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La professeure Lucie Lemonde n’est plus

La défense des droits humains était au cœur de l’enseignement et des recherches de l’ancienne présidente de la Ligue des droits et libertés.

Par Claude Gauvreau

10 février 2022 à 16 h 02

Mis à jour le 9 juin 2022 à 13 h 09

Lucie LemondePhoto: Nathalie St-Pierre

L’UQAM a appris avec tristesse le décès de la professeure du Département des sciences juridiques Lucie Lemonde, survenu le 7 février dernier. Retraitée depuis peu, elle avait été embauchée par l’Université à la fin des années 1980. Membre de la Ligue des droits et libertés (LDL) du Québec, qu’elle a présidée de 1994 à 2000, la juriste a consacré sa carrière à la défense des droits humains.

«Cette défense était le moteur de toutes ses actions, souligne la directrice du Département des sciences juridiques Rachel Chagnon. C’était quelqu’un qui défendait le droit de toutes les personnes de vivre dans la dignité. Comme professeure, comme avocate et comme militante, elle se révoltait contre les injustices et cherchait à aider les gens à faire reconnaître leurs droits.»

Au cours des 30 dernières années, la carrière de Lucie Lemonde a été étroitement associée aux luttes sociales au Québec. Admise au Barreau en 1974, elle a obtenu un doctorat en droit de l’Université de Montréal en 1995. Ses champs de compétence couvraient le droit carcéral, les droits et libertés de la personne sur les plans national et international ainsi que la liberté d’expression. Elle a été vice-présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) de 1997 à 2004. Durant cette période, Lucie Lemonde a participé à d’importantes missions internationales d’enquête et de formation, notamment sur la situation des étrangers en France et sur les demandeurs d’asile en Colombie, au Togo, au Bénin et en Roumanie. En 2011, elle a reçu une mention d’honneur de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour son engagement social.

Pionnière du droit carcéral

En 2019, Lucie Lemonde a obtenu un doctorat honorifique en droit de l’Université de Sherbrooke pour son rôle de pionnière de la pratique et de l’enseignement du droit carcéral au Québec et au Canada. «Dans les années 80, les autorités carcérales n’avaient aucun compte à rendre sur les conditions de détention dans les prisons», rappelait-elle en 2015, lorsqu’elle reçut le prix Pierre-Dansereau de l’ACFAS visant à reconnaitre l’engagement social d’un chercheur. «Nous étions une poignée au Canada à mener les premières batailles pour le droit à un traitement équitable des personnes incarcérées», soulignait la professeure.

Lucie Lemonde est intervenue, notamment, pour dénoncer les pratiques d’enfermement des mineurs ainsi que la détention des demandeurs d’asile. Ces dernières années, de concert avec la LDL et la Fédération des femmes du Québec, elle a dénoncé les violations des droits des femmes incarcérées à l’établissement Leclerc ainsi que ceux des femmes trans détenues.

«Elle a été une des premières personnes au Québec à se battre pour la reconnaissance du droit carcéral comme un domaine du droit particulier, autonome, distinct du droit criminel, note Rachel Chagnon. Avant elle, on considérait que le droit carcéral ne valait pas la peine d’être étudié et on ne s’intéressait pas au sort des personnes incarcérées.»

La juriste a également joué un rôle central dans de multiples actions menées par la LDL en faveur de la liberté d’expression. Elle s’est ainsi impliquée dans la lutte contre le phénomène des poursuites-bâillons, ces actions judiciaires intentées par des entreprises qui visent à faire taire des individus ou des groupes de pression en les entraînant dans des procédures juridiques coûteuses. Elle a, par ailleurs, dénoncé les violations de droits durant le Sommet des Amériques en 2001, lors du G20 à Toronto, en 2010, et à l’occasion de la grève étudiante de 2012 («Printemps érable»). Elle est également à l’origine du projet de la LDL de fournir à des organisations de défense des droits des outils, sous la forme d’un guide, leur permettant d’analyser la réglementation de leur municipalité portant atteinte au droit de manifester.

La professeure est enfin intervenue publiquement pour s’opposer aux tentatives de recriminalisation de l’avortement ainsi que pour défendre la décriminalisation complète de la prostitution et la légalisation de l’aide médicale à mourir au Canada.

«Lucie Lemonde avait la capacité d’amener ses étudiants et étudiantes à examiner des enjeux du droit différemment, observe Rachel Chagnon. Elle leur a aussi transmis l’idée que l’on peut être une chercheuse ou un chercheur rigoureux tout en étant profondément engagé dans la cité, que ces deux aspects peuvent se nourrir mutuellement.» Plusieurs de ses étudiants se sont d’ailleurs engagés dans différentes pratiques ou professions liées à la défense des droits et libertés ou, encore, se sont impliqués dans différents mouvements ou organismes œuvrant en faveur des droits humains.

Sur le site web de la Faculté de science politique et de droit, on peut lire l’hommage que lui rend le Département des sciences juridiques.

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