Plus que trois semaines avant les élections fédérales et la course semble serrée s’il faut en croire les sondages. Des représentants des principaux partis politiques fédéraux étaient à l’UQAM, le 29 septembre, pour participer à un débat organisé par la Faculté de science politique et de droit, en collaboration avec l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM). Cette fois, il n’a pas été question du niqab mais d’enjeux de politique étrangère. Animé par Bernard Derome, président de l’IEIM et ancien chef d’antenne à Radio-Canada, le débat a attiré une quarantaine de personnes.
Marc Garneau, du Parti libéral (Westmount-Ville-Marie), Daniel Green, chef adjoint du Parti Vert (Ville-Marie-Le Sud-Ouest-Île-des-Sœurs), Rodolphe Husny, du Parti conservateur (Outremont), Hélène Laverdière, du NPD (Laurier-Ste-Marie) et Gilbert Paquette, du Bloc québécois (LaSalle-Émard-Verdun) avaient accepté de participer au débat.
«Une diplomatie de cowboy»
D’entrée de jeu, le candidat conservateur Rodolphe Husny a défendu la position de son parti d’intervenir militairement en Syrie et en Irak afin de protéger les civils des actions terroristes, tout en soulignant la nécessité pour le Canada d’intégrer politique étrangère et commerce international. «Depuis que les conservateurs sont au pouvoir, le Canada a abandonné le rôle de médiateur qu’il jouait par le passé et pratique désormais une diplomatie de cowboy», a répliqué Hélène Laverdière. «Les conservateurs ont terni la réputation du Canada sur la scène internationale», a renchéri le candidat libéral Marc Garneau. Le bloquiste Gilbert Paquette a rappelé que «l’aide au développement, sous Stephen Harper, est devenue une affaire commerciale, tandis que la participation aux missions militaires a pris le pas sur les missions humanitaires». Selon Daniel Green, du Parti Vert, «le Canada fait maintenant «figure de cancre sur la scène internationale, tant en ce qui concerne les efforts en faveur de la paix qu’en matière de lutte contre le réchauffement climatique».
Le ton a monté lorsque Rodolphe Husny a tenté de justifier l’attitude de son chef, Stephen Harper, à propos du contrat de 15 milliards de dollars décroché par la compagnie canadienne General Dynamics Land Systems pour la vente d’équipements militaires à l’Arabie saoudite, un pays qui bafoue les droits humains. «Ce contrat permettra de créer plus de 3 000 emplois directs et plus de 30 000 emplois indirects», a souligné le candidat conservateur. Les représentants du Bloc, du NPD, du Parti libéral et du Parti vert ont tous accusé le Parti conservateur de brader les droits de la personne au profit de la vente d’armes, un point de vue qui a reçu l’appui du public dans la salle.
Des réfugiés à l’environnement
Rodolphe Husny a dû également subir un tir groupé à propos de l’accueil des réfugiés. «Dans ce dossier, le Parti conservateur se traîne les pattes», a lancé le libéral Marc Garneau. «Plusieurs provinces au Canada et les maires de Montréal, Toronto, Québec et Calgary ont tous déclaré qu’ils étaient prêts à accueillir davantage de réfugiés. Seul le gouvernement conservateur fait obstacle», a observé Daniel Green.
Les problèmes d’environnement et en particulier celui du transport de pétrole par pipeline depuis les sables bitumineux de l’Alberta ont aussi fait l’objet d’échanges vigoureux. La candidate Hélène Laverdière a dû défendre la position ambigüe du NPD par rapport au projet Énergie Est. «Nous ne disons ni oui, ni non. Il faut un débat public sur cette question complexe», a t-elle déclaré tout en soulignant que son parti était d’accord pour briser la dépendance du Canada au pétrole et qu’il était celui qui présentait le plan le plus ambitieux pour réduire les gaz à effet de serre. Pendant que le représentant du Parti conservateur demeurait silencieux, les autres candidats ont souligné que l’on ne pouvait pas prétendre réduire les gaz à effet de serre et prôner en même temps le transport du pétrole par pipeline, lequel contribue à polluer l’atmosphère.
Le débat s’est conclu sur des questions économiques alors que Rodolphe Husny a réitéré la volonté des conservateurs de ne pas augmenter les taxes et les impôts des entreprises afin de protéger les emplois. Les autres candidats lui ont rétorqué qu’il était temps d’investir dans l’économie, notamment dans les infrastructures et le logement. «On peut développer l’économie et taxer davantage les grandes pétrolières et les banques qui font des milliards de profits», a noté Gilbert Paquette.