riant.

Ces diplômés universitaires comprennent également l’importance de la communication. «Ça tombe bien parce que les municipalités ont la réputation d’être opaques, souligne Danielle Pilette. On y parle règlements, résolutions, budgets et états financiers. C’est toujours compliqué, même pour des spécialistes, alors imaginez pour les citoyens! Heureusement, ces jeunes élus ont effectué de nombreuses présentations écrites et visuelles durant leur formation universitaire. Ils savent comment s’y prendre pour expliquer les tenants et aboutissants d’un projet.»

La mairesse de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles, Caroline Bourgeois (B.A. communication/journalisme, 2006), est allée à la bonne école. «Lorsqu’on me pose une question, je veux donner une réponse claire, dit-elle. Mon bac m’a aidé à synthétiser ma pensée et à bien m’exprimer peu importe la circonstance, que ce soit avec un citoyen, un journaliste, au conseil d’arrondissement ou à celui de la Ville.»

Élu avec toute son équipe à Terrebonne, Mathieu Traversy (B.A. science politique, 2021) a dû déployer tous ses talents de communicateur durant les premières semaines de son mandat. «La Ville était en négociation depuis des années avec ses policiers et ses cols bleus et le climat était plutôt à la confrontation, raconte l’ancien député. J’ai présenté une nouvelle approche en misant sur un leadership rassembleur au lieu de chercher à diviser, et cela impliquait une plus grande transparence.»

«Je suis jeune, mais…»

Même si, avec le recul, ils constatent toutes et tous que leur formation, leurs réseaux de contacts et leurs aptitudes communicationnelles les ont bien préparés pour gérer une ville, ils n’ont pas vécu les mêmes expériences par rapport aux préjugés liés à leur âge.

«Quand j’ai été élue mairesse indépendante, en 2017, j’avais 26 ans et je savais à quoi m’attendre, raconte Audrey Boisjoly. J’ai eu à faire mes preuves, d’autant plus que l’ancien maire avait été élu conseiller! Disons que si j’avais été un homme de 55 ans, ça aurait été plus facile… Et ce fut le même scénario à la MRC. J’ai entendu des remarques comme: “Qu’est-ce qu’elle connaît au transport cette femme-là?” En défendant mes dossiers, j’en ai surpris plusieurs et j’ai gagné le respect de mes collègues plus âgés.»

«Pour ma première campagne, en 2017, j’avais préparé le slogan “Je suis jeune, mais…” Je l’ai remisé après une semaine, car les gens étaient heureux qu’un trentenaire veuille s’impliquer dans la gestion de la ville.»

Miguel Lemieux

Maire de Salaberry-de-Valleyfield

À Terrebonne, l’élection de Mathieu Traversy à la tête de la dixième plus grande ville du Québec n’a surpris personne. «Quand je me suis présenté à l’investiture du Parti québécois dans Terrebonne, en 2008, je ne bénéficiais pas de l’aura des jeunes politiciens d’aujourd’hui», se remémore celui qui fut à l’époque le plus jeune élu de l’Assemblée nationale, à 24 ans. «À l’époque, c’était encore un signe de faiblesse pour un parti de présenter un jeune candidat. Cela signifiait qu’il n’y avait pas de candidature d’expérience», ajoute le politicien aujourd’hui âgé de 38 ans.

Miguel Lemieux est un bon exemple du changement des mentalités. «Pour ma première campagne, en 2017, j’avais préparé le slogan “Je suis jeune, mais…” Je l’ai remisé après une semaine, car les gens étaient heureux qu’un trentenaire veuille s’impliquer dans la gestion de la ville, raconte-t-il. J’étais alors le seul jeune maire parmi les villes de plus de 40 000 habitants.» Il a été réélu sans opposition en novembre dernier, à l’âge de 37 ans.

Fierté et sentiment d’appartenance

D’abord élue conseillère en 2009 à l’âge de 25 ans, Caroline Bourgeois a constaté une certaine déconnexion des élus de l’époque avec la réalité des citoyens. «Je me suis impliquée en politique pour régler des problèmes qui m’agaçaient comme citoyenne, raconte-t-elle. Il y avait eu une refonte des trajets d’autobus et ça ne fonctionnait pas du tout. J’ai soumis mes propositions au conseil d’arrondissement et j’ai senti que les gens qui y siégeaient n’avaient pas pris l’autobus depuis longtemps…»

Défaite en 2013, Caroline Bourgeois a répondu à l’appel de Valérie Plante cinq ans plus tard, en se présentant pour remplacer la mairesse de l’arrondissement, Chantal Rouleau, partie à la CAQ. «L’Est de Montréal commençait à devenir une priorité pour les décideurs, autant au municipal qu’au provincial, raconte-t-elle. C’était le temps de me lancer.»

