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La musique populaire, un écosystème inéquitable?

La sous-représentation de la diversité culturelle et de genre dans les festivals n’est que la pointe de l’iceberg, analyse Vanessa Blais-Tremblay.

Par Pierre-Etienne Caza

7 juin 2022 à 12 h 12

Au grand bonheur des amateurs de musique, les festivals d’été ont annoncé plus tôt ce printemps leur programmation respective, mais certaines de ces annonces ont créé des remous en raison de la sous-représentation de la diversité culturelle et de genre. Cela a incité une demi-douzaine d’organisations à signer une lettre ouverte pour demander à tous les diffuseurs publics du Québec, incluant les festivals, de se doter d’un plan d’action afin de viser une relance culturelle post-pandémique réellement inclusive. «Les publics du Québec méritent que ce qu’on leur présente sur leurs scènes reflète la vitalité et la grande pluralité de la vie musicale québécoise», soulignent-elles.

Parmi les signataires de cette lettre, on retrouve le réseau DIG! Différences et inégalités de genre dans la musique au Québec, dont la directrice scientifique est la professeure du Département de musique Vanessa Blais-Tremblay. Selon elle, la programmation inéquitable de certains festivals n’est que la pointe de l’iceberg d’une problématique qui se situe en amont des scènes estivales. «En musique populaire, le festival est la fin de la chaîne alimentaire, explique-t-elle. Pour qu’un artiste s’y produise, il doit d’abord avoir développé son produit, réalisé un album et avoir tourné sur les radios commerciales.»

Au Québec, la création musicale dépend souvent de bourses provenant d’organismes comme le Conseil des arts et lettres du Québec ou le Conseil des arts de Montréal. «Ces organismes ont développé des politiques avant-gardistes en ce qui concerne l’aide aux artistes de la diversité, reconnaît Vanessa Blais-Tremblay, notamment parce que les jurys qui évaluent les demandes sont paritaires.» C’est ensuite que les choses déraillent. «Pour faire connaître ses créations, l’artiste doit obtenir un contrat de disque. Or, les maisons de disque sont subventionnées, mais elles n’ont aucun incitatif à se préoccuper de la parité hommes-femmes ou à engager des artistes de la diversité.»

«S’il était aussi facile de partager sur les réseaux sociaux les listes de diffusion des radios commerciales que de partager l’affiche d’un festival, les gens seraient outrés de voir à quel point les artistes féminines et de minorités sont sous-représentées sur les ondes.»

Vanessa Blais-Tremblay

Professeure au Département de musique

Pour connaître du succès, un artiste doit aussi réussir à ce que ses chansons soient diffusées à la radio commerciale, l’une des zones les plus inéquitables de l’écosystème musical, affirme Vanessa Blais-Tremblay. «Le problème empire depuis 2012. À l’époque, on comptait environ 23 % de chansons d’artistes féminines. Cette proportion est passée à 12 %. S’il était aussi facile de partager sur les réseaux sociaux les listes de diffusion des radios commerciales que de partager l’affiche d’un festival, les gens seraient outrés de voir à quel point les artistes féminines et de minorités sont sous-représentées sur les ondes.»

Dans la majorité des cas, c’est la notoriété acquise par la diffusion de ses chansons à la radio qui fait qu’un ou une artiste est invité à participer à un festival. «Les festivals sont subventionnés, mais pas à 100 % : ils ont besoin de vendre des billets et, pour cela, ils veulent des artistes reconnus. Peut-on les blâmer?», demande la professeure.

Mieux en ville, encore difficile en région

Vanessa Blais-Tremblay estime qu’il est souhaitable que l’ensemble de l’industrie musicale tende vers des pratiques inclusives. «On a tendance à pointer les festivals du doigt, mais ce n’est pas très constructif comme approche, nuance-t-elle, d’autant plus que, dans l’ensemble, ils ont fait des efforts significatifs pour améliorer leur programmation depuis cinq ans. À Montréal, les principaux événements comme le Festival international de jazz, les Francofolies et Osheaga ont considérablement amélioré le ratio hommes/femmes et artistes blancs/artistes racisés depuis la première mobilisation féministe sur la question, en 2017.»

Là où le bât blesse le plus au niveau de la représentation culturelle et de genre, c’est en région, là où, bien souvent, les organisations sont bénévoles . «Mais cela n’est pas une excuse, s’empresse d’ajouter Vanessa Blais-Tremblay. Plusieurs festivals hors de Montréal reçoivent du soutien financier, et les organismes subventionnaires pourraient mettre en place des solutions. Avec les fonds publics, on pourrait, par exemple, engager un commissaire à la diversité pendant quelques années afin d’aider les organisations à atteindre une programmation inclusive.»

L’un des objectifs du réseau DIG!, rappelle-t-elle, est de favoriser le dialogue entre les différents festivals afin que ceux qui parviennent le mieux à offrir une programmation diversifiée puissent partager leurs bonnes pratiques avec les autres.

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