Le nom de Marshall Meyer (1930-1993) est peu connu au Québec, mais nombreux sont ceux qui, en Amérique latine et aux États-Unis, se souviennent de lui. La vie et l’œuvre de ce rabbin américain, un militant des droits humains, font l’objet d’une exposition et d’une série de conférences présentées à la Bibliothèque des sciences juridiques à compter du 15 janvier prochain, jusqu’à la fin avril. Ces événements sont organisés par l’Institut d’études internationales de Montréal, la Faculté de science politique et de droit et le Département de science politique.
Né aux États-Unis, Marshall Meyer s’est établi avec sa famille en Argentine à la fin des années 1950. Il s’est surtout fait connaître pour son combat en faveur des droits humains sous la dictature militaire qui a sévi en Argentine de 1976 à 1983. «Harcelé et menacé de mort par les militaires, le rabbin Meyer a contribué à sauver la vie de centaines de personnes et à faire libérer des gens emprisonnés, rappelle Julian Durazo Herrmann, directeur du Département de science politique. Après la chute de la dictature, il a été la seule personnalité étrangère à siéger à la Commission nationale de l’Argentine qui enquêtait sur les crimes commis par les militaires et sur la disparition de plusieurs milliers de personnes.»
Un héritage précieux
L’exposition et les conférences traiteront de sujets en lien avec l’héritage moral et intellectuel de Marshall Meyer, qui demeure d’une actualité brûlante, affirme le professeur. «Cet homme avait le courage de ses convictions. Son œuvre nous enseigne que nous ne pouvons pas rester silencieux devant les injustices et que nous avons tous le devoir de les dénoncer. De retour aux États-Unis à la fin de sa vie, Marshall Meyer s’est aussi impliqué dans la construction du dialogue entre juifs, chrétiens et musulmans, ainsi que dans la défense des droits des femmes et des homosexuels.»
Présentée à partir du 15 janvier, l’exposition illustre la vie d’un homme influencé par un type de judaïsme fondé sur l’engagement social. Elle a été préparée par l’Université Duke, en Caroline du Nord. Surnommée la «Harvard du Sud», celle-ci est la dépositaire des archives du rabbin Meyer. «Nous avons appris l’existence de ces archives grâce à un étudiant en sociologie de l’UQAM qui fait sa thèse de doctorat sur l’œuvre de Marshall Meyer, explique Julian Durazo Herrmann. Cette exposition itinérante circulera pour la première fois à l’extérieur des États-Unis.»
Les conférences se tiendront une fois par mois et aborderont des thèmes d’actualité qui sont au cœur de la réflexion du rabbin Meyer: la défense des droits humains (23 janvier); la violence politique, la mémoire et la réconciliation (20 février); la consolidation de la démocratie en Amérique latine (20 mars); les liens entre religion et implication sociale (24 avril). Plusieurs professeurs de l’UQAM figurent parmi les conférenciers invités, notamment Bernard Duhaime (sciences juridiques), Vincent Romani (science politique), Catherine Foisy (sciences des religions), Jennifer Carter (histoire de l’art) et Victor Armony (sociologie).
Des personnalités de marque prendront la parole, comme Rolando Matalón, un animateur du dialogue inter-religieux qui a été l’élève de Marshall Meyer, et Debora Benchoam, qui a été emprisonnée sous la dictature en Argentine et qui est aujourd’hui avocate auprès de la Commission interaméricaine des droits humains