Santé mentale et retour au travail

Un colloque réunit les acteurs impliqués dans le retour au travail d'un employé aux prises avec un trouble de santé mentale.

8 Octobre 2021 à 11H41

«Le véritable défi, c'est de se maintenir en emploi après un retour ou une réinsertion», affirme le professeur Marc Corbière. Photo: Getty Images

Les enjeux entourant la santé mentale et le travail préoccupent les experts depuis de nombreuses années. Le sujet interpelle également les décideurs publics, comme en témoigne la présence virtuelle attendue du ministre du Travail, de l'Emploi et de la Solidarité sociale Jean Boulet au colloque «Regards croisés sur la santé mentale et le retour au travail», qui aura lieu les 20 et 21 octobre prochains en mode hybride. En compagnie du p.-d.g. du CIUSSS-de-l'Est-de-l'Île-de-Montréal, Sylvain Lemieux, et du vice-recteur au Développement humain et organisationnel, Louis Baron, le ministre prononcera le mot d’ouverture de ce colloque organisé par le professeur du Département d'éducation et pédagogie Marc Corbière et son équipe.

Les acteurs clés

Au fil des ans, l'équipe de Marc Corbière a développé des outils de mesure, des questionnaires et des interventions novatrices pour accompagner les personnes de retour au travail après un arrêt dû à un trouble de santé mentale (surtout la dépression, mais pas uniquement). «Cela inclut à la fois les gens qui ont conservé un lien d'emploi avec leur organisation et ceux qui ont été éloignés du marché du travail et qui souhaitent s'y réinsérer», précise le titulaire de la Chaire de recherche en santé mentale et travail.

Son équipe s'est notamment penchée sur le rôle de chaque acteur du retour au travail. Une revue de littérature, effectuée l'an dernier, a permis de recenser jusqu'à une douzaine d'acteurs, répartis en quatre «systèmes»: l'entourage personnel et social de la personne qui effectue un retour au travail, les acteurs de l'entreprise qui l'emploie (supérieur immédiat, collègues, spécialistes des ressources humaines et de la santé/sécurité au travail, syndicats), les spécialistes en assurance ainsi que les professionnels de la santé impliqués dans le dossier (médecin de famille, psychiatre, ergothérapeute, physiothérapeute, psychologue, travailleurs sociaux, psychoéducateurs, etc.). «Nous avons constaté que tous ces intervenants ne se connaissent pas bien et ne travaillent pas nécessairement de concert», observe Marc Corbière.

Le colloque vise justement à favoriser la communication entre ces différents acteurs ainsi qu'à transférer les connaissances concernant les interventions et outils développés par les chercheurs et praticiens dans le domaine. «Nous avons dépassé largement la barre des 500 inscriptions et nous avons des représentants de chacun des quatre systèmes», se réjouit Marc Corbière. 

Présentations, témoignages et ateliers

Présentations scientifiques, témoignages et ateliers interactifs figurent au programme du colloque, qui offrira également l'occasion à des étudiantes et étudiants aux cycles supérieurs de présenter en 180 secondes leurs travaux de recherche sur le thème de la santé mentale et du retour au travail.

Les deux journées du colloque commenceront par une conférence d'une experte et d'un expert de renommée internationale: Silje Endresen Reme, une professeure de l'Université d'Oslo reconnue pour ses travaux sur les programmes de retour au travail, le 20 octobre, et Kim Mueser, professeur au Boston College, un spécialiste des programmes de soutien à l'emploi pour les personnes éloignées du marché du travail, le 21 octobre.

Activité fil rouge

Les participants au colloque seront invités à prendre part à une activité de mise en commun, baptisée fil rouge, portant sur les défis et solutions entourant l'implantation des aménagements de travail en lien avec la santé mentale. «Nous avons choisi le thème des aménagements de travail, car il s'agit de l'élément charnière pour aider une personne à réussir son retour au travail, explique Marc Corbière. Il peut s'agir, par exemple, d'alléger la charge de travail, de modifier les tâches ou d'offrir une flexibilité pour les horaires de travail.»

Chaque groupe de discussion sera composé de participants provenant des quatre systèmes. La première journée sera consacrée aux défis et la seconde aux solutions. À la fin de chaque journée, une table ronde permettra de faire la synthèse des discussions.

Cette activité mettra en valeur un rôle peu connu, mais essentiel: le coordonnateur de retour au travail (CoRAT). «C'est la personne qui orchestre la communication entre les acteurs impliqués dans le processus pour faciliter le retour au travail de l'employé, explique Marc Corbière. Cette personne peut provenir du système assurance, du système entreprise ou du système santé.»

Un panel RH

La deuxième journée, un panel sera coanimé par Marie-Claude Pelletier,  présidente fondatrice de Global-Watch, une plateforme internationale collaborative de bonnes pratiques en santé, mieux-être et qualité de vie au travail, et Marc Corbière. «Il s'agit d'un panel réunissant les spécialistes en ressources humaines de quatre grandes organisations française, belge, québécoise et canadienne», précise le professeur.

L'importance de la prévention

Plusieurs participants à ce colloque insisteront sur l'importance à accorder à la prévention. «Retourner au travail ou se réinsérer sur le marché du travail après avoir expérimenté un trouble de santé mentale est difficile, mais ce n'est pas le plus complexe, insiste Marc Corbière. Le véritable défi, c'est de se maintenir en emploi après un retour ou une réinsertion. Voilà pourquoi il faut trouver les bons outils pour aider et soutenir les personnes à se maintenir en emploi, et prévenir les rechutes.» 

La thématique choisie pour ce colloque coïncide bien avec les discussions concernant le retour au travail postpandémie, note le professeur, qui précise toutefois que ces enjeux existaient bien avant la COVID-19. «La pandémie aura sans doute exacerbé certaines problématiques liées à la santé mentale et au travail. Voilà pourquoi il importe de mettre en place les meilleures pratiques.»

Date limite d’inscription

La date limite d'inscription au colloque est le 19 octobre à midi (heure de Montréal).

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