Quadrature, dernier volet

L’exposition propose une réflexion sur les impacts de l’activité humaine sur l’environnement.

16 Mars 2021 à 10H39

Série En vert et pour tous
Projets de recherche, initiatives, débats: tous les articles qui portent sur l'environnement.

L'artiste-performeuse Jessica Slipp prend la pose sur une petite route de campagne. Recroquevillée en boule, au sol, l'artiste se transforme tranquillement en roche.
Image :Jessica Slipp, Road Rock (image tirée de la vidéo), de la série Becoming a Rock, 2018. En cours, vidéo, couleur, son, 8 min 3 s

La Galerie de l’UQAM présente Temps longs, quatrième et dernier volet du projet virtuel QUADrature. L’exposition examine les différentes temporalités – de pause, d’accélération, de décélération – auxquelles sont soumis l’humain et son environnement. Elle rassemble les œuvres de Maryse Goudreau, Kelly Jazvac, Clara Lacasse et Jessica Slipp.

Le commissariat de l’exposition est assuré par l’historienne de l’art Bénédicte Ramade, une spécialiste des approches artistiques des questions environnementales. Les temps de l’Anthropocène, une nouvelle époque géologique caractérisée par l’avènement des humains comme principale force de changement sur Terre, «sont des temps longs, profonds, paradoxaux aussi, car ils sont autant forgés et canalisés par des siècles d’exploitation qu’ils sont imprévisibles, écrit la commissaire. Leurs effets erratiques déstabilisent toujours plus rapidement le cours des civilisations.»

Pollution plastique

Plastiglomérats numéro 9 de Kelly Jazvac,
Photo: Jeff Elstone

Artiste canadienne établie à Montréal, Kelly Jazvac fait partie d’une équipe de recherche sur la pollution plastique appelée The Synthetic Collective, comprenant des scientifiques, des artistes, des historiennes et historiens de l’art, des philosophes ainsi que des autrices et auteurs. Kelly Jazvac expose actuellement ses œuvres au Musée d’art contemporain de Montréal, au Museum of Modern Art de New York et au Centre d’art de l’Université de Toronto. Ses recherches collaboratives associant l’art et la science ont été publiées dans des revues scientifiques telles que Nature Reviews, GSA Today et Science of the Total Environment et ont été commentées dans le National Geographic, Art Forum et The New Yorker.

En 2013, l’artiste a accompagné deux spécialistes de la pollution plastique dans les océans, la géologue de l’Université de la Western Ontario Patricia Corcoran et l’océanographe Charles Moore, sur la plage de Kamilo, à Hawaï. Ils ont collecté différents amas issus de débris marins et de déchets plastiques. Intitulé Plastiglomérats (2013), son projet de photos présente une série de spécimens appartenant à cette nouvelle catégorie minérale. Tels des emblèmes de l’Anthropocène, ces spécimens déjouent les classifications esthétiques et scientifiques par la fusion du naturel et du culturel.

Transformation minérale

Le travail de l’artiste montréalaise Jessica Slipp explore la relation complexe entre le corps et la transformation de la terre. Elle s’intéresse aux manières dont le lieu et l’identité sont ancrés dans le territoire et à la connexion que l’on partage avec le monde, des particules qui le composent à la nature que nous incarnons. À travers sa pratique, elle propose de nouvelles perspectives vers un engagement bienveillant envers le monde, tout en cherchant de nouvelles manières de raviver la relation fondamentale entre corps et terre. Ses œuvres ont été exposées dans différentes villes canadiennes ainsi qu’en Suède. Jessica Slipp présentera prochainement des expositions solos à la Neutral Ground Artist Run Centre, de Régina, en Saskatchewan, et à la FOFA Gallery de Montréal en 2022.

Dans la série de vidéos Becoming Rock (2018), cette artiste-performeuse est filmée dans divers paysages côtiers, industriels, agricoles et forestiers. On la voit tour à tour sur une petite route de campagne, une plage ou dans un champ vacant avoisinant une usine. Chaque fois, l’artiste répète les mêmes gestes: au milieu de la scène, elle déploie une large toile grise dans laquelle elle se vautre. Recroquevillée en boule, au sol, elle prend ainsi tranquillement la forme… d’une roche, en osmose avec le paysage.

