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Débat électoral sur l’économie, l’environnement et la santé

Des candidates et candidats ont croisé le fer lors d’un débat organisé par l’UQAM en collaboration avec TVA.

Par Claude Gauvreau

8 septembre 2022 à 19 h 24

Un peu plus d’une semaine après le déclenchement de la campagne électorale au Québec, des candidates et candidats des cinq partis politiques représentés à l’Assemblée nationale lors de sa dissolution ont croisé le fer, le 7 septembre dernier, à l’occasion d’un débat qui a réuni plus de 200 personnes à l’auditorium de la Grande Bibliothèque. Organisé par l’UQAM en collaboration avec TVA, le débat retransmis en direct sur Facebook a porté sur l’économie, la santé et l’environnement. Il était animé par le diplômé Pierre-Olivier Zappa (B.A. communication, politique et société, 2009; M.A. communication, 2012), nouveau chef d’antenne de TVA.

Pour présenter les thèmes de la discussion, l’UQAM avait fait appel à trois de ses experts: le professeur du Département des sciences économiques Philippe Goulet Coulombe, membre de la Chaire en macroéconomie et prévisions, la professeure du Département de psychologie Kim Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale, et le professeur du Département de géographie Philippe Gachon, directeur du Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIISQ) et membre du Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale (ESCER).

Les candidates et candidats Mathieu Lacombe, actuel ministre de la Famille, pour la Coalition Avenir Québec (Papineau), Monsef Derraji, actuel porte-parole en matière de santé pour le Parti libéral du Québec (Nelligan), Alejandra Zaga Mendez, présidente de Québec Solidaire (Verdun), Stephan Fogaing, du Parti québécois (Hochelaga-Maisonneuve), et Sabrina Ait Akil, du Parti conservateur du Québec (Mont-Royal–Outremont), étaient présents.

Ne pouvant prendre part à la rencontre, la rectrice Magda Fusaro a prononcé un mot de bienvenue sur vidéo, soulignant l’importance de mener des débats dans un cadre démocratique. «Bien souvent, nous sous-estimons la portée de cet exercice, a -t-elle déclaré. Or, le faire dans le plus grand respect des opinions de chacune et de chacun d’entre vous démontre que notre démocratie est bien portante.»

Une période économique trouble

Dans sa présentation du premier thème, le professeur Philippe Goulet Coulombe a souligné que le Québec traverse une période économique trouble. L’inflation continue de galoper, la pénurie de main-d’œuvre constitue un frein au développement économique et l’accès au logement représente un problème de plus en plus criant partout au Québec, notamment à Montréal, a-t-il mentionné.

Que comptez-vous faire pour aider les personnes les plus vulnérables qui peinent à traverser cette période de forte inflation, a demandé Pierre-Olivier Zappa?

Selon Stephan Fogaing, du Parti québécois, il ne faut pas s’orienter vers des baisses d’impôts et de taxes, mais plutôt vers des crédits d’impôt: 1 200 $ pour les gens qui gagnent 50 000 $ et moins, 750 $ pour ceux qui gagnent entre 50 000 $ et 80 000 $, en plus de doubler le crédit de solidarité. «Les coffres de l’État sont déjà pleins», a répliqué Moncef Derraji, du Parti libéral, dont le plan vise à aider les aînés et les jeunes familles.

Mathieu Lacombe, candidat de la CAQ, a mentionné un bouclier anti-inflation, qui comporte une baisse des impôts (2,5 % sur 10 ans), une aide financière ponctuelle et un plafond pour les hausses de tarifs. Sabrina Ait Akil, du Parti conservateur, s’est aussi prononcée en faveur d’un allègement du fardeau fiscal, en plus de suspendre la taxe sur l’essence. «C’est l’État qui doit se serrer la ceinture, pas les citoyens», a-t-elle lancé. «Baisser les impôts équivaudrait à se priver de revenus précieux pour financer les systèmes de santé et d’éducation, pour offrir des logements abordables et même pour lutter contre la crise climatique», a rétorqué la candidate de Québec Solidaire Alejandra Zaga Mendez.

Le débat s’est poursuivi sur la pénurie de main-d’œuvre. Si la plupart des candidats ont souligné l’importance de la formation et de la requalification des travailleurs et travailleuses, des divergences sont apparues sur la solution que pourrait représenter une meilleure intégration des immigrants au marché du travail.

Crise environnementale

Pour lancer le deuxième thème consacré à l’environnement, le professeur Philippe Gachon a insisté, chiffres à l’appui, sur l’augmentation du nombre de désastres d’origine climatique et météorologique, et sur leurs coûts économiques, sur l’accélération du réchauffement climatique et sur le rythme alarmant du déclin de la biodiversité (dégradation des écosystèmes, perte d’habitats et espèces menacées). L’heure est au combat contre l’ignorance, le déni et l’inaction, a-t-il conclu.

Pierre-Olivier Zappa a enchaîné en interpellant les candidats: «Y a-t-il urgence climatique et qu’allez-vous faire?»

