Série L’actualité vue par nos experts
Des professeurs et chercheurs de l’UQAM se prononcent sur des enjeux de l’actualité québécoise, canadienne ou internationale.
Il y a une semaine, le maire Denis Coderre, le ministre des Transports, Robert Poëti, et la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, ont annoncé que les vestiges archéologiques du Village des Tanneries, mis au jour dans le cadre des travaux de réfection de l’échangeur Turcot, seraient ensevelis ou détruits. Ces travaux de démolition ont commencé le 20 septembre. Selon les politiciens et les archéologues des ministères concernés, le site ne doit pas être conservé, car il ne présente qu’un intérêt patrimonial limité, voire essentiellement local.
La professeure du Département d’histoire Joanne Burgess, directrice du Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal, a publié une lettre dans l’édition du 21 septembre du journal Le Devoir dans laquelle elle affirme que «les vestiges archéologiques du Village des Tanneries présentent, au contraire, un intérêt patrimonial pour leur valeur historique exceptionnelle et, à ce titre, méritent d’être protégés.» Selon la professeure, en procédant de manière expéditive et en maintenant leur décision de détruire l’ensemble de ce site archéologique, les autorités politiques feraient disparaître un témoin matériel d’un lieu unique dans l’histoire industrielle du Québec.
Joanne Burgess souligne que la valeur patrimoniale de ces vestiges ne se limite pas à l’histoire locale. «Le passé qu’ils rappellent n’est pas simplement celui de quelques tanneries et d’un modeste village qui s’est constitué en périphérie de Montréal au cours du XIXe siècle, écrit-elle. Au contraire. Pendant plus d’un demi-siècle, le Village des Tanneries a été un des plus importants villages industriels du Québec et un exemple exceptionnel de la capacité d’adaptation et de croissance du monde artisanal d’origine canadienne-française.»
La découverte de ces vestiges suscite un intérêt très fort dans le milieu, observe la professeure. «La communauté locale de Saint-Henri, par la voix de ses citoyens, de sa Société historique et de ses organismes culturels, de même que celle de ses élus, a réagi avec enthousiasme, émotion et fierté à la découverte de ces traces de ses origines. Les nombreuses activités de mobilisation menées depuis juillet pour faire connaître et pour défendre le site démontrent clairement l’attachement de la population locale à ce patrimoine.»