Bouger pour apprendre

Un projet de recherche vise à favoriser l'activité physique chez les enfants ayant des difficultés motrices et d'apprentissage. 

23 Juin 2021 à 14H00, mis à jour le 29 Juin 2021 à 14H45

Le projet Bouger pour apprendre développera les habiletés motrices fondamentales des enfants en misant sur leur créativité.Photo: Getty Images

Professeure au Département des sciences de l’activité physique et codirectrice du Laboratoire de recherche en motricité de l'enfant, Mariève Blanchet a commercialisé dans une dizaine de pays et en huit langues le tapis de jeu Nimbly, qui s’adresse aux enfants de 2 à 10 ans. En plus de développer la motricité, le tapis stimule la mémoire et l’apprentissage du langage et des mathématiques. «Le tapis a été conçu pour l’école autant que la maison, dit la chercheuse. Dans une famille avec plusieurs enfants, les plus vieux peuvent apprendre à compter pendant que les plus jeunes découvrent les couleurs et les formes.»

Spécialiste du développement moteur, Mariève Blanchet s’intéresse aux bienfaits de l’activité physique chez les enfants, particulièrement chez ceux qui connaissent des difficultés. Au Canada, 17 % des enfants éprouvent des difficultés motrices et 17 % ont des troubles moteurs significatifs ou très sévères. Moins habiles que leurs pairs dans les sports organisés, les cours d’éducation physique ou dans les modules de jeux au parc, ces enfants en viennent à se retirer eux-mêmes des activités qui présentent un niveau de difficulté trop élevé. «Vivre des échecs successifs amène des sentiments d’humiliation et d’incompétence, affirme Mariève Blanchet. En ne participant plus aux jeux traditionnels, les enfants deviennent sédentaires, ce qui aggrave leurs difficultés motrices.»

Pour contrer ce phénomène, Mariève Blanchet et son équipe ont mis sur pied le projet Bouger pour apprendre. Financée par le ministère de l’Éducation et réalisée en collaboration avec la Table sur le mode de vie physiquement actif (TMVPA), la recherche-action s’amorcera cet automne. Quelque 80 enfants d’âge primaire ayant des difficultés motrices et d’apprentissage participeront à l’étude.

Troubles d'apprentissage, déficits moteur et sédentarité

Selon Statistique Canada, plus de 70 % des jeunes de 5 à 15 ans ayant des troubles d'apprentissage présentent aussi des déficits moteurs, entre autres sur les plans de la locomotion et de la capacité à manipuler adéquatement des balles et des ballons.

Des études démontrent également que les enfants ayant un trouble d’apprentissage ont 40 % plus de chances d’être sédentaires comparativement à leurs pairs. L’écart s’accentue à l’adolescence, où ce pourcentage grimpe à 73 %. «La sédentarité diminue la force, le contrôle postural et la capacité cardiovasculaire, souligne Mariève Blanchet. Avec le temps, les enfants qui ne bougent pas sont pris dans une spirale de déconditionnement physique.»

Des services de réadaptation en ergothérapie ou physiothérapie existent, mais rares sont les enfants qui obtiennent un diagnostic y donnant accès. «Et même ceux qui y ont droit doivent attendre quelques années avant d’obtenir leur premier rendez-vous, déplore la chercheuse. Les parents se retrouvent donc pris avec le fardeau de stimuler physiquement leurs enfants, sans avoir les ressources pour le faire adéquatement.»

Jeux semi-structurés

Au lieu de jouer à des sports traditionnels ou dans des modules de jeux offrant des options limitées, le projet de Mariève Blanchet misera sur la créativité des enfants. «Nous proposerons des activités avec du matériel et des accessoires que les enfants peuvent déplacer, déconstruire et reconstruire, mentionne la professeure. Des éléments simples comme des cordes, des pneus, des roches ou des tapis peuvent servir, par exemple, à fabriquer une cachette secrète d’espion ou à créer une bataille d’extraterrestres!» Une capsule vidéo réalisée par la TMVPA illustre quelques exemples d’activités.

Les habiletés motrices fondamentales – comme courir, sauter et lancer – seront développées de manière différente. «Les activités ne seront pas totalement libres, mais plutôt semi-structurées, précise la chercheuse. Au lieu de se soumettre à des règles définies par des adultes ou des fédérations sportives, les enfants créeront leurs jeux selon leurs intérêts et leurs habiletés.»

Mariève Blanchet ajoute que les environnements naturels – comme les sous-bois – favorisent davantage l’engagement moteur que les surfaces droites – comme les gymnases. «En plus de la motricité et de la capacité cardiovasculaire, la pratique d'activités dans un environnement naturel contribue à développer l’autonomie, le sentiment d'appartenance à un groupe, la confiance en soi et les interactions sociales», dit la professeure.  

Cette dernière anticipe que les activités réalisées dans le cadre du projet auront des bienfaits non seulement chez les enfants ayant des difficultés motrices et d’apprentissage, mais aussi chez ceux ayant un développement moteur typique. «Nos prétests ont démontré que tous les enfants participaient davantage en usant de leur imagination», mentionne la chercheuse, qui ajoute que l’activité physique a aussi des effets positifs sur les capacités cognitives et les résultats scolaires.

Une chercheuse active

Cet été, Mariève Blanchet mènera un projet similaire à Bouger pour apprendre dans des camps de jour. Six groupes d’enfants participeront à ce projet, qui vise à outiller les animateurs pour développer des jeux favorisant la motricité et la créativité.

Plus tôt cette année, la professeure a été l’une des trois lauréates du concours Étoiles Effervescence, qui reconnait de jeunes chercheurs et chercheuses qui s’illustrent par leur carrière scientifique et leurs partenariats avec l’industrie des sciences de la vie et des technologies de la santé. Une capsule vidéo avait été réalisée lors de la diffusion du prix.

Mariève Blanchet a aussi été la vedette d’une capsule Portrait de femme de science réalisée par le Centre des sciences de Montréal en collaboration avec la Faculté des sciences. «J’ai étudié en sciences parce que mon domaine me passionnait, affirme-t-elle. Je travaille depuis plus de 20 ans sur le développement moteur des enfants et leurs besoins de développer leur sentiment de compétence. Ces tribunes me donnent l’occasion de sensibiliser la population à ces enjeux.»

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