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Décès de la professeure Lori Saint-Martin

La disparition soudaine de l’écrivaine plonge l’UQAM et le milieu littéraire dans la tristesse.

22 octobre 2022 à 18 h 59

Mis à jour le 24 octobre 2022 à 14 h 26

La professeure du Département d’études littéraires Lori Saint-Martin est décédée subitement à Paris samedi. La disparition de celle qui était aussi chercheuse, essayiste, nouvelliste, critique et traductrice plonge l’UQAM et le milieu littéraire dans la tristesse. Sur les réseaux sociaux, les témoignages d’écrivaines, de journalistes, d’amies et d’anciennes étudiantes déferlaient dans la journée de samedi, soulignant son talent, sa sensibilité, son dévouement et son amour de la langue française.

À l’UQAM depuis 1991, Lori Saint-Martin a connu une carrière remarquable. Embauchée pour développer un axe de recherches et d’enseignement en études féministes au sein du Département d’études littéraires, elle s’intéresse, notamment, aux rapports mère-fille et père-enfant dans la littérature québécoise contemporaine et à la façon dont des auteurs masculins représentent les relations entre les sexes. Un autre volet de son travail a consisté à faire connaître l’écriture des femmes. Elle a ainsi participé aux éditions critiques des œuvres d’Anne Hébert et de Germaine Guèvremont, et a travaillé sur la représentation de la femme chez Gabrielle Roy, en particulier dans ses manuscrits inédits, contribuant à renouveler l’image de cette écrivaine.

Membre de l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF), Lori Saint-Martin a collaboré au développement multidisciplinaire des études féministes par la création de programmes de formation, de cours ainsi que de bourses et de prix pour les étudiantes. Elle a également participé à la création d’une concentration de troisième cycle en études féministes, permettant à l’UQAM d’offrir une formation dans ce domaine à tous les cycles d’études.

Lori Saint-Martin a reçu de nombreux prix, dont le prix André-Laurendeau en sciences humaines, décerné par l’Association francophone pour le savoir (Acfas) ainsi que le prix d’excellence en recherche et création, volet Carrière, de l’Université du Québec. Membre de la Société royale du Canada, elle venait tout juste d’être admise à l’Académie des lettres du Québec.

Traductrice accomplie, elle a remporté le Prix du Gouverneur général à quatre reprises dans la catégorie Traduction, avec son mari et complice Paul Gagné, avec qui elle a signé plus de 110 traductions de l’anglais vers le français. Récemment, elle avait publié Un bien nécessaire : éloge de la traduction littéraire (Boréal), essai dans lequel elle s’en prenait à la vision répandue de la traduction comme perte, trahison ou déformation.

«Traduire la littérature, c’est vivre avec les mots des autres, vivre dans les mots des autres, vivre pour les mots des autres, et les faire revivre dans les siens, grâce aux siens. Je réfléchis ici à la manière dont, en toute humilité, soumises à des contraintes, mais aussi dotées de grandes libertés, les traductrices font tranquillement leur métier d’ombre en tirant des œuvres vers la lumière neuve d’une autre langue», écrivait-elle.

En tant qu’auteure, elle a aussi signé des recueils de nouvelles et des romans, dont Pour qui je me prends (également chez Boréal), en 2020, un récit intimiste dans lequel celle qui est née au Canada anglais raconte son amour pour la langue française et son choix de changer de vie et de langue maternelle.

Membre du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ), la professeure devait intervenir, ce lundi 24 octobre, à la Commission nationale française pour l’UNESCO, qui a annoncé qu’un hommage lui sera rendu.