Voir plus
Voir moins

Journal d’un étudiant-écrivain

Dans son dernier roman, l’auteur et psychanalyste Maxime Olivier Moutier se met en scène à l’UQAM.

Par Valérie Martin

4 septembre 2015 à 16 h 09

Mis à jour le 8 septembre 2015 à 17 h 09

Maxime Olivier Moutier à l’agora de la Grande place du pavillon Judith-Jasmin.Photo: Nathalie St-Pierre

Les critiques sont unanimes: Journal d’un étudiant en histoire de l’art, le dernier ouvrage de l’auteur et psychanalyste Maxime Olivier Moutier (C. histoire de l’art, 2011), est fascinant. L’histoire, qui se déroule de 2009 à 2011, raconte le parcours de son alter ego, un père de famille à la fin de la trentaine qui entame un retour aux études à l’UQAM. Un projet de livre que l’écrivain avait déjà en tête en s’inscrivant au Certificat en histoire de l’art. «J’ai eu l’idée de tenir un journal sur mon expérience comme étudiant, confie-t-il. J’avais entendu dire que le Département avait une excellente réputation et j’aimais l’emplacement de l’Université en plein centre-ville, un milieu effervescent.»

Passionné d’art, en particulier d’art contemporain, Maxime Olivier Moutier avait soif d’approfondir ses connaissances. «Je lisais de manière autodidacte des livres sur l’art, mais j’avais le goût d’en savoir davantage en côtoyant des spécialistes beaucoup plus savants que moi», dit-il. À l’UQAM, il a pu discuter sans fin avec des profs et des étudiants qui partageaient son amour pour l’art. «Je me sentais moins seul dans mon trip!», ajoute l’écrivain, qui s’est surtout fait connaître en 1998 avec Marie-Hélène au mois de mars, son troisième roman, un récit poignant écrit au je à propos d’une histoire d’amour qui vire au drame.

Maxime Oliver Moutier, dont c’est le 10e roman en 20 ans de carrière, a mis presque 7 ans avant de terminer Journal d’un étudiant en histoire de l’art ─ une brique de 458 pages publiée aux éditions Marchand de feuilles ─, auquel il a apporté la touche finale cet été. «C’est un ouvrage sur son époque et sur les événements qui se déroulaient à Montréal durant ces années», souligne l’auteur. Sur fond de menace d’épidémie de grippe H1N1, de grève étudiante et des déboires amoureux de son alter ego, Maxime Oliver Moutier livre également ses commentaires et ses idées sur différentes œuvres d’art dans ce roman d’autofiction, le tout entrecoupé de courts résumés de ses lectures de chevet sur le travail d’artistes qu’il admire ou qu’il découvre au fil de ses études (Michel-Ange, Chris Burden, Joseph Beuys, etc.). «Ce n’est pas un essai sur l’histoire de l’art, prévient-il. Un spécialiste n’y apprendrait rien! Mais pour quelqu’un qui ne connaît pas grand-chose à l’art, cela peut ouvrir une brèche…»

Extrait de Journal d’un étudiant en histoire de l’art:

«Je trouve que l’Université du Québec à Montréal est magnifique. Je vais souvent à l’agora. Je trouve son architecture très intéressante. La lumière y est parfaite. Même lorsque beaucoup de monde y passe, le matin dans le brouhaha de l’heure de pointe, c’est toujours feutré et silencieux. C’est un espace public où il n’y a presque pas de bruit. Fascinant. Il est fait de béton, de ces fameuses briques brunes et de ce carrelage tout aussi brun, imitant une sorte de «terracotta» désormais associée aux années soixante, et les rampes d’escalier sont de bois verni.»

– Maxime Olivier Moutier

L’auteur compare sa démarche à celle d’un artiste. «Pour réaliser ce projet, je me suis plongé dans une nouvelle réalité ─ soit celle d’un étudiant ─ afin de mettre dans mon œuvre des détails auxquels je n’aurais pu penser si j’étais resté dans mon salon à écrire, explique-t-il. Je vois cela comme une performance: je m’impose une nouvelle routine pour voir ce que cela me fait vivre et ressentir et ensuite pouvoir écrire.»

Maxime Oliver Moutier s’est pris d’affection pour l’Université, ses professeurs, ses lieux et son histoire. «Les professeurs sont très compétents, fort exigeants, jamais complaisants. Ils connaissent leur matière.» L’écrivain a rédigé une partie de son livre au basilaire de l’agora de la Grande place du pavillon Judith-Jasmin, un lieu qu’il affectionne particulièrement, ainsi qu’au Café des arts et au défunt resto-bar Grimoire de l’UQAM. «J’aime l’atmosphère feutrée de l’agora. Même quand la foule s’y presse le matin, les bruits sont étouffés et il y a comme un silence», exprime-t-il.

Son retour en classe ne s’est pas fait sans heurt. «Cela faisait 15 ans que je n’avais pas mis les pieds à l’université, lance Maxime Olivier Moutier. J’ai dû tout réapprendre, surtout en informatique. À mon époque (!), il n’y a avait pas de portables en classe, on prenait des notes au crayon…» S’est-il fait reconnaître par ses pairs? «Les étudiants étant d’une autre génération que la mienne ne savent pas vraiment qui je suis», fait remarquer le quadragénaire, qui ne s’en plaint guère. «C’était parfait ainsi: ma démarche devait rester secrète.»

Que retient-il de ces années d’étude? «Je pose aujourd’hui un autre regard sur les œuvres d’art, dit-il. On apprend à porter une attention particulière à des objets et à des œuvres artistiques qui nous entourent et dont on ignorait jusqu’à l’existence ou que l’on avait tout bonnement oubliés.»

Extrait de Journal d’un étudiant en histoire de l’art

Chapitre 1, première session, hiver 2009

«Premier cours. L’art après 1968. Avec Patrice Loubier. Je suis soufflé de me rendre compte qu’il y a des gens qui se passionnent pour les mêmes choses que moi. Je suis étonné et ravi. Exactement ce que je venais chercher à l’université. Le cours est bondé. Je ne remarque pas si les étudiants ont l’air d’être vraiment très jeunes. Je vois du monde, des manteaux d’hiver, des cahiers de notes.»

– Maxime Oliver Moutier