Histoire d’un mammifère marin

Maryse Goudreau vit à Escuminac, en Gaspésie, sur un territoire ancestral Lnu’k (Mi’kmaq), où elle investit le champ de l’art à portée sociale. Elle réalise des œuvres où se croisent images, documents et gestes participatifs. Dans le cadre de son projet Manifestation pour la mémoire des quais (2010-2012), Maryse Goudreau a invité les citoyens gaspésiens à se rassembler afin de photographier le moment où ils et elles ont repris symboliquement possession des quais de la région. Sa pratique artistique combine la photographie, l’essai interactif, les dispositifs immersifs et l’art actif et sonore. Au cours des dernières années, Maryse Goudreau a notamment exposé à Montréal, au Québec, au Mexique, à Cuba et aux États-Unis. Ses œuvres font partie de plusieurs collections, notamment celle du Musée des beaux-arts de Montréal. L’artiste est la première récipiendaire du prix Lynne-Cohen (2017), décerné en partenariat avec le Musée national des beaux-arts du Québec.

Depuis 2012, Maryse Goudreau se consacre au mystérieux et fascinant béluga tout en cherchant à retracer son histoire. Elle a pu approcher des troupeaux de bélugas dans la baie d’Hudson, nager avec eux et écouter leur chant complexe. Ses Archives du Béluga se présentent sous la forme d’une constellation d’œuvres vidéographiques, théâtrales, performatives et photographiques organisée autour de ce mammifère marin en voie d’extinction. À la croisée de la fiction, du documentaire, de l’éthologie et du politique, le projet de l’artiste questionne la relation entre la baleine et l’humain. Dans la vidéo La Constellation du béluga (2019-2021), Maryse Gaudreau propose une série d’images de troupeaux de béluga à laquelle se greffent des films d’archives. Figura, le Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire organise une conférence-discussion avec l’artiste le 18 mars prochain, à 11 h.

Rénovations au Biodôme

La photographe Clara Lacasse s’inspire de la construction des récits liés à l’Histoire, à la nature, aux sciences et à l’imaginaire collectif. Au moyen d’un travail axé sur l’image photographique, elle soutient une réflexion critique sur les représentations engendrées par la culture visuelle et sur l’image comme instrument de connaissance et de pouvoir. Ses projets, le fruit de collaborations avec des organismes scientifiques, médicaux, juridiques ou culturels, témoignent du dialogue complexe entre science et culture en remettant en question les vérités qui leur sont propres.

Échafaudages, sacs de ciment, aquariums… Clara Lacasse a documenté les espaces du Biodôme de Montréal lors des récents travaux de rénovation ayant mené à la reconstitution de quatre écosystèmes des Amériques, des forêts tropicales jusqu’aux glaces arctiques. Quelle vision redéfinie de l'environnement ces rénovations traduisent-elles et par quelles mesures? Le projet L’Arche, qui s’inscrit à la croisée des sciences naturelles, de la muséographie et de l'histoire culturelle, pose un regard critique et poétique sur l’institut de conservation, gardien de «la mémoire du vivant», à une époque marquée par l'effondrement de la biodiversité de notre planète. Les photos font aussi partie de l’événement Un jardin nommé Terre, première exposition solo de l’artiste présentée à la Galerie d’art Desjardins, à Drummondville, jusqu’au 15 mai prochain.

Le projet QUADrature

QUADrature est inspiré de l’œuvre Quad (1980), de Samuel Beckett, une pièce écrite pour la télévision et mettant en présence quatre interprètes qui parcourent une scène quadrangulaire en effectuant différents trajets latéraux et diagonaux rigoureusement déterminés. Avec l’aide des membres de l’équipe de la Galerie de l’UQAM Anne Philippon et Philippe Dumaine, la directrice Louise Déry a imaginé QUADrature pour quatre commissaires qui doivent développer un volet du projet impliquant chacun quatre artistes. Ces expositions virtuelles seront déployées tout au long de la saison 2020-2021 suivant les principes de la scénographie de Quad, pour être finalement réunies en une cinquième présentation anticipée comme une conversation globale qui mettra en présence le travail des quatre commissaires et des 16 artistes. Le projet a été réalisé en collaboration avec le studio de design montréalais LOKI.

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