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Vers un conflit à Taïwan?

Une invasion chinoise est peu probable à court terme, estime Justin Massie, mais le risque augmentera au cours des prochaines années.

Par Jean-François Ducharme

27 mai 2022 à 18 h 00

Mis à jour le 3 juin 2022 à 14 h 47

En visite en Asie cette semaine, le président Joe Biden a créé une onde de choc en déclarant que les États-Unis défendraient Taïwan en cas d’invasion de l’île par la Chine. Cette déclaration rompait avec la politique «d’ambiguïté stratégique» préconisée par les États-Unis dans la région depuis 50 ans. Une politique qui avait le double objectif de dissuader une intervention militaire chinoise et de ne pas encourager une déclaration d’indépendance de Taïwan.

Devant la colère de Pékin, le président américain a par la suite modéré ses propos. Une guerre à Taïwan est-elle envisageable? «À court terme, le risque d’une attaque chinoise est faible, estime Justin Massie, professeur au Département de science politique et codirecteur du Réseau d’analyse stratégique, qui regroupe plus de 80 chercheurs et chercheuses à travers le Canada. La possibilité d’une confrontation directe avec les États-Unis ainsi que les coûts astronomiques d’une guerre sont des facteurs de dissuasion importants pour la Chine. Ceci dit, peu de gens connaissent les réelles intentions de Pékin et peu d’experts prédisaient une invasion de l’Ukraine par la Russie il y a quelques mois à peine.»

Selon le professeur, les situations en Ukraine et à Taïwan sont trop différentes pour que l’on puisse établir un parallèle entre les deux. «D’abord, il était clair que les États-Unis n’allaient pas intervenir directement en Ukraine, ce qui n’est pas le cas à Taïwan. De plus, je doute que la Chine commettrait les mêmes erreurs que la Russie, tant sur les plans de la stratégie militaire et du ravitaillement que du renseignement. La seule leçon à tirer de la guerre en Ukraine est que l’unité transatlantique entre les États-Unis et leurs alliés est manifestement très solide.»

Des scénarios possibles

Si la possibilité d’un conflit est faible pour l’instant, les probabilités augmenteront au cours des prochaines années, pense Justin Massie. Plusieurs dates ont été évoquées dans les médias occidentaux. La première, 2024, est l’année des prochaines élections à Taïwan. «Le vice-président taïwanais actuel William Lai, qui a des chances de se faire élire, est très nationaliste et pourrait être tenté de tenir un référendum sur l’indépendance. Dans un tel cas, Pékin interviendrait probablement puisqu’une déclaration d’indépendance taïwanaise irait à l’encontre de sa politique d’une seule Chine.»

La deuxième date, 2027, a été évoquée par le commandant américain dans l’Indo-Pacifique Philip Davidson. Coïncidant avec le 100e anniversaire de fondation de l’Armée populaire chinoise, ce moment serait choisi pour son avantage militaire. «Les États-Unis fournissent de plus en plus d’armes à Taïwan, souligne Justin Massie. Les Taïwanais n’ont pas encore les capacités d’empêcher une invasion chinoise, mais, dans quelques années, la modernisation des forces taïwanaises sera complétée.»

Enfin, l’année 2049, qui marquera le centenaire de la Chine communiste, est aussi au centre des spéculations entourant une possible guerre. «Le président chinois Xi Jinping a mentionné à plusieurs reprises sa volonté de réaliser la réunification de la Grande Chine pour le centenaire, souligne le professeur. S’il ne parvient pas à l’obtenir de manière pacifique, il sera peut-être tenté d’utiliser la force.»

Une attaque chinoise sur Taïwan déclencherait-elle un troisième conflit mondial? «Tout dépend du type d’attaque, nuance Justin Massie. Une cyberattaque contre les infrastructures taïwanaises ne déclencherait probablement pas de guerre directe. Un blocus naval pour empêcher l’acheminement d’armes américaines provoquerait certainement des tensions qui pourraient s’apparenter à la crise de Cuba de 1962, mais la situation serait ambigüe. Dans le pire des cas, une invasion amphibie, aérienne et terrestre de Taïwan, une escalade militaire menant à la Troisième Guerre mondiale serait malheureusement un scénario fort possible.»

Deux journées de conférences sur les risques d’un conflit à Taïwan

Toutes les questions entourant les risques d’un potentiel conflit à Taïwan seront discutées lors de deux journées de conférences, qui auront lieu à l’UQAM les 2 et 3 juin. Présentées par le Réseau d’analyse stratégique et financées par le ministère de la Défense nationale du Canada, ces conférences réuniront des experts provenant d’Asie, d’Océanie, d’Europe et d’Amérique du Nord.

La programmation propose un débat approfondi sur les intentions de la Chine, la capacité des États-Unis à prévenir une guerre et la façon dont les partenaires et alliés régionaux appréhendent cette question. Le premier panel mesurera la probabilité d’une guerre, évaluera les scénarios d’urgence et les facteurs permettant de prévenir un conflit. Dans les deuxième et troisième panels, l’objectif sera d’examiner les meilleures stratégies des alliés et des partenaires pour gérer la question de Taïwan. Le quatrième panel se concentrera sur les leçons de la guerre en Ukraine pour Taïwan, l’évaluation par les alliés de l’imminence d’un conflit et leurs réactions potentielles si une guerre éclatait. Un cinquième panel, dédié aux étudiantes et étudiants des cycles supérieurs travaillant sur ces questions, clôturera la conférence.

La conférence se déroulera dans un format hybride: les participants seront présents en personne et le public sera en ligne. Le symposium se déroulera en anglais, à l’exception du panel étudiant, qui aura lieu en français.

On peut consulter le programme complet des deux journées. L’inscription en ligne est obligatoire et gratuite.

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