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Madame «bonbons»

Christine Sarrazin, technicienne en documentation à l’École des médias, sème le sucre et récolte les confidences.

Par Benjamin Tanguay

29 avril 2013 à 0 h 04

Mis à jour le 2 juin 2022 à 14 h 39

Christine SarrazinPhoto: Nathalie St-Pierre

«Mon dieu, comment avez-vous su?» Invitée en classe lors du dernier cours de journalisme télé du baccalauréat, Christine Sarrazin n’en revient pas. Yeux écarquillés, sa mâchoire risque de se décrocher tellement elle est ébahie. «Comment saviez-vous que c’étaient mes fleurs préférées?», répète-t-elle. Les étudiants ne savaient pas : la carte aux marguerites, décorée de mots gentils par l’ensemble de la classe, était simplement la plus jolie du magasin. Derrière Christine, une étudiante hilare attend avec un panier rempli de gourmandises achetées au marché Jean-Talon. Confit d’oignons au cidre de glace, confiture de cassis et sirop d’érable au yuzu, on n’a pas lésiné pour remercier cette employée de l’UQAM. Après le cadeau, c’est la tournée des becs. Christine embrasse tour à tour chaque étudiant et même un professeur embarrassé qui tente en vain de se dissocier de l’initiative. On regarde quelques reportages étudiants, puis l’employée réintègre son poste, la pause du midi presque terminée.

Technicienne en documentation à l’école des médias, Christine Sarrazin est de ces employés généralement anonymes qui font en sorte que les choses fonctionnent comme elles le doivent; un rouage dans la machine universitaire. Mais pour les étudiants et employés de la Faculté des communications qui la fréquentent, le titre de Christine est loin de résumer sa fonction, et son anonymat, une vue de l’esprit. Derrière son éternel plat de friandises, l’employée se fait tantôt confidente, tantôt rayon de soleil pour les gens qu’elle sert. «Elle est toujours souriante, à l’écoute et d’une gentillesse incommensurable, souligne Arnaud Stopa, finissant en journalisme. On ne reconnaît jamais suffisamment la valeur d’employés comme elle.»

Relations privilégiées

Après avoir travaillé pendant un an à cataloguer des livres à l’ordinateur – une période qu’elle a trouvée difficile en raison du manque de contacts humains –, Christine Sarrazin en est à sa troisième année à l’emploi du centre de documentation de l’École des médias. Classification de CD, DVD, revues et quelques monographies, ses tâches quotidiennes ressemblent en grande partie à ce qu’on s’attend d’une personne gérant la collection d’une bibliothèque modeste. Mais c’est lorsqu’elle interagit avec les étudiants que son rôle prend tout son sens à ses yeux. Que ce soit en réservant des salles de montage ou de réunion ou en prêtant des documents, Christine Sarrazin a un don pour transformer ses contacts avec les étudiants en relations privilégiées.

Quand on lui demande son secret, Christine trouve 36 débuts d’explications sans en terminer une seule. Les «j’aime le contact avec les gens», «les jeunes sont une belle clientèle» et «un bel échange est possible» défilent rapidement sans qu’on en arrive à une explication qui semble la convaincre. «Je suis mère de quatre enfants, avance-t-elle. J’ai un côté très maternel.» Un ange passe. «C’est drôle, ça se vit plus que ça se dit», finit-elle par ajouter.

Ce n’est que lorsqu’elle raconte quelques anecdotes qu’on commence réellement à saisir pourquoi les étudiants l’apprécient tant. Une partie de l’affection qu’elle commande semble être liée au réconfort gourmand d’un bonbon en fin de session. «À Noël, une étudiante m’a dit que ce serait bon des biscuits au gingembre, raconte-t-elle en riant. Elle était tellement contente quand je lui en ai acheté le lendemain. Un autre m’a dit que ce serait bon du cipaille. Je lui en ai fait! Honnêtement, je le fais beaucoup pour moi parce que j’aime les voir contents.» Christine Sarrazin aime répéter qu’on ne doit pas oublier comment on se sentait à 20 ans. «J’avais une étudiante de Gaspésie qui devenait très nostalgique pendant le temps des fêtes, se rappelle-t-elle. Elle aimait mes biscuits et mon sucre à la crème parce que ça lui rappelait la maison.» Mine de rien, l’employée sème le sucre et récolte les confidences.

Une autre raison pouvant expliquer l’affection des étudiants à son endroit est la manière inconditionnelle dont elle les défend et les aide. Que ce soit en prêtant ses locaux pour des tournages ou en négociant bec et ongles avec les agents du Service de la sécurité pour qu’ils acceptent de déverrouiller une salle de montage, Christine Sarrazin n’hésite pas à se fendre en quatre pour eux. «Dans une autre vie, j’aurais peut-être été travailleuse sociale, confie-t-elle. Ce qui me valorise est le sentiment d’aider et d’être à l’écoute de l’autre.»