Tisser de (nouveaux) liens avec la nature 

Dans le cadre de l’événement MOMENTA, la Galerie propose une exposition sur les liens entre les humains et la nature. 

21 Septembre 2021 à 15H29

L’installation polysensorielle A Wet Chemical Trace (2017) de Miriam Simun, qui prend la forme d’une distillerie artisanale, est aménagée dans la petite salle de la Galerie de l’UQAM dont les murs ont été peints en rose vibrant pour rappeler la couleur de la petite fleur.
Photo :Nathalie St-Pierre

Est-il possible pour les humains de cohabiter avec la nature de manière plus sensible et respectueuse? C’est la prémisse de Quand la nature ressent, 17e édition de l’événement MOMENTA Biennale de l’image. La cinquantaine d’artistes invités, qui exposent dans une quinzaine de lieux montréalais, proposent un riche corpus d’œuvres pour écouter, sentir, toucher et regarder les éléments de la nature sans les posséder et les exploiter. La Galerie de l’UQAM participe à l’événement en présentant l’exposition De la terre, sur les liens entre les humains et la nature.

Carolina Caycedo, Taloi Havini, Ts̱ēmā Igharas et Erin Siddall, Kama La Mackerel, Miriam Simun et Eve Tagny, les artistes exposés à la Galerie, se penchent plus spécifiquement sur nos rapports destructeurs avec l’environnement et sur la manière dont le pouvoir colonial a bouleversé les relations ancestrales avec le territoire. Le commissariat de l’exposition est assuré par la curatrice allemande Stefanie Hessler, en collaboration avec l’artiste autochtone Camille Georgeson-Usher, la curatrice indépendante et autrice Maude Johnson (B.A. histoire de l’art, 2014) et l’artiste et autrice britannico-indienne Himali Singh Soin.

Le travail de l’artiste américaine Miriam Simun s’intéresse aux rencontres entre les corps, humains et non humains, et les technoécosystèmes, c’est-à-dire les écosystèmes issus des technologies de pointe et des économies de marché mondiales ayant de vastes impacts écologiques. Depuis quelques années, les recherches de l’artiste portent sur l’agalinis acuta, ou gérardie acute, une minuscule fleur rose menacée d’extinction. Poussant dans les prairies américaines, cette fleur a une odeur imperceptible pour l’humain. En collaboration avec des parfumeurs et des chimistes, l’artiste a néanmoins réussi à reproduire son parfum en capturant la molécule aromatique de la fleur durant sa floraison annuelle. L’installation polysensorielle A Wet Chemical Trace (2017), qui prend la forme d’une distillerie artisanale, est aménagée dans la petite salle de la Galerie de l’UQAM dont les murs ont été peints en rose vibrant pour rappeler la couleur de la petite fleur. Des humidificateurs libèrent les vapeurs aromatiques de l’agalinis acuta, permettant au public (même masqué) de humer son odeur.

L’artiste montréalaise Eve Tagny s’intéresse à la nature, aux cycles, aux rythmes, aux formes et aux matériaux qui la modulent. Conjuguant performance, vidéo et installation, sa pratique se déploie principalement autour de la figure du jardin, que l’artiste considère comme un espace à la fois naturel et théâtral ancré dans des dynamiques de pouvoir et des histoires coloniales. Dans l’installation multimédia Of Roses (2021), l’artiste retrace l’histoire de la rose, offrant un récit où s’entrecroisent le colonialisme, la conquête et l’hybridation. Une scène de la vidéo présente des femmes plantant des graines de fleurs tandis que dans une autre scène, plus poétique, une jeune femme couchée au sol est encerclée de pétales de rose…

Impression aquatique

Une grande et magnifique toile de coton recouvre une partie du plafond de la Galerie. Il s’agit d’une œuvre de l’artiste américaine Carolina Caycedo, qui s’intéresse aux interrelations entre l’être humain et la nature sous l’angle du développement durable. Pour créer l’œuvre textile Wanaawna de la série Water Portraits (2019), l’artiste s’est inspirée d’un corpus de photos de chutes et de rivières. En jouant avec ces images aquatiques, en les brouillant ou en les fragmentant, par exemple, Carolina Caycedo a obtenu divers motifs prenant l’aspect de paysages kaléidoscopiques ou hallucinatoires qu’elle a imprimés ensuite sur du textile.

