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Alain Joseph, animateur de balado

L’étudiant d’origine haïtienne fait découvrir des personnes issues de la diversité québécoise.

Par Valérie Martin

7 février 2022 à 10 h 02

Mis à jour le 9 juin 2022 à 13 h 09

Série Mois de l’histoire des Noirs
Le mois de février est l’occasion de découvrir la richesse et la diversité des communautés noires.

Alain Joseph.Photo: Nathalie St-Pierre

À la barre de son balado hebdomadaire Coconut, consacré à la diversité québécoise et francophone, Alain Joseph, finissant du baccalauréat en enseignement secondaire (concentration formation éthique et culture religieuse), dégage une énergie contagieuse. Tel un caméléon, le jeune homme d’origine haïtienne emprunte différents accents – québécois, créole ou français – avec une aisance désarmante.

Cela peut paraître déroutant pour les auditeurs et auditrices du balado, mais pour Alain Joseph, qui a fait ses études primaires et secondaires au Collège français, prononcer des mots de différentes manières et sur divers tons est tout à fait naturel. «Plusieurs personnes issues de l’immigration ont cette capacité de s’ajuster et de moduler leur accent en fonction des gens qu’elles côtoient, observe-t-il. Cette habileté permet d’entrer dans plusieurs cercles et communautés, d’avoir accès à leur mémoire collective.»

Alain Joseph se souvient qu’il a toujours aimé communiquer avec les gens. «Plus jeune, j’étais l’élève qui performait pendant les exposés oraux», se rappelle celui qui est aujourd’hui enseignant suppléant au secondaire.

En mars 2020, lorsque le premier ministre François Legault lance un appel à tous les influenceuses et influenceurs et youtubeuses et youtubeurs de la province afin de l’aider à convaincre les jeunes de la diversité de respecter les consignes sanitaires, Alain Joseph se sent interpellé. En collaboration avec ses élèves du secondaire, il a monté un projet de balado, tout juste avant la pandémie, portant sur l’histoire des communautés juives et sur des notions comme celle de tolérance. «C’était un projet pédagogique en situation d’apprentissage que je devais réaliser dans l’un des cours de mon bac, donné par la chargée de cours du Département de sciences des religions Chantal Bertrand, une enseignante qui m’a beaucoup inspiré», raconte l’animateur.

Fort de cette expérience, Alain Joseph crée ensuite, en plein confinement, le balado Coconut avec son colocataire Olivier Lavoie-Laroche, étudiant au baccalauréat en administration. Chaque semaine, il fait découvrir à son public des invités du milieu culturel ou politique, provenant de toutes les communautés – haïtienne, noires, autochtones, LGBTQ+ –, tout en ayant à cœur d’offrir des modèles positifs aux jeunes issus de l’immigration. «Le balado s’intéresse à la diversité sous toutes ses coutures, précise l’étudiant. J’ai voulu créer un espace où l’on peut dialoguer et apprendre à se connaître. Comprendre les différentes solitudes et le vivre-ensemble, c’est important pour moi.» Lors du premier épisode, en avril 2020, il donne les nouvelles de la pandémie en chantant (!), puis enchaîne avec la présentation de son premier invité, le médecin et ancien député Amir Khadir, suivie d’un faux clap de foule, une formule de reconnaissance amusante qu’il répète depuis pour chaque personne.

Personnalités politiques

Au fil des semaines, celui que l’on surnomme Alain Jo a reçu à son émission plusieurs personnalités du monde politique, comme le ministre de l’Environnement et du Changement climatique Steven Guilbeault, le chef du Parti vert du Québec Alex Tyrell, la députée libérale Marwah Risky, le député bloquiste Yves-François Blanchet, la mairesse de Montréal Valérie Plante, la cheffe du Parti libéral du Québec et de l’opposition officielle Dominique Anglade et la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly. «Je veux laisser la chance à toutes et à tous de s’exprimer», précise celui qui s’est présenté sous la bannière du Parti vert du Québec aux élections provinciales de 2018.

L’animateur a reçu également plusieurs membres de la diaspora haïtienne: la présidente désignée du comité exécutif de la Ville de Montréal Dominique Ollivier, la musicienne et DJ Sandy Duperval, l’animateur du Keke show et entrepreneur Kevin Calixte, le sociologue Frédéric Boisrond (B.A. sociologie, 1984; M.B.A., 2008) ainsi que Garihanna Jean-Louis, première femme noire diplômée de l’École nationale de l’humour en 2017.

