L’urgence climatique au programme

Paquito Bernard plaide pour l’intégration des enjeux climatiques dans tous les domaines universitaires.

7 Juillet 2021 à 12H03

«La prochaine décennie est décisive pour les générations futures», plaide Paquito Bernard.Illustration: Getty images

Le 2 juin dernier, le professeur du Département des sciences de l’activité physique Paquito Bernard signait un texte d’opinion dans le magazine Affaires universitaires plaidant pour que l’on intègre systématiquement les enjeux climatiques dans les formations initiales de tous les domaines d’études. Un défi, si l’on en croit ce spécialiste des effets de l’activité physique sur la santé mentale: «Il est très difficile, en tant que professeurs, de sortir des thématiques que nous enseignons pour traiter de ces sujets qui nous concernent tous et toutes, dit-il. Quand j’aborde la question avec des collègues ou des étudiants, je m’aperçois que c’est très loin de leurs préoccupations.»

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et le cri d’alarme lancé par plus de 15 000 chercheurs quant aux périls qui guettent l’humanité si nous continuons de dépasser les limites biophysiques de la Terre ont eu sur lui l’effet d’un réveil brutal, affirme le professeur dans son texte. «La prochaine décennie est décisive pour les générations futures, écrit-il. Nous avons besoin d’un effet de levier puissant, plus important encore que les efforts développés face à la COVID-19.» Selon lui, il faut trouver les moyens de mobiliser les étudiants actuels et ceux à venir. «Ce sont eux qui vont prendre de plein fouet un monde à 1,5 ou 2 degrés de plus», souligne Paquito Bernard.

Tous les étudiants de tous les programmes devraient avoir au moins un crédit à compléter par rapport à la question des changements climatiques, plaide le professeur. «Aucune discipline universitaire ne peut ignorer les impacts de ces changements climatiques et de l’effondrement de la biodiversité. La philosophie, le droit, l’économie, les sciences de la santé, la science politique, l’ingénierie, les arts, toutes les disciplines sont concernées. C’est le message que je cherche à transmettre.»

Quand il a commencé à parler du sujet dans son propre département, ses collègues riaient un peu de lui, raconte-t-il. «On me prend plus au sérieux depuis que j’ai réalisé, avec des collaborateurs, une revue de la littérature sur les liens entre sport, activité physique et changements climatiques qui a été publiée dans Sports Medicine, une des meilleures publications en sciences du sport!»

Cette revue de la littérature traite de plusieurs aspects: relation entre pollution de l’air, activité physique et sport ou entre activité physique et pics de chaleur, par exemple. Elle s’intéresse aux différents scénarios d’émissions de gaz à effet de serre en regard de l’activité physique à l’échelle locale, régionale et nationale. Des auteurs s’interrogent, entre autres, sur l’empreinte carbone de la pratique de sports de loisir et de haut niveau. Elle couvre aussi l’activité physique dans le futur en tenant compte des conséquences des changements climatiques, notamment la montée des eaux.

Ce tour d’horizon de la littérature scientifique a permis au professeur d’intégrer le sujet dans un séminaire de maîtrise. Mais il voudrait aller plus loin et dénonce la difficulté à obtenir des fonds pour lancer des projets de recherche interdisciplinaires en lien avec les changements climatiques. Pour sensibiliser la nouvelle génération à l’importance d’agir, il faut former davantage d’étudiants par rapport à cette problématique, estime-t-il, et pas seulement ceux qui étudient dans des domaines où ils le sont déjà, comme les sciences de la Terre ou l’éducation relative à l’environnement.

Les financements en recherche sur les changements climatiques sont très ciblés vers les technologies ou des sujets comme les puits de carbone, observe Paquito Bernard. «En 2019, le Lancet, une des plus importantes revues sur la santé au monde, publiait un rapport sur les changements climatiques qui dit explicitement que notre empreinte carbone actuelle détermine la santé de nos enfants et de nos petits-enfants. Plus notre empreinte est grande, plus leur espérance de vie va diminuer. Pourtant, ni les Instituts de recherche en santé du Canada ni le Fonds de recherche du Québec en santé ne lancent de grands programmes pour stimuler la recherche sur les changements climatiques et la santé», déplore le professeur. 

Selon lui, les universitaires devraient être soutenus financièrement et encouragés à développer des projets de recherche sur les questions climatiques au sein de leur domaine de connaissances. «Bien entendu, l’énergie et le temps investis sur cette question risquent de ralentir nos projets, mais le jeu en vaut la chandelle», écrit-il dans Affaires universitaires.

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