«Je ne nie pas les changements climatiques, mais il y a beaucoup d’alarmisme», a déclaré Sabrina Ait Akil. Le Québec doit avoir sa propre approche, sans être coercitif, a-t-elle dit. «Le projet GNL, par exemple, permettrait de distribuer du gaz naturel liquéfié partout dans le monde, contribuant ainsi à réduire la consommation de charbon à l’international.» Moncef Derraji a insisté, pour sa part, sur le lien entre développement économique et respect de l’environnement, et a mis l’accent sur l’exploitation et l’exportation de l’hydrogène vert. Il a critiqué le position du gouvernement Legault sur la création d’un troisième lien entre Québec et Lévis et défendu la «nécessité d’un débat sur ce projet de 10 milliards de dollars visant la  construction d’un tunnel pour faire déplacer des voitures entre les rives des deux villes.»

Le Québec possède les connaissances scientifiques pour faire face à la crise climatique, mais ce qui manque, c’est le courage politique, a affirmé Alejandra Zaga Mendez. «Québec solidaire a le projet ambitieux de réduire de 55 % les émissions de GES d’ici 2030 par rapport aux années 1990, afin de se conformer aux directives du GIEC. Quant au projet d’un troisième lien entre Québec et Lévis, il est incompatible avec la réduction des GES. Nous privilégions le développement du réseau de transport en commun et celui d’un transport ferroviaire interurbain.»

Pour Mathieu Lacombe, le courage politique, c’est dire que la vente de véhicules à essence ne sera plus possible au Québec dès 2035. «La CAQ vise à investir 56 milliards de dollars dans le système de transport en commun. Nous misons aussi sur l’exportation d’hydro-élecricité, une énergie verte.» Le candidat péquiste Stephan Fogaing propose d’imposer aux constructeurs automobiles d’offrir 50 % de véhicules électriques et de doubler le transport en commun d’ici 2035. «Nous offrirons une passe climat permettant de donner accès à tous les systèmes de transport au Québec.»

Un accès limité aux soins

Le débat s’est conclu sur le thème de la santé, présenté par la professeure Kim Lavoie. Celle-ci a rappelé à quel point la pandémie a mis en relief les faiblesses du système de santé québécois, dont l’accès limité aux soins (plus de 20 % des Québécoises et Québécois n’ont pas de médecin de famille). La chercheuse a aussi souligné les besoins croissants en santé mentale, notamment chez les jeunes, et la nécessité de renforcer la prévention et la collaboration entre le gouvernement, le milieu de la recherche et les agences de santé publique.

Le Québec n’est pas à l’abri d’autres vagues de COVID-19. «Que faire pour préparer le Québec à cette éventualité?», a demandé Pierre-Olivier Zappa.

«On a assisté à un virage totalitaire de la part du gouvernement pendant la pandémie, a lancé le candidat libéral. La CAQ a gouverné par décrets et par sondages, sans qu’il n’y ait de débats au Parlement.» «Le bilan n’est pas parfait, mais nous avons fait mieux que plusieurs autres pays dans le monde, a répliqué Mathieu Lacombe. Nous avons pris les meilleures décisions possibles, qu’elles aient été populaires ou non.»

«Le bilan a été catastrophique, tant sur le plan sanitaire qu’économique, a affirmé la candidate conservatrice. Dans un contexte de crise sanitaire, nous proposons que le gouvernement ait l’accord de 80 % des élus avant de prendre des mesures coercitives.» Selon la candidate de Québec solidaire, «la pandémie a montré l’importance de prendre des décisions basées sur la science et d’assurer l’indépendance de la Santé publique à l’égard du pouvoir politique. Elle a aussi illustré la faillite du modèle des CHSLD, au détriment des soins à domicile. Pour le candidat du PQ, il aurait fallu plus de transparence et moins d’abus de pouvoir. «Nous demandons une enquête publique indépendante afin de comprendre pourquoi certaines décisions n’étaient pas en adéquation avec les demandes des scientifiques.»

Pour améliorer le système de santé actuel, notamment l’accès à un médecin de famille, les candidats de la CAQ, du Parti conservateur et du Parti libéral ont plaidé en faveur d’un rôle accru joué par le secteur privé, une idée rejetée par la représentante de Québec solidaire. Celle-ci a souligné la nécessité de renforcer les services de première ligne et de sortir de la logique du «tout au médecin» en donnant la possibilité à d’autres professionnels de prodiguer des soins. Le candidat du PQ a conclu en défendant l’idée de passer d’un système centré sur les hôpitaux à un réseau public de soins de proximité, en s’appuyant notamment sur les CLSC.

L’animateur et diplômé Pierre-Olivier Zappa a clos le débat en rappelant au public l’importance d’aller voter. «Le 3 octobre prochain, c’est vous qui allez faire votre choix et contribuer ainsi, dans une certaine mesure, à façonner le Québec de demain. C’est un acte important que celui de voter et j’espère que le débat de ce soir vous aura éclairés.»

L’enregistrement vidéo du débat est disponible sur UQAM.tv.

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