Caroline Bourgerois, mairesse de l'arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles. Photo: Nathalie St-Pierre

La jeune femme aujourd’hui âgée de 38 ans ne l’a jamais regretté. «Quand on a une idée, on a la possibilité de la mettre en œuvre et d’en voir les fruits peu de temps après. C’est très gratifiant.» L’un de ses objectifs était de donner à son arrondissement une autre image que celle des raffineries auxquelles on l’associe instantanément. «Je travaille à faire de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles un milieu agréable où l’on peut vivre, étudier et travailler», souligne-t-elle.

«Quand on a une idée, on a la possibilité de la mettre en œuvre et d’en voir les fruits peu de temps après. C’est très gratifiant.»

Caroline Bourgeois

Mairesse de l’arrondissement Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Caroline Bourgeois va jusqu’à souhaiter que son arrondissement devienne un poumon pour l’Est de Montréal. «Il faut accroître le nombre d’espaces verts, améliorer ceux qui existent déjà et les rendre accessibles», précise celle qui est responsable des grands parcs au comité exécutif de la Ville de Montréal.

De l’autre côté de la rivière des Prairies, Stéphane Boyer (B.A. communication, politique et société, 2012) tente lui aussi de changer l’image de Laval, troisième plus grande ville du Québec. «J’ai assisté à mes premiers conseils de ville à titre de citoyen au début des scandales de corruption liés au maire Vaillancourt. Harper était au pouvoir à Ottawa. J’étais frustré de voir ce qui se passait dans ma ville et je ne me reconnaissais pas dans les élus censés me représenter», se rappelle-t-il.

Stéphane Boyer, maire de Laval. Photo: Jibril Akaboune Le-Francois

Le nouveau maire aimerait que les Lavallois soient fiers de leur ville, qui fait souvent l’objet de blagues ou de moqueries. «Nous sommes une grande ville dans l’ombre médiatique de Montréal, analyse le jeune homme de 34 ans. Les citoyens ont du mal à développer un sentiment d’appartenance, car ils ne savent pas ce qui se passe à Laval. Il faut travailler là-dessus en faisant connaître les nombreuses réalisations qui profitent aux citoyens en bonifiant leurs milieux de vie.»

À l’instar du défi que tente de relever Caroline Bourgeois, Miguel Lemieux souhaite lui aussi moderniser l’image de ville en déclin dont Salaberry-de-Valleyfield, ancienne ville industrielle, a hérité. «Un changement était en train de s’opérer quand je suis arrivé à la mairie et j’ai voulu continuer dans cette direction, dit-il.  À la fin de mon passage en politique, je veux que la ville soit reconnue comme jeune, prospère et dynamique, une véritable locomotive économique. C’est possible, car nous attirons de nombreux investissements depuis quelques années. Le prochain défi est de densifier le centre-ville afin d’y ramener les familles et les jeunes.»

Développement vs environnement

Incontournable pour les uns, effet de mode selon les autres, le mot de l’heure en urbanisme est lâché: densification. Si elles veulent contrer l’étalement urbain, les villes doivent construire des logements dans les quartiers existants, ce qui implique de construire davantage en hauteur.

Le sujet déchaîne les passions, car si tous les maires et toutes les mairesses que nous avons rencontrés se disent préoccupés, à géométrie variable, par les questions touchant le logement abordable, le verdissement, la création de quartiers à échelle humaine et les transports collectifs, il y a deux enjeux intrinsèquement reliés qui transcendent désormais tout le reste: le casse-tête du développement territorial et de la protection de l’environnement, avec en toile de fond l’adaptation aux changements climatiques.

«En effet, je m’interroge sur la manière de densifier Terrebonne, tout en préservant et en y augmentant la canopée, reconnaît Mathieu Traversy. Il faut également donner le goût aux gens d’utiliser l’autobus et le train afin de délaisser la voiture», souligne-t-il, conscient que de nombreux habitants de son territoire travaillent tous les jours à Montréal.

«Ma vraie fierté, ce sera lorsque la Ville et notre arrondissement auront réussi le virage de la transition climatique en devenant carboneutres. C’est maintenant que ça se passe!»

Pierre Lessard-Blais

Maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve

Le problème de la densification ne se pose pas uniquement dans les grandes villes, puisque l’enjeu préoccupe également la mairesse de Saint-Félix-de-Valois, qui compte un peu plus de 6 000 habitants. «Nous sommes dans la troisième couronne nord pour les gens qui cherchent une maison et notre objectif est de développer la ville à l’intérieur de notre périmètre urbain sans dézoner des terres agricoles, en procurant des services de proximité afin d’offrir un beau milieu de vie», soutient Audrey Boisjoly.

