Vingt-cinq ans d’études stratégiques

La Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques lance une série de conférences pour célébrer son 25e anniversaire.

31 Août 2021 à 15H51

Barrière entre Tijuana, au Mexique, et San Diego, aux États-Unis. Chaque croix est en mémoire d'un migrant mort à son passage. Des chercheuses et chercheurs de la Chaire comptent parmi les leaders mondiaux de l'étude des murs et barrières en relations internationales.
Photo: Tomas Castelazzo

Depuis 1996, les chercheuses et chercheurs et de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques sont sur toutes les tribunes, médiatiques notamment, pour analyser l’actualité internationale, éclairer le débat public et partager leur expertise avec la population. Pour célébrer son 25e anniversaire, la Chaire organise une série de conférences en ligne (voir encadré) qui se dérouleront de septembre 2021 à mars 2022.

Le première conférence, «L’effet 11 septembre, 20 ans après», aura lieu le 9 septembre et réunira les membres des directions scientifiques des cinq observatoires de la Chaire. «La série de conférences permettra de dresser une rétrospective des 25 premières années d’activités de la Chaire, en lien avec les thèmes de recherche de ses observatoires, et de s’interroger sur ce que sera le monde d’ici 2046», explique le professeur du Département de science politique Frédérick Gagnon, titulaire de la Chaire Raoul-Dandurand et directeur de l’Observatoire sur les États-Unis.

Premiers pas

L’aventure de la Chaire débute à l’automne 1995, alors que son fondateur, Charles-Philippe David, obtient un poste de professeur au Département de science politique de l’UQAM, après avoir enseigné pendant plusieurs années au Collège militaire royal de Saint-Jean. «Le projet de mettre sur pied une Chaire en études stratégiques et diplomatiques, promu par la vice-rectrice à l’enseignement de l’époque, Céline Saint-Pierre, était la raison de ma venue, explique le professeur. La Chaire a été créée parce que le Collège de Saint-Jean venait de fermer ses portes. La direction de l’UQAM, moi-même et d’autres collègues tenions à ce que le Québec conserve une expertise en études stratégiques. Je serai toujours redevable à l’UQAM d’avoir soutenu ce projet.»

Au moment où la Chaire est créée, les questions stratégiques et de sécurité constituaient des domaines d’étude relativement nouveaux dans les universités québécoises. «Il  n’existait alors aucun centre de recherche dédié à l’analyse des conflits armés ou des missions de paix, rappelle Charles-Philippe David. Le premier colloque que j’ai organisé à l’UQAM portait justement sur le projet de créer un corps d’intervention civile internationale sous l’égide de l’ONU appelé les Casques blancs.»

Dès sa naissance, la Chaire se distingue par sa volonté de diffuser largement les connaissances auprès du grand public, notamment par l’entremise des médias, souligne Frédérick Gagnon. Étudiant au baccalauréat en science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi dans les années 1990, celui-ci voit pour la première fois Charles-Philippe David à la télévision parler de la guerre au Kosovo. «C’est alors que j’ai décidé de venir terminer mon bac à l’UQAM, confie-t-il. Charles-Philippe David comprenait l’importance de transmettre les connaissances hors des murs de l’université, ce qui a permis d’attirer de nombreux étudiants et étudiantes à l’UQAM, notamment à la Chaire.»

«Il s’agissait de faire connaître les études stratégiques et diplomatiques sur la place publique, de vulgariser les connaissances grâce aux interventions médiatiques – entrevues, textes d’opinion – et à l’organisation de colloques et de conférences largement accessibles, mais en se fondant toujours sur la plus grande rigueur scientifique», enchaîne Charles-Philippe David.

Des conférences pour comprendre le monde

Depuis la création de la Chaire Raoul-Dandurand, plusieurs événements ont accéléré la recomposition du monde: guerre dans les Balkans, attentats terroristes du 11 septembre 2001, invasions de l’Afghanistan et de l’Irak, printemps arabe, crise syrienne, vagues migratoires, changements climatiques, cyberincidents, etc. Quels changements significatifs ces évènements ont-ils amenés et quel héritage laissent-ils ? Pour répondre à ces questions, la Chaire propose au cours des prochains mois une série de conférences en ligne qui se dérouleront de 12 h 30 à 14 h:

Jeudi 9 septembre: L’effet 11 septembre 20 ans après

Mercredi 20 octobre: De la démocratie en Amérique?

