Le 18 novembre dernier, plusieurs dizaines de personnes provenant de divers horizons – mouvements sociaux, secteurs privé, universités – se sont réunies à l’UQAM pour discuter du potentiel de changement social des médias sociaux. Cet événement, baptisé Être social/Being Social, était organisé par deux boursiers de la Fondation Trudeau, Mélanie Millette, doctorante en communication et membre du Laboratoire de communication médiatisée par ordinateur (LabCMO), et Sébastien Jodoin, doctorant en droit et politique de l’environnement à l’Université Yale, avec le soutien de la Faculté de communication et de l’École des médias.
Pour souligner son dixième anniversaire, la Fondation Trudeau, un organisme canadien qui soutient les études doctorales et la recherche, avait lancé un appel à ses boursiers pour qu’ils lui soumettent des projets d’événements pouvant se greffer à son colloque annuel (21, 22 et 23 novembre). «L’événement a été un succès, souligne Mélanie Millette. La nature diversifiée des interventions a permis d’enrichir les débats, qui ont porté à la fois sur les usages concrets des médias sociaux et sur des enjeux plus larges concernant leur capacité de soutenir le changement dans une perspective de progrès social et ce, dans différentes sphères d’activités.»
Les participants ont échangé sur l’utilisation des technologies numériques dans les domaines des droits humains, de l’environnement, des médias, de l’urbanisme, des arts, de la gouvernance et aussi dans les processus de mobilisation collective. Pour lancer la discussion, quatre conférenciers avaient été invités : Matthew Carrol, du réseau environnementaliste LeadNow.ca, Christine Renaud, fondatrice de e-180.com, un site de jumelage favorisant l’éducation par les pairs, Antoine Beaupré, de Koumbit, un organisme visant l’autonomie technologique des groupes sociaux, et les professeures Kim Sawchuck, de l’Université Concordia, et Shannon Gilreath, de la Wake Forest University.
Un débat polarisé
Malgré leur grande popularité, les médias sociaux font l’objet de nombreuses critiques. Le débat public sur la place et le rôle qu’ils occupent dans la société demeure polarisé, observe Mélanie Millette. «Certains les perçoivent comme une panacée sociale, comme si leur nature même induisait le progrès. D’autres, au contraire, prétendent qu’ils ont peu d’impact, qu’ils contribuent à développer l’hyperindividualisme, voire de nouvelles formes d’aliénation. Cela dit, sans vouloir surestimer leur potentiel, les nouveaux médias, s’ils sont bien utilisés, peuvent s’avérer des outils précieux de diffusion d’information et de mobilisation faisant contrepoids aux discours officiels et aux médias traditionnels. Au cours du printemps 2012, des centaines d’étudiants et de citoyens ont utilisé l’espace numérique pour soutenir le mouvement de grève : articles, lettres ouvertes, blogues, tweets, pages Facebook.»
La doctorante croit également que l’usage des médias numériques permet à des groupes, dans divers secteurs, d’accroître leur visibilité et d’obtenir une reconnaissance sociale. «En environnement, certains groupes de pression n’ont pas les moyens de recourir aux services de relationnistes. Dans le domaine culturel, plusieurs artistes se servent des réseaux sociaux pour faire connaître leurs œuvres.»
Un espace public élargi
On dit qu’il n’y a pas de démocratie sans espace public ni d’espace public sans médias. Le «peuple» des blogues ou la «nation Facebook» sont-ils en train de changer les conditions de la délibération démocratique ? Est-ce qu’ils nous rapprochent de l’utopie d’une participation universelle ? «Certes, l’écoute, le débat raisonné et la réflexion ne sont pas toujours au rendez-vous dans les médias sociaux, mais ces derniers peuvent servir de levier pour favoriser l’expression d’une pluralité de voix et de points de vue alternatifs, soutient Mélanie Millette. Un membre d’un groupe de pression n’a pas besoin d’obtenir l’autorisation d’un chef de pupitre dans un journal pour que sa lettre ouverte soit publiée. Il peut la mettre en forme sur son blogue, la relayer sur Twitter et la diffuser auprès de ses amis sur Facebook.»
Au cours des prochaines semaines, le site Internet de l’événement Être social/Being Social rendra disponible un document synthèse des discussions tenues le 18 novembre dernier. «Qui sait ? Peut-être que cela suscitera un intérêt pour organiser d’autres rencontres de ce genre», dit la doctorante, qui croit en la nécessité de créer ce qu’elle appelle des «espaces pluriels de discussion.»