En 2011, sur les 57 millions d’enfants dans le monde qui ne fréquentaient pas l’école, près de 30 millions vivaient en Afrique sub-saharienne. Parmi les 48 pays les moins développés sur la planète, 34 se trouvent en Afrique. «Les pays en développement ne pourront pas réduire la pauvreté, atténuer les impacts des changements climatiques et préserver la biodiversité sans l’apport de la science et de l’éducation», a lancé Romain Murenzi, directeur exécutif de l’Académie mondiale des sciences (TWAS), lors d’une conférence donnée à l’UQAM, le 15 septembre. Le savoir est un facteur clé permettant d’assurer le progrès social, la croissance économique et le développement durable, a-t-il rappelé. «Il est aussi un facteur de paix et de sécurité. L’accès à l’eau potable, par exemple, est une source importante de conflits dans plusieurs pays et la science peut favoriser la recherche de solutions pour améliorer l’accès à cette ressource vitale.»
La conférence était organisée par le bureau de Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, l’UQAM et le Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST). Elle a réuni une cinquantaine de personnes, dont le recteur Robert Proulx, Rémi Quirion et Frédéric Bouchard, directeur du CIRST.
Depuis sa création en 1983, l’Académie mondiale des sciences a mis en place des programmes de soutien à la recherche scientifique dans les pays en développement, sous l’égide de l’UNESCO. Basée à Trieste, en Italie, l’Académie compte aujourd’hui quelque 1 200 membres originaires de plus de 90 pays et possède des antennes en Chine, en Égypte, en Inde, en Afrique du Sud et au Brésil. Physicien de formation, son directeur exécutif a été l’un des architectes de la politique de développement durable au Rwanda, son pays natal. Il a d’ailleurs occupé, dans les années 2000, le poste de ministre de l’Éducation, de la Science, de la Technologie et de la Recherche scientifique au Rwanda. Il a aussi enseigné aux universités du Maryland et Clark, aux États-Unis, et a assumé la direction de l’Association américaine pour l’avancement de la science.
Formation et politiques scientifiques
Le professeur Murenzi a insisté sur l’importance pour les pays en développement de former davantage de scientifiques, d’ingénieurs et d’enseignants dans les universités. Il a rappelé que seulement 2,4 % de l’ensemble des publications scientifiques dans le monde proviennent de l’Afrique. «Il est essentiel que les gouvernements des pays du Sud investissent dans l’éducation supérieure et se dotent de politiques scientifiques, comme l’a fait le Rwanda, en lien avec les secteurs de développement jugés prioritaires, tels que la santé, l’énergie, l’agriculture et les technologies», a t-il déclaré. Selon lui, une politique scientifique doit poursuivre quatre grands objectifs: favoriser l’acquisition des connaissances à tous les niveaux, depuis le primaire jusqu’à l’université, créer du savoir, faciliter le transfert des connaissances et développer une culture de l’innovation.
Le directeur de l’Académie mondiale des sciences a souligné, par ailleurs, l’importance de la coopération scientifique entre le Sud et le Nord et entre les pays du Sud. Plusieurs jeunes originaires de pays en développement poursuivent des études universitaires à l’étranger, notamment en Europe et en Amérique, où ils obtiennent souvent un emploi une fois leur formation complétée. Comment contrer le phénomène de l’exode des cerveaux? «Il faut leur offrir des conditions de travail et des salaires avantageux, mais cela ne suffit pas toujours, observe Romain Murenzi. Dans certains pays, les scientifiques et intellectuels se sentent maltraités, voire persécutés. Parce qu’ils ne peuvent travailler dans des conditions sécuritaires, ils décident de s’exiler. Mais quand la situation sociale et politique est stable, ils sont davantage enclins à demeurer dans leur pays pour contribuer à son développement.»
Après la conférence, le recteur Robert Proulx et le scientifique en chef Rémi Quirion ont commenté les propos de Romain Murenzi. Le recteur a insisté, lui aussi, sur le rôle central joué par la science et les universités dans le développement et dans la recherche de solutions aux problèmes auxquels sont confrontés tant les pays du Sud que du Nord. «La santé publique, les droits de la personne, le développement durable et l’environnement sont des enjeux sans passeport, qui concernent tous les pays, a souligné Robert Proulx. Les universités doivent cesser de compétitionner entre elles pour recruter des étudiants et des professeurs. Elles doivent plutôt s’engager dans des réseaux de collaboration internationale pour co-construire les connaissances. Un savoir non partagé est un savoir qui n’a pas d’avenir.»
Rémi Quirion a insisté, pour sa part, sur la nécessité de faire pression sur les gouvernements fédéral et provincial pour qu’ils soutiennent davantage la coopération internationale, notamment sur le plan financier. «Dans les régions nordiques du Canada et du Québec, l’accès des populations à l’éducation est aussi faible que dans bien des pays en développement. Pour corriger de telles situations, les pays du Nord et du Sud peuvent s’aider mutuellement.» Le scientifique en chef a conclu son intervention en déplorant le peu d’attention accordée aux questions d’éducation et de science dans la campagne électorale fédérale au Canada.
