Tourisme mondial et pandémie

Quatre chercheurs publient un dossier sur le tourisme à l’heure de la COVID-19 dans le magazine français Diplomatie.

5 Août 2021 à 9H53

COVID-19: tous les articles
Toutes les nouvelles entourant la COVID-19 et les analyses des experts sur la crise sont réunies dans cette série.

Un couple de touristes en train de prendre un selfie.
Photo: Getty/Images

Quatre professeurs de l’UQAM signent dans le dernier numéro (juillet-août) du magazine français Diplomatie le dossier «Géoéconomie du tourisme», consacré au tourisme mondial en temps de pandémie. Les auteurs des articles sont les professeurs du Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG UQAM Alain A. Grenier, Dominic Lapointe et Bruno Sarrasin ainsi que le professeur du Département de géographie Yann Roche. Dominic Lapointe est directeur de la revue de recherche en tourisme Téoros et titulaire de la Chaire de recherche stratégique sur les dynamiques touristiques et les relations socioterritoriales.

Créé en 2002, Diplomatie est un magazine indépendant destiné à un large public francophone et dont la ligne éditoriale allie rigueur d’analyse, ouverture d’esprit et impartialité face aux grandes problématiques internationales. Son dernier numéro vient de paraître en France et sera bientôt disponible en kiosque au Québec.

Une année noire

L’année 2020 a été une année noire pour le tourisme mondial, rappelle Yan Roche, coprésident de l’Observatoire de géopolitique de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. «En progression continuelle jusque-là, le tourisme mondial s’est littéralement effondré avec la pandémie de COVID-19, souligne le professeur. Le tourisme local, à l’intérieur des pays, a aussi été durement touché, alors que les mesures de confinement ont eu des répercussions dramatiques sur les industries de l’hôtellerie et de la restauration.»

Cela dit, tous les pays n’ont pas été touchés de la même façon, comme l’indiquent Bruno Sarrasin et Dominic Lapointe dans leur article «Le tourisme au temps de la Covid-19: entre géopolitique et biopolitique». «Mes deux collègues expliquent que certaines grandes puissances économiques à forte densité démographique, telles que la Chine et les États-Unis, même en fermant leurs frontières, ont été en mesure de s’en sortir en se tournant vers le tourisme local, note Yann Roche. Par contre, ce ne fut pas le cas pour d’autres pays d’Amérique du Sud, d’Asie et des Caraïbes, dont l’économie dépend beaucoup du tourisme étranger.»

Dans les pays où il n’existait pas l’équivalent de la prestation canadienne d’urgence (PCU), de nombreuses personnes œuvrant dans l’industrie du tourisme se sont retrouvées en mode survie, poursuit le professeur. «On a beaucoup parlé des impacts économiques de la COVID-19, mais la dimension sociale, parfois occultée, est également importante. Certaines personnes ont dû réorienter leur carrière ou même s’expatrier.»

Sortie de crise?

L’article de Yann Roche, intitulé «Tourisme mondial: sortir du choc pandémique», s’interroge sur l’avenir de l’industrie. «De nonbeux points d’interrogation demeurent, dit le professeur. Au moment où nous préparions le dossier, on ne parlait pas encore du variant Delta ni de la possibilité d’une quatrième vague à l’automne 2021. On observait que certains pays étaient prêts à attirer à tout prix des touristes étrangers, tandis que d’autres s’adressaient surtout aux touristes vaccinés ou encore n’imposaient aucune quarantaine ou surveillance. Bref, le tourisme est actuellement en phase de tentative de récupération, mais on ne sait pas dans quelle direction ça s’en va, notamment avec l’incertitude entourant  les passeports sanitaires.»

De son côté, l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) a déjà commencé à élaborer des scénarios de reprise. «Le problème est que ces scénarios s’appuient sur des hypothèses pour le moins incertaines», affirme Yann Roche.

Dans un autre article, Alain A. Grenier s’interroge, lui, sur la possibilité d’une transition vers un tourisme post-COVID responsable. «Depuis le début de la crise, plusieurs personnes ont déclaré que la pandémie représentait une occasion de changer nos mentalités et nos manières de faire dans toutes sortes de domaines, y compris le tourisme, relève Yann Roche. Peut-être que les gens utiliseront moins l’avion pour voyager, auront des comportements plus responsables et se tourneront vers un tourisme durable, a-t-on entendu dire.» On peut certes le souhaiter, mais, insiste le chercheur, «peut-être est-il trop optimiste de penser qu’une fois la pandémie derrière nous, on s’orientera automatiquement et rapidement vers un tourisme qui, tout en recommençant à progresser économiquement, sera moins destructeur et plus respectueux de l’environnement et des société d’accueil».

Il faut aussi se méfier du discours anti-tourisme, souvent très réducteur, prévient Yann Roche. «Le tourisme, ce n’est pas juste une bande d’excités qui débarquent et détruisent tout sur leur passage. Le tourisme, c’est également très positif et très utile, tant économiquement que socialement. Pensons, par exemple, au tourisme autochtone que l’on cherche à développer au Québec et au Canada afin, notamment, de faire connaître et de valoriser les cultures des Premières Nations.»

Le dernier numéro de Diplomatie propose ausi un article du professeur du Département d’histoire Jean Lévesque, directeur de l’Observatoire de l’Eurasie, intitulé «Dopage et politique: la  "crise russe" et l’avenir du mouvement olympique».
 

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