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Parachute, une marque qui a conquis le monde

Stéphane Le Duc présente au Musée McCord une exposition sur la marque montréalaise emblématique des années 80.

Par Valérie Martin

14 décembre 2021 à 11 h 12

Mis à jour le 15 décembre 2021 à 11 h 12

Des musiciens comme Corey Hart, Madonna, Peter Gabriel, David Bowie et Mick Jagger ont porté les créations androgynes et avant-gardistes de la marque montréalaise Parachute. Organisée par le musée McCord, qui célèbre ses 100 ans cette année, l’exposition Parachute: mode subversive des années 80 porte sur l’histoire et l’évolution de la célèbre marque de prêt-à-porter fondée en 1977 par la créatrice de vêtements britannique Nicola Pelly et l’architecte et urbaniste américain Harry Parnass (1935-2021). Harry Parnass, qui a enseigné à l’École d’architecture de l’Université de Montréal pendant plus de 25 ans, a rencontré Nicola Perry alors qu’ils travaillaient tous deux pour la chaîne de boutiques Le Château.

«Il y avait une audace dans les vêtements de Parachute que l’on ne retrouvait pas nécessairement dans les autres marques ainsi qu’un esprit rebelle, fait remarquer Stéphane Le Duc (B.A. communication, 1985), commissaire associé de l’exposition et chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’ESG UQAM. Les designers proposaient des vêtements unisexes, à la fois minimalistes et futuristes.» Nicola Pelly et Harry Parnass ont apporté une mode différente que l’on ne pouvait associer à aucun endroit précis dans le monde. «À l’époque, il y avait cette idée d’être citoyen du monde et les vêtements de Parachute avaient cette touche internationale», poursuit le commissaire, qui a été approché par Nicola Pelly pour monter l’exposition avec elle en collaboration avec Alexis Walker, conservatrice adjointe, costume, mode et textiles, du musée McCord.

Selon Stéphane Le Duc, l’exposition montre aussi l’impact que Parachute a eu sur le monde de la mode en seulement 15 ans d’existence. «Parachute a su conquérir la planète rapidement à partir de Montréal, ce qui est tout de même un exploit compte tenu du fait que la ville n’est pas reconnue comme capitale de la mode au même titre que Paris ou New York.»

Une soixantaine d’ensembles sont présentés dans le cadre de l’exposition, dont cinq pièces de la collection personnelle de Stéphane Le Duc, parmi lesquelles une veste «Trench Blouson» en twill de coton (vers 1985) et un manteau «Single Breasted» en crêpe de nylon (vers 1988). «Ce sont des pièces que même les designers ne possédaient pas dans leurs propres archives», précise le commissaire.

On peut aussi voir une combinaison en twill de coton (1979-1980) ayant appartenu à l’ancien animateur et VJ de Musique Plus Claude Rajotte et deux ensembles de scène tirés de la collection personnelle du chanteur Peter Gabriel. Pour mieux observer la structure architecturale des vêtements, plusieurs sont présentés à plat. «La forme quasi géométrique des vêtements, c’était leur signature», observe Stéphane Le Duc.

Plus de 140 documents d’archives comprenant des croquis, des publicités, des photographies de mode et d’événements de la scène nocturne montréalaise ainsi que des extraits vidéo d’entrevues avec les designers, de défilés et de concerts sont aussi présentés, dont un court métrage expérimental réalisé par Stéphane Le Duc alors qu’il était étudiant en communication à l’UQAM. «Avant même de savoir que j’allais faire carrière comme reporter en mode, j’avais réalisé dans les années 80 un film d’art sur Parachute», raconte le journaliste du magazine Dress to Kill et ancien animateur et réalisateur de l’émission de mode Perfecto (1989-1996) sur les ondes de Musique Plus.

Des boutiques expérientielles

La dernière partie de l’exposition recrée l’ambiance et le décor particuliers des boutiques Parachute, qui avaient pignon sur rue à Montréal, Toronto, Los Angeles et New York, entre autres. Créées par Harry Parnass, qui avait conçu auparavant les espaces des magasins Le Château, les boutiques Parachute se déployaient dans des endroits inusités et industriels. «Avec leur décor de béton et de brique, les boutiques s’inscrivaient à l’encontre d’un certain goût de l’époque pour le luxe, le marbre, les dorures et les lustres», souligne Stéphane Le Duc. L’idée phare d’Harry Parnass «était de réaliser des boutiques à l’image de galeries d’art». D’énormes haut-parleurs diffusaient de la musique alternative donnant ainsi l’impression d’être dans un club. Des écrans télés superposés projetaient des vidéoclips ou des images de défilés. «Les designers de Parachute ont inventé le concept d’expérience en boutique, relève le commissaire. C’était révolutionnaire comme idée.»

Un des bons coups du couple de designers a été de s’installer dans Soho, en 1980, un quartier peuplé d’artistes, à mille lieues du quartier huppé d’aujourd’hui. «Les artistes et les musiciens du quartier se sont mis à fréquenter la boutique, à porter les vêtements de la marque et c’est comme ça, de bouche à oreille, que la boutique de Soho est devenue une adresse incontournable», dit Stéphane Le Duc. C’était le premier arrêt du designer français Jean-Paul Gaultier lorsqu’il visitait New York. L’artiste Andy Warhol fréquentait assidûment les lieux à la recherche de nouveaux talents pour son magazine Interview. «Il est devenu un ami de la marque, leur offrant, par exemple, des publicités dans son magazine», illustre le commissaire.

Après avoir remporté un énorme succès aux quatre coins du monde, Parachute cessera ses activités en 1993. Des changements dans le commerce de détail, requérant une gestion plus pratique et qualifiée selon Harry Parnass, et les pressions pour faire grossir la marque et vendre davantage de vêtements ont eu raison de Parachute. Les designers ont préféré fermer boutique plutôt que de faire des compromis.

Parachute: mode subversive des années 80 est présentée jusqu’au 24 avril 2022. Dans la foulée des célébrations entourant le centenaire du musée, l’entrée est gratuite jusqu’au 19 janvier 2022.

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