«À quels mots associez-vous Hochelaga-Maisonneuve?», demande Marie-Dominique Lahaise (B.A. urbanisme, 1982), guide pour l’organisme d’animation urbaine L’Autre Montréal. Les réponses fusent: «populaire», «ouvrier», «gentrification», «stade olympique». C’est ainsi qu’a débuté, le 25 octobre dernier, la visite en autobus du quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans l’est de la métropole, à laquelle ont participé une cinquantaine d’Uqamiens et de membres du personnel de Bibliothèques et Archives nationales du Québec (BAnQ).
Offerte dans le cadre de la campagne Centraide, la visite avait pour but de faire découvrir le quartier et ses nombreux organismes communautaires, dont plusieurs sont financés par Centraide du Grand Montréal.
Quartier populaire majoritairement francophone, Hochelaga-Maisonneuve est délimité à l’est et à l’ouest par les voies ferrées parallèles aux rues Moreau et Vimont, et s’étale de la rue Sherbrooke, au nord, à la rue Notre-Dame, au sud.
Durant la visite, Marie-Dominique Lahaise attire notre attention sur divers bâtiments. «Ici, un immeuble a abrité dans les années 70 le premier CLSC au Québec, dit-elle. À votre droite, on voit une école restaurée où se trouve la clinique du célèbre docteur Julien.»
Sur la rue Adam, nous nous arrêtons devant l’école primaire Baril, qui a rouvert ses portes en septembre dernier après avoir été fermée durant un peu plus de six ans. Logée dans un bâtiment centenaire, cette école est devenue un symbole à Montréal. «Elle a été la première à attirer l’attention sur le problème des moisissures dans les écoles de Montréal, rappelle la guide. L’air était si mauvais qu’il rendait le personnel et les élèves malades.» Grâce à la mobilisation des mères d’élèves et des enseignantes, appuyées par l’ensemble de la communauté, l’école a pu reprendre vie.
Plus loin, nous apercevons une ancienne caisse populaire, dont le bâtiment a accueilli, dans les années 1980, la première cuisine collective au Québec, qui en compte aujourd’hui 1 800. «Le Regroupement des cuisines collectives, soutenu par Centraide, se trouve d’ailleurs dans Hochelaga-Maisonneuve,», note Marie-Dominique Lahaise.
L’autobus s’arrête devant le Chic resto pop, logé dans l’ancienne église Saint-Mathias-apôtre, avenue d’Orléans. «Cette entreprise d’insertion et d’économie sociale, également soutenue par Centraide, a été mise sur pied dans les années 1980 par de jeunes bénéficiaires de l’aide sociale», souligne l’animatrice. Le Chic resto pop régale les personnes démunies et aide celles sans emploi à intégrer le marché du travail. «L’entreprise est devenue un modèle étudié à l’étranger, remarque Marie-Dominique Lahaise. Elle a alimenté la réflexion sur les liens entre la sécurité alimentaire, la santé et la pauvreté.»
À l’angle de la rue Lafontaine et du boulevard Pie IX, le Pavillon d’éducation communautaire loge dans une ancienne école primaire. «C’est là que le Groupe Rock et Belles oreilles a fait ses premières armes dans les studios la station de radio CIBL. Plusieurs organismes communautaires y ont leurs locaux, dont la Table de concertation Hochelaga-Maisonneuve et le Regroupement pour la valorisation de la paternité.»
Sur la rue Ontario, grande artère commerciale, la Place Valois accueille plusieurs nouveaux commerces. «Cet endroit piétonnier sert de lieu de prise de parole et de rencontre, note Marie-Dominique Lahaise. Il a aussi été le théâtre de manifestations et d’actions de vandalisme contre la gentrification du quartier.»
La Maison à petits pas
Nous entrons enfin dans les locaux de La Maison à petits pas, rue de Rouen. Fondé en 1976, cet organisme communautaire est ouvert 6 jours sur 7, offrant de nombreux services à quelque 650 familles du quartier. «On estime que 40 % des travailleurs vivent sous le seuil de la pauvreté, souligne Yves Dion, directeur de l’organisme. Dans Hochelaga-Maisonneuve, quatre enfants sur cinq ne sont pas prêts à entrer à la maternelle à cinq ans, contre un sur cinq dans les quartiers plus favorisés.»
L’éducatrice spécialisée Caroline Cadieux, responsable du volet petite enfance, s’occupe de préparer six groupes d’enfants à cette difficile transition.
La Maison à petits pas comprend une joujouthèque, qui accueille tous les membres de la famille. «Les jeux et les livres visent à répondre aux besoins de formation des enfants: langage, motricité, habiletés mathématiques, éveil à la lecture et à l’écriture, développement affectif, social et cognitif», explique l’éducatrice Sarah-Mai Desmarteaux.
Des activités familiales sont aussi proposées: sorties de fin de semaine, soirées thématiques (visionnement de films, danse), soupers communautaires et visites dans les musées.
L’organisme a même créé un programme de développement du leadership pour les adolescents. «Nous travaillons avec une vingtaine de jeunes, dit Yves Dion. L’objectif est de les amener à développer leurs capacités et à changer leur communauté par des actions concrètes. Certains participent à des activités de distribution de denrées alimentaires aux personnes itinérantes, d’autres offrent un service de gardiennage, d’autres encore font de l’animation dans des résidences pour personnes âgées.»
Hochelaga-Maisonneuve est le quartier urbain au Canada qui abrite le plus grand nombre d’organismes communautaires, soit 150. «Pour nous, qui sommes toujours en recherche de financement, l’appui de Centraide est crucial», dit Yves Dion
La visite du quartier a été organisée par Caroline Vachon, conseillère en développement philanthropique à Centraide, et son collègue Jean Landry, de Centraide du Grand Montréal, en collaboration avec Sylvie Quéré, directrice de la campagne Centraide UQAM, et Marc-André Fortin, codirecteur de la campagne.