Beautés des îles

Kama La Mackerel explore les notions de justice, de bienveillance, d’amour et d’émancipation individuelle et collective. Sa pratique engagée, laquelle combine performance, photographie, installation, danse, théâtre, création textile et poésie, se destine à guérir les blessures du colonialisme et à multiplier les possibilités d’existence. Originaire de l’Île Maurice, l’artiste queer, qui vit aujourd’hui à Montréal, propose trois œuvres. Dans la série de clichés Breaking the Promise of Tropical Emptiness: Trans subjectivity in the Postcard (2019), Kama La Mackerel expose son corps trans et racisé dans différents lieux touristiques de l’île (flore tropicale, cratères, champ de cannes à sucre, plage, etc.)

L’installation Text-îles (2021) reconfigure la cartographie coloniale des îles. Sur une toile de soie blanche, Kama La Mackerel a peint chaque île d’une couleur spécifique qui représente les richesses naturelles du pays: rouge comme celle du flamboyant, un arbre tropical, bleu comme les océans, jaune comme le sable des plages et de la lumière, et vert comme les forêts et les champs de canne à sucre.

Projetée sur un écran composé de sel disposé sur le sol, la video Your body is the Ocean (2020) se veut une réflexion sur la fluidité, sexuelle comme de genre. On y voit l’artiste prendre des poignées de sel et les offrir telles des offrandes.

Mines et destruction des paysages

L’œuvre Great Bear Money Rock aborde la destruction de la nature et du paysage par l’exploitation des mines ainsi que les conséquences de cette transformation sur les populations locales autochtones. L'artiste autochtone Ts̱ēmā Igharas et l'artiste canadienne Erin Siddall ont composé un jardin de cristaux d’uranium récupérés sur les lieux de la mine désaffectée Port Radium dans les Territoires du Nord-Ouest. Pour protéger le public de la radioactivité émanant des cristaux, ceux-ci ont été encapsulés dans des bulles de verre soufflé.

Dans le même esprit, le triptyque Habitat (2017) met en scène l’ancienne mine de cuivre Panguna, située dans la région autonome de Bougainville, en Papouasie–Nouvelle-Guinée. Originaire de cette région, Taloi Havini s’intéresse à l’histoire sociopolitique et à la détérioration environnementale de Bougainville. L’œuvre présente différents points de vue aériens de la région et divers portraits des gens qui y vivent.

Tisanes en offrande

Tisane pour dormir, une recette concoctée par Jamie Ross.Photo: Nathalie St-Pierre

L’artiste, éducateur, jardinier communautaire et sorcier queer Jamie Ross a été mandaté par la Biennale pour préparer deux mélanges de tisanes (anti-stress et pour dormir) à partir de plantes cultivées dans sa parcelle d’un jardin communautaire du quartier Villeray. Le public peut se procurer les mélanges offerts dans des pots en verre Mason en faisant un don à l’entrée de la Galerie. L’argent recueilli servira à une organisation bénévole soutenant les prisonnières et prisonniers de la communauté 2SLGBTQ.

Parcours interactif

Ts̱ēmā Igharas et Kama La Mackerel font partie des artistes qui présentent aussi des œuvres en réalité augmentée dans le cadre du parcours interactif Cristaux liquides. Ces œuvres sont disséminées aux quatre coins de la ville et à proximité de lieux d’exposition tels que le Centre Clark, la Grande Bibliothèque et le Musée des beaux-arts de Montréal.

L’exposition De la terre est présentée jusqu’au 24 octobre prochain.

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