Le maire de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, affirme qu’au-delà de la gestion quotidienne, son action est désormais guidée par la nécessité de faire face aux défis environnementaux. «Ma vraie fierté, ce sera lorsque la Ville et notre arrondissement auront réussi le virage de la transition climatique en devenant carboneutres. C’est maintenant que ça se passe!», affirme sans détour l’élu de 37 ans, qui en est à son deuxième mandat.

Pierre Lessard-Blais, maire de l'arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Photo: Mélanie Dusseault

Réussir ce virage exigera du doigté. «Habituellement, en politique, on promet plus. Là, on devra dire aux gens: “On va changer vos habitudes de vie et on va vous en donner moins.” C’est tout un défi, car un électeur, quand on lui enlève quelque chose, il s’en souvient!», dit le maire en riant. La communication politique devient alors essentielle pour bien expliquer les choses.

Stéphane Boyer, qui a fait paraître en septembre dernier l’essai Des quartiers sans voitures: de l’audace à la réalité (Somme toute), soutient qu’il est possible de concilier souci pour l’environnement et développement territorial, mais il reconnaît qu’il s’agit d’un numéro d’équilibriste. «On souhaite protéger nos terres agricoles, nos milieux boisés et nos berges, mais la population continue d’augmenter et doit se loger, constate-t-il. Il faut densifier et construire dans des quartiers déjà existants, même si les gens détestent les tours à condos! Il faut leur expliquer que la densification diminue la nécessité d’augmenter les taxes municipales.»

Les recettes fiscales, ou la dépendance à l’impôt foncier, constituent le cheval de bataille de Miguel Lemieux. «Les citoyens pensent que les maires et les mairesses ont une lubie de toujours vouloir construire des condos, mais c’est ce qui rapporte le plus par rapport à l’utilisation du terrain, explique-t-il. Si nous voulons freiner l’étalement urbain, nous sommes condamnés à construire en hauteur pour récolter les impôts fonciers nécessaires pour payer les services qui nous sont demandés par les citoyens. On se fait accuser d’être obsédés par les taxes, mais c’est notre seule source de revenus.»

La clé, selon lui: obtenir une partie des taxes sur l’activité économique générée par les villes. «L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a proposé que les villes récupèrent 1 % de la TVQ. Le gouvernement nous a accordé un montant annuel équivalent à 1 % de la croissance des revenus de la TVQ. C’est mieux que rien, mais il faut poursuivre les représentations, car ce n’est pas suffisant», analyse-t-il.

«Les nouveaux maires et mairesses  préfèrent miser sur la gestion participative avec les citoyens, sur l’acceptabilité sociale, en mettant l’environnement au cœur de leurs préoccupations. C’est un changement de paradigme.»

Danielle Pilette

Professeure associée au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’ESG UQAM

Pour Danielle Pilette, le principal défi des nouvelles mairesses et des nouveaux maires sera justement de faire leur place au sein des associations que sont l’UMQ (qui regroupe les villes de grande taille) et la Fédération québécoise des municipalités (villes de petite taille). «Ces instances sont très influentes auprès des ministères provinciaux et fédéraux, mais elles sont encore sous la houlette de l’ancienne garde, qui a compris depuis longtemps que les gouvernements aiment les projets, explique-t-elle. C’est la façon traditionnelle de faire de la politique: on donne des contrats et on montre que les choses bougent. On l’a vu avec le gouvernement caquiste qui a multiplié les annonces de projets en amont des élections.» Or, observe-t-elle, la nouvelle génération fonctionne différemment. «Les nouveaux maires et mairesses  préfèrent miser sur la gestion participative avec les citoyens, sur l’acceptabilité sociale, en mettant l’environnement au cœur de leurs préoccupations. C’est un changement de paradigme.»

À la fin de l’été dernier, Stéphane Boyer et sa collègue Catherine Fournier, mairesse de Longueuil, ont lancé un appel au monde municipal et organisé le premier Sommet sur l’habitation pour lutter contre la crise du logement. Un bel exemple de l’esprit d’initiative qui anime ces nouveaux élus afin de trouver des solutions innovantes à un problème de société de plus en plus préoccupant.

Dans l’œil du public

En plus de gérer leurs équipes, de communiquer efficacement leurs décisions à la population et d’effectuer de la représentation politique au sein de diverses instances, les maires et mairesses doivent composer avec l’attention du public. «Je ne me suis jamais fait autant abordé par les gens que depuis que je suis maire, s’exclame Mathieu Traversy, qui a pourtant été député provincial, puis commentateur à l’émission Les Ex à ICI RDI. Les gens veulent nous parler de dossiers qui les affectent au quotidien.»

