Une enquête d’étudiantes publiée dans La Presse

Clara Descurninges et Lila Dussault ont poursuivi le travail amorcé dans un cours jusqu'à la publication de leurs articles.

28 Septembre 2021 à 13H44

Les étudiantes au baccalauréat en communication (journalisme) Clara Descurninges et Lila Dussault.Photo: Nathalie St-Pierre

Lorsque Clara Descurninges et Lila Dussault ont ouvert La Presse+, le 19 septembre dernier au matin, l'ambiance était aux réjouissances. L'édition du jour faisait une belle place au dossier d'enquête qu'elles avaient rédigé pour le quotidien à titre de collaboratrices spéciales. À la veille des élections fédérales, ce dossier montrait que, depuis 2008, les décisions en matière de libérations conditionnelles sont moins répressives sous les libéraux que sous les conservateurs.

Les deux étudiantes au baccalauréat en communication (journalisme) n'étaient pas les seules à se réjouir. La professeure de l'École des médias Kathleen Lévesque, qui les a accompagnées dans le processus au cours de la dernière année, était au téléphone avec elles pour partager ce moment heureux. «Le lendemain j'ai entendu Paul Arcand réaliser une entrevue de suivi sur le sujet, raconte-t-elle. J'étais tellement fière, elles ont frappé un coup de circuit!» 

Recherche, écriture et réécriture

L'aventure a débuté à l'automne 2020 dans le cadre du cours de journalisme d'enquête donné par Kathleen Lévesque, qui venait d'être embauchée à l'UQAM. Journaliste d'enquête chevronnée au Devoir, puis à La Presse, la nouvelle professeure a proposé à la trentaine d'étudiantes et d'étudiants de se regrouper en équipes et de choisir un sujet d'enquête susceptible de déboucher sur un bon article. «Je savais bien qu'en un seul trimestre, il leur serait difficile d'aboutir à un article, mais l'important était de se familiariser avec la démarche journalistique et les stratégies propres au journalisme d'enquête», explique-t-elle.

À la fin du trimestre, elle a offert à ceux et celles qui souhaitaient poursuivre leur enquête un accompagnement en mode informel durant le trimestre d'hiver. Une seule équipe a manifesté son intérêt. 

De février à juin, Clara Descurninges et Lila Dussault ont poursuivi leur travail d'enquête en profitant des conseils de leur professeure, qu'elles rencontraient une fois par semaine. «J'attirais leur attention sur certains angles à couvrir, certains aspects à fouiller davantage», note Kathleen Lévesque, qui a corrigé les nombreuses versions de leur article, tout en tâtant le terrain auprès de différents médias afin de sonder leur intérêt. «Je sais bien qu'aucun média ne refuse une bonne histoire et c'est ce que Clara et Lila avaient entre les mains», ajoute-t-elle. 

Lorsque La Presse a accepté de publier leur dossier, Kathleen Lévesque a prévenu les étudiantes: le travail d'édition ne faisait que commencer! «Elles ont dû réduire leur dossier de 2500 mots à 1500 mots, ajouter la réaction des partis politiques ainsi que celle de la Commission des libérations conditionnelles, qui n'avait pas souhaité commenter jusque-là les faits soulevés par les deux étudiantes. Disons qu'avec le chapeau de collaboratrices de La Presse, la réponse a été différente», raconte-t-elle en riant.

La professeure a insisté auprès de son ancien employeur pour qu'une phrase à la fin du dossier précise qu'il s'agissait d'un travail effectué par les étudiantes dans le cadre de leurs études à l'École des médias de l'UQAM. «C'était important d'établir l'École des médias comme une référence en matière de formation au journalisme d'enquête», précise-t-elle.

Des exemples inspirants

La professeure donne à nouveau le cours de journalisme d'enquête ce trimestre-ci. Elle se sert de l'exemple de Lila Dussault et Clara Descurninges pour motiver ses étudiantes et étudiants. «Je leur dis que les travaux réalisés dans le cadre des cours peuvent leur servir de tremplin vers des occasions professionnelles. J'insiste sur le fait que leur apprentissage ne se limite pas à une course aux meilleures notes. En journalisme, les étudiants qui veulent percer doivent prendre les choses en main et foncer.»

Pendant l'hiver, Clara Descurninges a obtenu un stage à La Presse canadienne et Lila Dussault un stage à La Presse, avant d'être embauchée ensuite comme surnuméraire. «Même si le dossier publié dans La Presse a constitué une formidable carte de visite pour elles, et que leur carrière prend son envol, je leur ai tout de même recommandé de prendre le temps qu'il faudra pour terminer leur formation et obtenir leur diplôme», conclut sagement Kathleen Lévesque.

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