Amoureux du français

Alain Joseph se fait toujours un point d’honneur de s’exprimer dans un excellent français. Francophile, il souhaite que le balado soit un espace où l’on promeut la langue française auprès des membres des communautés culturelles. C’est grâce à ses parents, qui ont reçu une éducation française en Haïti, s’il accorde autant d’importance à la langue de Molière. «Mes parents ont toujours insisté pour que nous parlions un français impeccable à la maison, se rappelle l’étudiant. Cela fait partie de mon héritage familial.»

Alain Joseph voue une grande admiration à l’animateur Jean-Luc Mongrain. «J’ai toujours voulu être comme lui. Avec son regard perçant, on avait l’impression qu’il pouvait nous secouer sur notre divan!» Il y a 30 ans, il n’y avait pas vraiment de modèle d’animateur noir au Québec, sauf peut-être Rony Dee à Radio-Centre-ville. Le père de l’étudiant, Luc Enock Joseph, homme engagé et auteur de deux essais, dont La déshumanisation sociale d’Haiti paru aux Éditions Jacques Trouillot (2020), est aussi l’une de ses sources d’inspiration. «Il s’est impliqué en politique à Haïti et au Québec, a été membre d’un Club optimiste et président d’une coopérative d’habitation à Montréal, note Alain Joseph. Au début, mon père était sceptique à l’égard de mon projet de balado, mais c’est aujourd’hui l’un de mes plus grands fans.»

Un balado sur la route

Depuis deux ans, Alain Joseph et Olivier Lavoie-Laroche (réalisateur et producteur de Coconut) passent l’été à sillonner les régions du Québec à bord d’une camionnette arborant le logo du balado. Munis d’un petit studio mobile, ils partent à la rencontre de personnes souvent peu habituées aux projecteurs: des mairesses et maires, des restauratrices et restaurateurs, des artistes et artisans. «Les gens de Montréal ont tendance à l’oublier, mais il existe aussi une diversité québécoise», souligne l’étudiant.  

En 2001, Alain Joseph avait d’ailleurs quitté sa ville natale, Montréal, pour entamer un premier baccalauréat en science politique. «Je voulais vivre ma vibe québécoise et c’est à Québec que j’ai découvert qu’il y avait une diversité à l’extérieur de la métropole», relate ce grand fan du musicien et chanteur Jean Leloup. Également globe-trotter, l’animateur a parcouru le monde en sac à dos – Amériques, Afrique, Europe – et a profité de ses périples pour apprendre différentes langues. En plus de parler couramment le français, l’anglais et le créole, il parle aussi arabe, espagnol, italien et russe.

La tournée estivale du balado Coconut s’est aussi arrêtée dans plusieurs communautés autochtones, comme celles de Mashteuiatsh et Odanak. «Je n’ai pas appris correctement l’histoire des Autochtones dans les livres d’école, alors j’apprends autrement et cela passe par des rencontres avec des gens», lance Alain Joseph. Il salue son public avec un chaleureux bonjour/kuei! et clôt souvent les émissions avec quelques mots prononcés en innu ou en algonquin. «Cela nous change du bonjour/hi!», rigole-t-il. Montrer son intérêt pour les langues et les questions autochtones est pour lui un moyen d’affirmer sa solidarité avec les Premiers Peuples. «Les communautés noires ont toujours été proches des communautés autochtones, ou du moins elles font de grands efforts pour se rapprocher d’elles, souligne l’étudiant. Nous vivons ou avons vécu des difficultés semblables et pouvons travailler de concert pour améliorer le vivre-ensemble.»

Alain Joseph aimerait mettre sur pied une entreprise médiatique vouée à la diversité, avec à la base le balado Coconut. «Ce n’est pas facile tous les jours de faire sa place, mais il faut travailler et croire en ses rêves», conclut-il.

On peut écouter le balado Coconut (Coconut Podcast) sur la page Facebook et sur la chaîne YouTube de l’émission.

On peut découvrir d’autres balados réalisés par des membres de la communauté universitaire sur le site balados.uqam.ca.

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