Chercheuse et entrepreneure, c’est possible!

Le réseau Spin Femmes vise à stimuler l’autonomisation des jeunes chercheuses en sciences et en génie.

16 Août 2021 à 8H57

Le réseau Spin Femmes sera composé de candidates à la maîtrise, de doctorantes, de postdoctorantes et de jeunes professeures oeuvrant dans différentes disciplines des sciences et du génie.Photo: Spin Femmes

De plus en plus nombreuses au Québec depuis quelques années, les femmes entrepreneures demeurent sous-représentées. Selon le sondage Indice entrepreneurial québécois 2018, réalisé par la Fondation de l’entrepreneurship en collaboration avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, seulement 41 % des propriétaires d'entreprise du Québec sont des femmes. Pour contribuer à réduire cet écart entre les genres, le réseau Spin Femmes a récemment été mis sur pied grâce à une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, dans le cadre de son programme Connexion.

«Spin Femmes s’inscrit dans le mouvement en faveur de l’empowerment des femmes», souligne la professeure du Département de communication sociale et publique Nathalie Lafranchise, membre de l’équipe responsable du réseau basé à l’UQAM. L’objectif du réseau, précise-t-elle, est de mettre en place une communauté de pratique virtuelle permettant à de jeunes chercheuses qui souhaitent valoriser une découverte scientifique ou une innovation technologique issue de leurs travaux d’entrer en relation avec des femmes ayant réussi dans ce domaine.  

La communauté de pratique sera composée de candidates à la maîtrise, de doctorantes, de postdoctorantes et de jeunes professeures récemment embauchées, provenant de différentes universités au Québec et qui œuvrent dans diverses disciplines des sciences et du génie: informatique, chimie, physique, sciences biologiques, hautes technologies, etc.

Le réseau Spin Femmes ne cherche pas à se substituer aux bureaux universitaires de transfert de technologies (BUTT) ou aux organismes d’accompagnement, tels que Femmessor et SAJE Montréal, dont la mission consiste à offrir aux chercheuses de l’expertise sur les plans légal, de la gestion et de la finance, et à les soutenir dans la création de startups. «Notre rôle sera complémentaire, dit Nathalie Lafranchise. Nous voulons intervenir en amont du processus, au moment où les chercheuses sont encore indécises. Il s’agit de les aider à développer leur réflexion sur l’intérêt et la possibilité de valoriser et de commercialiser leur innovation, avant même de se lancer en affaires.» Le réseau servira aussi à guider les chercheuses vers les informations et les ressources dont elles auraient besoin, notamment les BUTT. «Selon un sondage que nous avons réalisé, plusieurs chercheuses connaissaient peu ou mal le rôle de ces bureaux de transfert», note la professeure.

Un noyau de «championnes»

La première étape de la mise en œuvre de la communauté de pratique virtuelle sera la formation d’un groupe dit de «championnes», qui constituera le noyau du réseau.  «Notre sondage nous a appris que le besoin le plus criant des chercheuses était d’entrer en contact avec des femmes qui ont réussi à commercialiser un produit et à se lancer en affaires, indique Nathalie Lafranchise. Nous sommes en train de recruter des femmes qui ont des histoires intéressantes à raconter sur leur expérience et nous comptons sur les responsables des bureaux de transfert dans les universités pour nous indiquer quelques championnes potentielles.»  

Que signifie se lancer en affaires? Comment valoriser une découverte ou une innovation? Qu’est-ce que cela implique? Le site web de Spin Femmes proposera un forum de discussion permettant de répondre à ces questions et où les championnes pourront expliquer leurs démarches et les stratégies qu’elles ont employées pour contourner les embûches. Les chercheuses y trouveront une liste d’organismes québécois pouvant les aider dans la prise de décision. D’autres outils, comme la page Facebook du réseau et un blogue, présenteront des capsules thématiques et des success storys en matière de transfert technologique, mais aussi des projets n’ayant pas abouti, histoire d’en tirer des leçons.

«Chose certaine, nous voulons susciter des échanges et des débats en fonction des besoins des chercheuses révélés par le sondage et des défis auxquels elles sont confrontées, observe la professeure. Cela contribuera à surmonter l’apathie, le faible intérêt pour la commercialisation de la recherche, le manque de confiance, l’ignorance, la difficulté d’évaluer la pertinence économique d’une invention ou la crainte de se faire voler ses idées.»

Ponts entre l’industrie et la recherche

Le réseau Spin Femmes vise, par ailleurs, à mobiliser les connaissances tant des chercheuses que des gens d’affaires en disséminant le savoir et l’expérience accumulés. «Nous voulons jeter des ponts entre les chercheuses et les entreprises qui pourraient être intéressées à commercialiser un produit donné, dit Nathalie Lafranchise. Nous pouvons renforcer la capacité de l’industrie à trouver des partenaires parmi les chercheuses universitaires susceptibles de contribuer aux efforts en recherche et développement.»

Réduire la compétitivité entre les chercheuses et les entreprises est un autre objectif du réseau. «Il s’agit de faire en sorte que les chercheuses et l’industrie partagent leur savoir, au lieu d’en faire l’objet d’une lutte d’appropriation», indique la professeure.

À compter de septembre prochain, Spin Femmes lancera une série de webinaires auxquels participeront de jeunes chercheuses et des femmes ayant réussi à commercialiser une innovation ou un produit qu’elles ont créé. Les thèmes abordés, nombreux et diversifiés, concerneront les programmes de subvention et les partenaires financiers disponibles dans une démarche de transfert technologique, les ressources d’aide au démarrage et au développement d’une startup, les programmes d’accompagnement personnalisé (mentorat, coaching, parrainage), les compétences entrepreneuriales, les services offerts par les bureaux universitaires de transfert technologique, les brevets et droits de propriété intellectuelle, etc.

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