Quand l'Histoire fait son cinéma

Le professeur Pascal Bastien et le Cinéma du Musée lancent Ciné-Histoire, une série de films historiques.

17 Septembre 2021 à 16H22

Photo: Cinéma du Musée

Le professeur du Département d’histoire Pascal Bastien, directeur du Groupe de recherche en histoire des sociabilités (GRHS), et le Cinéma du Musée, situé au Musée des beaux-arts de Montréal (auditorium Maxwell-Cummings), se sont associés pour lancer Ciné-Histoire, une série de films historiques autour d’un cinéaste, d’une époque ou d’un thème particulier. La série débute avec cinq films du réalisateur américain Stanley Kubrick (1928-1999), qui seront présentés de la fin septembre à la fin février, à raison d’une projection par mois (voir encadré).

«Créer à Montréal une sorte de ciné-club consacré aux films historiques est non seulement un privilège, qui permet de réaliser une expérience historienne, mais aussi un rêve personnel que je caressais depuis longtemps», confie Pascal Bastien, instigateur du projet et grand amateur de cinéma.

«Nous sommes toujours à la recherche de partenaires pour présenter des séries de films thématiques, encore mieux, lorsque ces séries marient la cinéphilie et l'éducation, souligne Jean-François Lamarche, directeur général adjoint et programmateur des Cinémas du Musée, Beaubien et du Parc. Nous avons ici trouvé la balance parfaite et surtout le prétexte parfait pour présenter les films de Kubrick sous un autre angle. Nous avons très hâte de voir comment le public va répondre pour ainsi bonifier l'offre et découvrir l'histoire à travers la caméra d'autres grands réalisateurs.»

Ouvert depuis septembre 2018, le Cinéma du Musée propose des films diversifiés en version originale, avec sous-titres français ou anglais. Le Cinéma est géré par un organisme à but non lucratif indépendant qui souscrit aux principes de l’économie sociale. Sa direction générale est assurée par la même équipe qui administre les Cinémas Beaubien et du Parc.

Kubrick historien

Débutant à 18 h 30, les projections des films de Stanley Kubrick seront précédées d’une brève présentation et suivies d’une période de discussion animée par des membres du corps professoral du Département d’histoire de l’UQAM.

30 septembre

Les sentiers de la gloire (1957)

En France, durant la Première Guerre mondiale, un général accuse des soldats de lâcheté devant l’ennemi après qu’ils eurent refusé d'attaquer une position allemande. Leur commandant les défend devant la cour martiale. Animation: Andrew Barros, historien de l’Europe du 20e siècle et de la guerre.

28 octobre

Spartacus (1960)

En 73 avant Jésus-Christ, l’esclave Spartacus est à la tête d’une révolte contre la République romaine. Animation: Marie-Adeline Le Guennec, spécialiste de la Rome antique.

2 décembre

Doctor Strangelove, (1964)

À l’époque de la guerre froide, une cellule de crise au Pentagone tente d’arrêter un général américain qui veut déclencher une opération militaire conduisant à l'holocauste nucléaire. Animation : Andrew Barros.

27 janvier

Barry Lyndon (1975)

Dans la seconde moitié du 18e siècle, en Angleterre, un aventurier irlandais gagne le cœur d'une riche veuve et assume la position aristocratique de son défunt mari. Animation: Pascal Bastien, historien du 18e siècle

24 février

Full Metal Jacket (1987)

Un marine américain observe les effets déshumanisants de la guerre du Viêt Nam sur ses compagnons d'armes. Animation: Christopher Goscha, spécialiste du Viêt Nam.

Un cinéaste passionné par le temps

Stanley Kubrick, dont le tiers de la filmographie est constitué de films historiques, était un cinéaste passionné par l’histoire et par le temps, rappelle Pascal Bastien. «Parce que Kubrick est un grand réalisateur, ses films à caractère historique peuvent attirer à la fois des gens qui aiment d’abord le cinéma, et d’autres qui s’intéressent avant tout à l’histoire.»

Dans les cinq films historiques de Kubrick, les vainqueurs sont souvent tordus et les vaincus un peu naïfs, note le professeur. «Ces films suggèrent des moments d’espoir, mais ceux-ci se trouvent plongés dans un océan de cynisme, de violence et de domination. Le regard de Kubrick sur l’histoire est sombre, sans être marqué par le fatalisme.»

Selon Pascal Bastien, le cinéma historique, lorsqu’il dépasse le simple «film de costumes», constitue un exercice d’écriture particulièrement exigeant. «Dans un film historique bien fait, chaque plan doit avoir une signification forte. Comme l’historien et l’historienne les plus rigoureux, les scénaristes et cinéastes interrogent l’histoire en reconstituant la trajectoire de personnages complexes, généralement aux prises avec des dilemmes moraux. Les plus grands films historiques réussissent à reconstituer l’étrangeté du temps passé tout en le liant avec des questions et des enjeux atemporels.»

Après le cycle Kubrick, d’autres films historiques seront présentés au Cinéma du Musée. «Avec Jean-François Lamarche, nous avons pensé à des œuvres abordant des thématiques comme celles de la guerre, de la justice au tribunal de l’histoire, du Moyen Âge et du 18e siècle à l’écran. Un autre projet serait de consacrer un cycle au cinéaste français Bertrand Tavernier, qui s’est, lui aussi, beaucoup intéressé à l’histoire.»

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