Les réseaux sociaux chouchous des politiciens

Jean-Hugues Roy et le journal Métro publient les premiers résultats d’une recherche sur les comportements en ligne des élus.

1 Septembre 2021 à 18H06

Photo: Nathalie St-Pierre

Depuis le début de l’année, Justin Trudeau est le politicien canadien le plus actif sur les réseaux sociaux avec 2 730 publications, pour une moyenne de 12 par jour. Étonnant? Pas vraiment, quand on sait que le premier ministre peut compter sur une équipe complète pour tweeter et «poster» à sa place. Sa page Facebook compte quelque 20 administrateurs! Ces données sont extraites d’un article du professeur de l’École des médias Jean-Hugues Roy, «Ces élus fédéraux qui passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux», publié dans le journal Métro le 27 août dernier.

Le professeur et le journal se sont associés pour recueillir et analyser les comportements sur Twitter, Facebook et Instagram de milliers de politiciens et politiciennes de tous les paliers gouvernementaux. «Alors que beaucoup de politiciens passent par les réseaux sociaux pour s’exprimer, plutôt que par les journalistes, nous les avons rejoints sur ce terrain, écrit Jean-Hugues Roy. Quelle est la plateforme préférée des politiciens? Qui s’en sert le plus? Qui fait réagir?»

Dans l’article paru la semaine dernière, le premier d’une série, le professeur s’est intéressé aux 78 élues et élus québécois à Ottawa, responsables de près de 41 000 publications sur les réseaux sociaux entre le 1er janvier et le 14 août 2021. Les données ont été colligées quotidiennement au moyen d’un script conçu par Jean-Hugues Roy, spécialiste du journalisme de données.

«Tous les types de publications ont été inclus, sauf les retweets, car les interactions enregistrées par Twitter proviennent de tous les comptes qui ont effectué le retweet, explique le professeur. Pour les vidéos, seules celles produites par les élu.e.s (et non celles qu'ils ou elles ont partagées) ont été incluses dans le calcul.»

Un attrait pour Twitter

Les politiciennes et politiciens passent beaucoup de temps sur Twitter, alors que «ce n'est pas là que ça se passe», souligne Jean-Hugues Roy. «De toutes les interactions qu'ils et elles ont générées sur les réseaux sociaux, plus de la moitié a été enregistrée sur Facebook… et plus du tiers sur Instagram.»

La publication ayant suscité le plus d'interactions, tous réseaux confondus, a été diffusée sur Instagram le 20 janvier dernier. Il s’agit d’une photo où l’on voit Justin Trudeau féliciter Joe Biden à l'occasion du début de son mandat à la présidence des États-Unis. Cette photo a suscité plus de 400 000 interactions (likes ou commentaires). «Le Digital News Report disait, en 2020, qu’Instagram supplanterait Twitter comme vecteur d'information en 2021», rappelle le professeur.

Si on classe toutes les publications en fonction du nombre d'interactions qu'elles ont suscité, les 427 premières sont l’œuvre du premier ministre. «La plus importante n'ayant pas été diffusée par Justin Trudeau est ce tweet du député de Pontiac, William Amos, qui s'excuse de s'être changé devant la caméra de son ordinateur en pleine session parlementaire sur Zoom», note Jean-Hugues Roy.

Après le premier ministre, qui recueille à lui seul 21,8 millions d'interactions (92% de l'ensemble), c'est le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui domine le reste du peloton avec 148 000 interactions. Mélanie Joly (Ahuntsic-Cartierville) arrive au troisième rang, avec 93 000 interactions.

De quoi parlent les politiciens ?

Dans un deuxième article, qui a été publié le 3 septembre dans le journal Métro, le professeur a analysé les textes des publications des élus québécois fédéraux sur les réseaux sociaux. «En gros, ceux-ci se servent des réseaux sociaux pour parler de trois choses: de leur circonscription, de leurs dossiers et d’eux-mêmes.»

Maintenant que tous les candidats aux élections fédérales sont connus, Jean-Hugues Roy a l’intention d’étendre sa collecte de données à l’ensemble des candidats des quatre principaux partis politiques.

PARTAGER