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Le parcours inspirant de Rivellie Tchuisseu

La doctorante en sciences de l’environnement veut faire avancer la cause des femmes dans le secteur agricole.

Par Pierre-Etienne Caza

11 février 2022 à 14 h 02

Mis à jour le 5 juillet 2022 à 15 h 55

La doctorante en sciences de l’environnement Rivellie Tchuisseu.Photo: Nathalie St-Pierre

La doctorante en sciences de l’environnement Rivellie Tchuisseu mérite sa place parmi les femmes inspirantes dont on souligne le parcours à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, le 11 février. Née au Cameroun, cette fille d’agricultrice devenue ingénieure agronome, entrepreneure et mère de cinq enfants, a fait rayonner son expertise en Afrique, en Europe et au Canada, avec le désir de faire avancer la cause des femmes dans le secteur agricole.

«Les sciences pures ne m’intéressaient pas vraiment, je voulais être une scientifique capable de résoudre des problèmes concrets afin d’intervenir directement auprès des populations», raconte Rivellie Tchuisseu, qui a d’abord obtenu un bac en mathématique, physique et informatique avant de suivre une formation d’ingénieure agronome au Cameroun.

Pendant sa formation, elle crée un OBNL offrant, entre autres, des ateliers aux travailleurs et travailleuses agricoles à propos des enjeux touchant la surutilisation des pesticides, en plus de développer des programmes de microcrédit auprès des banques locales pour aider les femmes à démarrer leur entreprise agricole. «Le Cameroun est à 70 % rural et la terre y constitue un capital précieux, seulement les femmes n’y ont pas accès, explique la doctorante. C’est paradoxal, car ce sont les femmes qui font tourner l’agriculture camerounaise, mais elles ne peuvent pas posséder les terres. J’ai voulu faire ma part pour que cela change et pour que ces femmes puissent ensuite commercialiser leurs produits.»

Une fois sa formation en agronomie complétée (au premier rang de sa promotion, précise-t-elle), Rivellie Tchuisseu s’implique dans différents projets de coopération de l’Union européenne (UE) au Cameroun, mais elle constate à son grand regret que les choses ne bougent pas assez rapidement et que son expertise n’est pas valorisée à sa juste valeur. Elle soumet alors une demande pour une bourse d’excellence Erasmus Mundus. «Le programme sélectionnait 10 personnes parmi quelque 8 000 candidatures et j’ai terminé au 4rang», raconte-t-elle à propos de cette bourse qui lui a ouvert les portes de l’Europe.

Les années européennes

La bourse Erasmus Mundus permet de séjourner dans plusieurs pays européens pendant deux ans, en fonction des cours universitaires que l’on souhaite suivre pour compléter un master (l’équivalent de la maîtrise).

En 2010, Rivellie Tchuisseu déménage toute sa famille – qui compte alors un garçon et deux filles – en Europe et s’inscrit au master international en développement rural. Premier arrêt, obligatoire pour toutes les boursières et tous les boursiers: Bruxelles, siège de l’Union européenne.

Après quelques mois en Belgique, la doctorante se rend à Berlin, en Allemagne, pour suivre des cours en gestion des ressources naturelles, en politiques environnementales et en gestion des coopératives agricoles. «Avant de se retrouver sous protectorat français, le Cameroun était une colonie allemande, rappelle-t-elle. Je savais que je m’intégrerais facilement en Allemagne car j’avais appris la langue.»

De l’Allemagne, elle se rend en Slovaquie pendant l’été 2011 afin d’évaluer son programme de développement rural, préparant le terrain aux experts de l’UE. «Je me suis rendue ensuite à Pise, en Italie, pour réaliser une étude de cas sur les producteurs d’olives, puis j’ai assisté à un séminaire d’un mois aux Pays-Bas portant sur le transfert des technologies agricoles et environnementales.»

Rivellie Tchuisseu conclut son parcours de boursière à Rennes, en France, au sein du Laboratoire de développement rural de l’Institut national de recherche agronomique (INRA). «J’avais prévu suivre des cours en France en fin de parcours car je souhaitais m’y établir», souligne-t-elle.

Son bon travail ne passe pas inaperçu et on la recrute pour un poste à Paris, où elle déménage, avant d’être envoyée à l’Université de Gloucestershire, en Angleterre, au sein du Countryside and Community Research Institute. «J’ai établi le partenariat entre l’INRA et cet institut en travaillant sur la problématique de la réduction des pesticides en lien avec la privatisation de la recherche agricole. Il s’agissait, en somme, de réaliser une étude comparative entre l’Angleterre, où le secteur agricole est hautement privatisé, et la France, qui souhaitait évaluer la pertinence d’en privatiser des composantes.»

S’établir au Canada

Avec un emploi assuré à l’INRA, où elle comptait poursuivre ses études doctorales, pourquoi Rivellie Tchuisseu a-t-elle décidé de déraciner sa famille à nouveau et de venir s’installer au Canada ? «Je voyais autour de moi les problèmes d’emploi et d’insertion professionnelle que certains collègues rencontraient en France, et en Europe plus globalement, et je voulais offrir à mes enfants un meilleur environnement pour leur permettre de s’épanouir», dit-elle. C’est ainsi qu’elle et son mari débarquent au Canada en 2012 afin d’y installer la famille, qui compte désormais quatre enfants (sa troisième fille étant née pendant son séjour en Allemagne).

Consultante pour une coopérative spécialisée en environnement, la doctorante effectue des contrats pour l’OCDE au sujet de l’évaluation des politiques agroenvironnementales des pays membres, notamment afin de limiter les effets dévastateurs de l’agriculture sur l’environnement.

Elle crée son propre cabinet de consultation, Seedcha, pendant le congé de maternité suivant la naissance, en sol canadien, de son deuxième fils. «J’ai obtenu plusieurs contrats avec le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) sur les politiques d’agriculture biologique et mené différents projets avec des MRC au Québec. J’ai travaillé également avec le ministère des Relations internationales et de la Francophonie pour un projet partenarial en Côte d’Ivoire.»

Projet de thèse

S’établir au Canada a repoussé le projet de doctorat de Rivellie Tchuisseu de quelques années, mais la voici enfin prête à relever ce nouveau défi.

Inscrite depuis l’automne dernier au doctorat en sciences de l’environnement, Rivellie Tchuisseu fait partie des premières boursières du Fonds pour les femmes en science de la Faculté des sciences. Elle compte rédiger une thèse sur la difficulté pour les femmes d’obtenir des postes de décideur dans le secteur agricole au Canada et en France. «Depuis le Cameroun jusqu’au Canada, j’ai pu constater que les femmes demeurent minoritaires dans le secteur agricole. Elles sont absentes des instances décisionnelles et il faut changer cela.»

Sa directrice de thèse est la professeure du Département de sociologie Elisabeth Abergel, qui est également membre de l’Institut des sciences de l’environnement. «C’est la meilleure directrice pour moi, car elle est spécialisée en sociologie de l’environnement et en études féministes», observe la chercheuse.

Puisque nul n’est prophète en son pays, Rivellie Tchuisseu ne caresse pas le projet de retourner un jour au Cameroun. «Mes compétences ont été valorisées hors du Cameroun et je me considère désormais une citoyenne du monde, estime-t-elle. Et comme je l’avais souhaité, mes enfants sont épanouis et heureux d’être Québécois!»

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