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Créer l’effet de surprise

Présentée par la commissaire Marie Fraser, l’installation de BGL fait courir les foules à la Biennale de Venise.

Par Valérie Martin

7 juillet 2015 à 16 h 07

Mis à jour le 4 septembre 2015 à 16 h 09

Canadassimo, BGL, 2015.Photo: Ivan Binet, avec l’aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry et de la Diaz Contemporary, Toronto

La professeure du Département d’histoire de l’art Marie Fraser, commissaire du projet, ne cache pas sa satisfaction: fidèle à son habitude, BGL crée la surprise avec Canadissimo. L’œuvre immersive, conçue pour le pavillon du Canada dans le cadre de la 56e Biennale de Venise fait courir les foules. Le collectif, composé de Jasmin Bilodeau, Sébastien Giguère et Nicolas Laverdière, représente le pays lors de cet événement d’art contemporain, le plus ancien et le plus prestigieux du monde, qui accueille environ un demi-million de visiteurs.

BGL est reconnu pour ses installations immersives qui s’approprient l’espace tout en le transformant. «L’œuvre de BGL cherche bien souvent à créer la confusion chez les spectateurs/visiteurs, explique Marie Fraser. Plusieurs des éléments narratifs de Canadissimo ne cessent de tromper les visiteurs.»

Devant le pavillon et attachée à sa façade, les trois artistes ont érigé une immense structure d’échafaudage, dans laquelle ils ont construit un réseau de colombages et sur laquelle ils ont bâti une terrasse. «Le pavillon du Canada se trouve ainsi complètement enchâssé dans cette structure, de sorte que dès le départ, on ne reconnaît plus du tout l’endroit, décrit Marie Fraser. On a l’impression d’être dans un chantier!» Ces travaux d’aménagement ont alimenté la rumeur dès les premiers jours d’ouverture de la Biennale, réservés aux médias et aux professionnels du milieu des arts. «La foule se précipitait au pavillon pour voir de quoi il en retournait, se rappelle la commissaire. Les gens faisaient la queue pour entrer au pavillon. C’était l’événement à ne pas manquer.» Durant cette période, près de 3000 personnes par jour ont visité le pavillon. Depuis, l’endroit ne dérougit pas: de 1000 à 1500 personnes visiteraient le pavillon chaque jour, estime Marie Fraser.

Un dépanneur authentique

Sitôt les portes du pavillon franchies, les visiteurs tombent sur un… dépanneur. «L’effet est à s’y méprendre: plusieurs visiteurs croyaient qu’ils pouvaient acheter de l’eau ou des chips!, s’exclame la commissaire. BGL a métamorphosé l’espace afin de créer un parcours insolite à travers un monde de produits, d’objets et de matières, où l’art flirte de très près avec la marchandise et l’économie. Il se crée une réelle ambigüité entre l’objet d’art et le produit de consommation.»

Pour créer son dépanneur, BGL a récupéré l’essentiel d’un commerce qui venait de fermer boutique dans le quartier Saint-Roch, à Québec, où les artistes ont leur atelier. «BGL adore récupérer des objets ayant déjà une histoire. Les membres sont des adeptes du recyclage et de la récupération», souligne Marie Fraser, qui a assuré le commissariat de plusieurs œuvres antérieures de BGL, dans le cadre notamment de l’exposition Le ludique, au Musée national des beaux-arts du Québec, en 2001, et Need to Believe, au Mercer Union, à Toronto, en 2005.

L’effet de Canadissimo sur les visiteurs est différent selon leur origine. «Les Canadiens, et en particulier les Québécois, se sentent comme à la maison, tandis que pour  les étrangers, c’est très exotique. Ils ont l’impression de découvrir une partie du Québec.» Selon la commissaire, BGL souhaite, avec Canadissimo, amener les visiteurs dans un espace «qui ne ressemble pas à une exposition et qui n’a rien à voir avec l’art, d’où l’idée de les faire passer par un petit commerce.»

Canadassimo, BGL, 2015. Photo: Ivan Binet, avec l’aimable autorisation de BGL, de la Parisian Laundry et de la Diaz Contemporary, Toronto

L’installation immersive est complétée par un loft, un espace pouvant servir d’habitation à un éventuel propriétaire de dépanneur, et un atelier, où s’entassent une multitude d’objets, dont plusieurs boîtes de conserve dégoulinantes de peinture. Avant de quitter les lieux, les visiteurs sont invités à introduire des pièces de monnaie dans le réseau de colombages, qui circulent dans les fenêtres en verre du pavillon. Le manège donne l’impression que l’on a affaire à une énorme machine à boules. «Avant de déposer leur monnaie, on a vu des visiteurs faire des vœux, raconte Marie Fraser. Plusieurs retombent en enfance!»

Le collectif a passé deux mois à Venise avant la tenue de l’événement afin de procéder aux travaux d’agrandissement et de monter l’installation. «C’est la première fois que BGL a l’occasion de présenter un événement de cette envergure en Europe et à l’extérieur du Canada», précise la commissaire. Le pavillon du Canada n’est pas un espace facile pour exposer des œuvres d’art, ajoute-t-elle, «mais pour BGL, c’était un atout! Le pavillon avait un côté usé qui leur plaisait beaucoup. Ils en ont profité au maximum.»

Marie Fraser, qui était aussi sur place, avait pour mandat d’accompagner les artistes dans la conceptualisation et la production de l’œuvre. «Mon rôle était entre autres de faire en sorte que le collectif puisse disposer de tous les moyens dont il avait besoin pour produire la meilleure œuvre possible, dit-elle. J’ai aussi réalisé un film, financé par le Conseil des arts et des lettres du Québec, afin de documenter le projet Canadissimo.» Le documentaire sortira à l’automne.

Présentée en collaboration avec le Musée des beaux-arts du Canada, Canadissimo est présentée au pavillon du Canada jusqu’au 22 novembre prochain.