Jeudi 25 novembre : Risques numériques et géoéconomiques dans un monde hyperconnecté  

Mercredi 26 janvier: Géopolitique et rivalités olympiques d'hier, aujourd'hui et demain

Mercredi 24 février: Valses, tensions et perspectives au Moyen-Orient et en Afrique du Nord 

Mercredi 24 mars: Bilan et avenir des opérations de paix

Contributions scientifiques

Au fil des ans, la Chaire a créé cinq observatoires de recherche qui ont contribué au développement des connaissances. Mis sur pied en 2002, l’Observatoire sur les États-Unis est celui qui regroupe actuellement le plus de chercheurs en résidence, note Frédérick Gagnon. «Ses analyses du processus décisionnel au sein de la Maison-Blanche, des acteurs de la politique étrangère des États-Unis, des institutions politiques américaines et des campagnes présidentielles ont contribué à faire grandir l’intérêt pour nos voisins du sud au Québec.»

«Selon des spécialistes américains, notre Observatoire est le meilleur centre d’études sur les États-Unis au Canada, souligne Charles-Philippe David. Ce qui a donné une impulsion aux études sur les États-Unis, ce sont les résultats extrêmement serrés et contestés des élections présidentielles de 2000, opposant le républicain George W. Bush au démocrate Al Gore. La demande pour comprendre comment on en était arrivé là était particulièrement forte et nous devions y répondre.»

Fondé en 2005, l’Observatoire sur la résolution des conflits et les missions de paix (devenu depuis le Centre FrancoPaix) a apporté une contribution inestimable aux études sur la consolidation de la paix. Dirigé par Bruno Charbonneau, du Collège militaire royal de Saint-Jean (réouvert en 2008), cet observatoire est l’un des rares centres francophones dans le monde dédié à ce domaine d’étude.

La Chaire a également créé l’Observatoire sur la géopolitique, en 2006, dont la directrice est la professeure associée du Département de géographie et professeure au Collège militaire royal de Saint-Jean Élisabeth Vallet. La chercheuse et son équipe comptent parmi les leaders mondiaux de l’étude des murs et barrières en relations internationales, un thème de recherche unique au Canada. Lancé en 2011, l’Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, dirigé aujourd’hui par le professeur associé de l’Université de Sherbrooke Sami Aoun, constituait le premier regroupement universitaire francophone au pays voué à l’étude de cette région du monde particulièrement complexe.

Enfin, en 2019, la Chaire a mis sur pied l’Observatoire des conflits multidimensionnels, dirigé par Frédérick Gagnon. «L’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine de 2016 a constitué une sorte de sonnette d’alarme, rappelle le professeur. Le fait que des pays, même très puissants, puissent être fragilisés par des cyberattaques, le cyberespionnage ou des campagnes de désinformation compte désormais parmi les nouvelles réalités en matière de sécurité.»

Former une relève

La Chaire est reconnue, par ailleurs, comme un lieu de formation et d’enseignement qui a contribué à former au Québec une nouvelle génération de spécialistes en études internationales, dont font partie, notamment, Frédérick Gagnon (Ph.D. science politique,2008), Karine Prémont (Ph.D. science politique, 2010), Rafael Jacob (M.A. science politique, 2013), Julien Toureille (Ph.D. science politique, 2016), Maxime Ricard (Ph.D. science politique, 2021) et Christophe Cloutier-Roy (Ph.D. science politique, 2021).

Chaque année, la Chaire intègre de jeunes chercheuse et chercheurs à ses travaux et les associe à ses programmes de recherche, dit Frédérick Gagnon. «Nous formons des étudiantes et étudiants polyvalents, capables de transmettre les résultats de leurs travaux lors de colloques, d’écrire des articles rigoureux et de prendre la parole dans les médias.»

«La Chaire a aussi contribué à influencer des carrières internationales en accueillant des stagiaires venus des États-Unis, d’Europe ou d’Afrique, qui ont appris avec nous la culture de vulgarisation et de diffusion des connaissances, indique Charles-Philippe David. Nous visons à former des leaders intellectuels et même des administrateurs, comme Nicolas Riendeau, adjoint du vice-recteur à la recherche et à la création de l’UQAM.»

Une boîte à idées

Un aspect moins connu du travail de la Chaire est son rôle d’expert-conseil auprès d’acteurs gouvernementaux et d’entreprises publiques et privées. «Nous sommes une boîte à idées, mais nous n’avons pas d’agenda idéologique, précise Charles-Philippe David. Nous ne sommes pas dans la formulation de politiques et nous ne faisons pas de travail commandité pour promouvoir des idées qui seraient contraires aux valeurs d’une chaire de recherche universitaire. Nous proposons des analyses pouvant aider des décideurs, quels qu’ils soient, à se faire une opinion.»

«La Chaire est elle-même un lieu de débats, poursuit Frédérick Gagnon. Nous avons des chercheuses qui travaillent dans une perspective féministe critique, des chercheurs qui défendent des théories classiques en relations internationales et d’autres qui ont une approche moins conventionnelle. Nos membres proviennent d’horizons divers, avec des conceptions différentes. Cela aussi fait partie des valeurs de la Chaire et contribue à sa vitalité.»

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