C’est la première fois depuis 1994. Quoi donc ? Les cloches de l’ancienne église Saint-Jacques ont sonné de nouveau à quelques reprises et retentiront encore le 19 octobre prochain, entre 11 h et 13 h. Il s’agit de tests qui s’inscrivent dans le cadre des travaux de réfection du clocher de l’UQAM. «L’objectif est de connaître l’intensité des vibrations et de mesurer leur impact sur la structure d’acier du campanile et sur la maçonnerie. Ces informations seront utiles à l’élaboration des plans et devis en vue de la restauration du clocher», explique l’architecte Pascal Dufour, du Service des immeubles et de l’équipement.
Le clocher, qui présente des signes de détérioration avancée, n’a jamais fait l’objet d’une restauration majeure depuis l’incendie de l’église Saint-Jacques, en 1933. Il nécessite d’importants travaux de structure et de maçonnerie qui doivent être assumés par l’UQAM. Outre sa responsabilité de propriétaire immobilier, l’Université est, en effet, tenue de préserver le clocher en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.
Un peu d’histoire
Emblème du Quartier latin, le clocher de l’UQAM fut d’abord le clocher de l’église Saint-Jacques le Majeur, première cathédrale de Montréal, détruite par le feu en 1852. L’église, reconstruite sur le site actuel par l’architecte John Ostell, subira deux autres incendies (1858 et 1933) – qui laisseront intacts le clocher, le portail du transept sud et la sacristie – avant d’être acquise par l’Université en 1973.
Le clocher est par la suite intégré à la construction du pavillon Judith-Jasmin, érigé entre 1976 et 1979, d’après le concept des architectes Dimitri Dimakopoulos et Associés et Jodoin, Lamarre, Pratte et Associés. En 1975, la revue Architecture Concept avait décrit ce projet en ces termes: «On voit dans ce projet la volonté de créer une université nouvelle, ouverte sur le milieu et non enfermée jalousement dans une tour d’ivoire comme c’est le cas pour les universités traditionnelles». L’équipe d’architectes obtiendra d’ailleurs, en 1980, le prix d’excellence de l’Ordre des architectes du Québec pour la conception du pavillon. Quelque trente ans plus tard, le clocher s’impose toujours comme l’un des repères incontournables du Quartier latin et de la vie universitaire à Montréal.
Portée patrimoniale et culturelle
L’église Saint-Jacques a longtemps été le témoin de la vie sociale et culturelle du premier quartier de la bourgeoisie francophone, lequel était le creuset de la vie intellectuelle montréalaise. En 1973, son clocher, avec la façade du transept sud de l’église, est classé monument historique, alors que les boiseries, le mobilier et les verrières de l’ancienne sacristie sont considérés comme des biens culturels.
Aujourd’hui, le clocher de l’UQAM contribue à la requalification de la rue Saint-Denis. Il est devenu, depuis quelques années, un espace d’expression privilégié pour les arts visuels et numériques. De nombreux étudiants et professeurs des facultés des arts et de communication ont ainsi participé à des projets d’installation et d’œuvres vidéo qui ont permis d’animer et d’illuminer le célèbre clocher.
Plans et devis
Les travaux de réfection du clocher, comme tels, n’ont pas encore débuté. «On en est à l’étape d’établir les plans et devis, note Pascal Dufour. Des architectes et des ingénieurs sont en train d’analyser la nature des travaux qui devront être effectués et d’évaluer leurs coûts et leur portée. On estime que la période d’élaboration des plans et devis pourrait durer un an et celle des travaux de réfection environ deux ans.»
En ce moment, l’objectif premier est d’assurer la sécurité des passants, dit l’architecte. «C’est ce qui explique la présence de palissades autour du clocher. La maçonnerie est en très mauvais état et les joints qui lient les pierres sont à refaire complètement.»
En ce qui a trait à la réfection, plusieurs éléments sont à considérer: démontage et solidification de la maçonnerie des contreforts, lesquels supportent le clocher, rejointoiement de la maçonnerie des fondations, ancrage des clochetons et des pinacles, restauration générale de la pierre, ancrage de la structure de la flèche et sa reconstruction, réparation des portes, fenêtres et vitraux, etc. Les objectifs, en plus de préserver la sécurité du public, sont d’assurer la pérennité et la conservation patrimoniale du clocher ainsi que la mise en marche de son carillon.
Conférences sur le patrimoine religieux
L’UQAM accueillera l’hiver prochain une série de trois conférences-causeries autour du thème La ville aux 100 clochers : image du passé et vision d’avenir. Présentée par le Conseil du patrimoine religieux du Québec, à l’occasion de son 20e anniversaire, cette série d’événements vise à faire connaître la richesse du patrimoine religieux montréalais et à en questionner l’appréciation, la mise en valeur, le positionnement et les potentiels comme identité culturelle, image distinctive et symbole promotionnel à l’aube du 375e anniversaire de Montréal. Soutenues notamment par l’Institut du patrimoine, les conférences se tiendront à la Salle des Boiseries, les 26 janvier, 23 février et 29 mars 2016.