Mathieu Traversy, maire de Terrebonne. Photo: Ville de Terrebonne

Le maire de Terrebonne se rappelle un coup de fil d’un citoyen mécontent. «Je n’ai pas placé un mot pendant 35 minutes et à la fin, il me dit: ” Vous, vous êtes un vrai politicien d’expérience avec une vraie sensibilité”! Je l’avais juste écouté sans l’interrompre! Cela confirme ce que je répète souvent: “Parler c’est bien, écouter c’est mieux”.»

«Dès que je mets les pieds hors de la maison, on m’apostrophe, rigole Audrey Boisjoly. Mon conjoint ne veut plus faire l’épicerie avec moi, parce que c’est trop long! Les citoyens savent qu’ils peuvent assister au conseil de ville et présenter leurs requêtes, mais quand ils nous croisent en public, c’est beaucoup plus simple pour eux!»

Audrey Boisjoly, mairesse de Saint-Félix-de-Valois. Photo: Municipalité de Saint-Félix-de-Valois

Cela soulève la question de la conciliation travail-famille ou travail-vie personnelle. «Avant, le critère pour évaluer la performance d’un maire était qu’il accepte toutes les invitations, tout le temps. Mais on peut être partout et être mauvais», souligne avec justesse Miguel Lemieux. De nos jours, croit-il, les citoyens comprennent que les politiciens veulent voir grandir leurs enfants.

L’agressivité sur les réseaux sociaux

Plusieurs élus municipaux ont décidé de quitter la vie politique avant les dernières élections, notamment en raison de l’agressivité qui sévit sur les réseaux sociaux. «L’insulte y est omniprésente, même lorsqu’on y annonce une bonne nouvelle, confirme Pierre Lessard-Blais. Pourtant, dans la rue les gens sont courtois. Ils exposent leurs désaccords de manière respectueuse. Mais en ligne, les gens carburent à l’énergie négative. Et les politiciens qui disent que cela ne les touche pas, je ne les crois pas…»

Miguel Lemieux fait la même constatation. En personne, les gens sont généralement polis, mais cela dérape sur le web. «Un citoyen voit un nid de poule et trois secondes plus tard, il m’apostrophe violemment sur les réseaux sociaux», illustre-t-il. Au-delà des commentaires négatifs, ce qui l’horripile le plus est la désinformation. «Plus de 90 % de ce qu’on me reproche ou de ce qu’on reproche à mon équipe, nous ne l’avons jamais fait! Je passe mon temps à écrire: “Non, on n’a pas fait ça.” C’est absurde! C’est la partie la moins agréable de mon travail. Et je pense sincèrement que les réseaux sociaux constituent la principale cause de refus de certaines bonnes recrues à se lancer en politique.»

L’agressivité se transpose aussi parfois entre les élus, ou entre les élus et l’administration municipale, comme on l’a vu dans la saga Sue Montgomery à Montréal. Selon Danielle Pilette, ce type de dérapage devrait s’estomper avec l’arrivée de la nouvelle génération. «Ce sont des gens qui sont habitués à travailler en équipe depuis longtemps et qui ont été exposés à la gestion de conflits, souligne-t-elle. Ils ne reproduiront pas le modèle autoritaire des élus de la vieille garde qui régnaient en maître sur leur équipe. Ils privilégient la gestion collaborative.»

«La démocratie est un beau modèle, mais la personne dans l’opposition veut ma job, souligne en riant Stéphane Boyer. Pour y arriver, elle doit démontrer qu’elle est plus compétente que moi. La nature de la joute politique est ancrée dans la confrontation, mais il y a moyen de faire cela de manière respectueuse.»

Caroline Bourgeois et Audrey Boisjoly s’estiment chanceuses de ne pas avoir fait l’objet d’attaques personnelles sur les réseaux sociaux. «Je sais qu’à certains égards, je vais déplaire à des gens. On peut critiquer ma gestion et mes choix, mais pas ma personne, note la mairesse de Saint-Félix-de-Valois. Cela dit, il faut faire face à la critique en politique. Autrement, aussi bien changer de métier!»

«Il va de soi que le monde est imparfait et que l’on pourra toujours l’améliorer, mais à un moment, il faut cesser de critiquer et agir, il faut s’investir dans notre environnement, dans notre milieu de vie, souligne Pierre Lessard-Blais. Mes enfants me reprocheront peut-être de ne pas avoir été présent autant qu’ils l’auraient souhaité, mais j’ose espérer qu’ils comprendront que je me suis engagé pour assurer un meilleur avenir climatique à leur génération.»