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L’humour Sens dessus dessous

Un colloque sur la fonction sociale de l’humour réunit chercheurs et praticiens.

Par Pierre-Etienne Caza

25 novembre 2013 à 10 h 11

Mis à jour le 17 septembre 2014 à 19 h 09

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L’Observatoire de l’humour, un regroupement de chercheurs et de praticiens créé en 2011 pour valoriser la recherche sur l’humour et le rire organise le colloque «L’humour Sens dessus dessous», qui aura lieu à l’Agora Hydro-Québec du Cœur des sciences du 26 au 28 novembre. L’événement est organisé en collaboration avec l’École nationale de l’humour (qui célèbre ses 25 ans) et l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour (qui fête ses 15 ans).

«Ce colloque est une occasion unique de s’interroger sur la place et la fonction de l’humour dans la société, affirme Louise Richer, directrice de l’École nationale de l’humour, diplômée de l’UQAM et récipiendaire d’un prix Reconnaissance en 2010. Il est ouvert au public et vise la réflexion critique et collective, en rassemblant des chercheurs de domaines d’études divers tout comme des praticiens – humoristes, auteurs, créateurs et intervenants du milieu professionnel.»

La structure du colloque illustre bien la double volonté de réflexion et de vulgarisation de l’Observatoire de l’humour. L’événement propose des sessions intitulées «Points de vue des chercheurs», qui seront suivies par des tables rondes réunissant praticiens et chercheurs. «Le public sera aussi invité à poser des questions», ajoute Louise Richer.

Des chercheurs de l’UQAM

Quatre professeurs de l’UQAM, tous membres de l’Observatoire de l’humour, participent à l’événement ainsi qu’une postdoctorante, une doctorante et de nombreux diplômés.

Florence Vinit, du Département de psychologie, présentera un exposé intitulé «Au-delà des préjugés: comprendre la place du clown en milieu de soin», dans le cadre d’un panel intitulé «Humour et bien-être.» «Il y a des préjugés autour de la place de l’humour dans le vieillissement et dans le domaine de la santé, affirme-t-elle. Les clowns sont souvent caricaturés et assimilés à un manque de sérieux. Je veux partager le point du vue de la tradition humoristique et exposer les fondements et les mécanismes de l’art clownesque.» La professeure poursuit des recherches sur la présence de clowns lors de procédures invasives en milieu hospitalier.

Jean-Marie Lafortune, du Département de communication sociale et publique, participera pour sa part au panel «Humour, création et identité». Il y fera une présentation intitulée «L’humour en situation de crise… de la culture. Avoir ou faire de l’esprit? Du jugement de goût à la manifestation de dégoût dans l’humour de masse québécois.» Ses propos s’inspireront de la programmation des chaînes télé francophones pour démontrer à quel point l’humour est omniprésent dans notre environnement social. «L’humour est un reflet de société, note le professeur Lafortune. Je m’interroge sur l’impact réel de l’humour de masse sur la vie culturelle et l’identité collective. Il y a là, bien sûr, beaucoup de questions ouvertes qui donneront lieu, je l’espère, à des échanges intéressants!»

Lors du même panel, Michèle Nevert présentera «L’humour au Québec, à la défense de la langue…». Le langage a occupé une place importante chez certains humoristes, notamment les Cyniques, Claude Meunier et Sol, note-t-elle. «Leurs jeux de langage sont toujours accompagnés d’une réflexion sur la langue et d’une défense de la langue québécoise. On pense à la leçon de sacres de Marc Laurendeau avec les Cyniques, qui est un moment d’anthologie. L’humoriste devient alors un pédagogue de la langue. Ou alors les textes de La petite vie impliquant des Français ou des Anglais, dans lesquels on traduit systématiquement les propos des personnages, souvent pour faire des jeux de mots, mais encore davantage pour mettre en valeur la traduction en joual. Voilà pourquoi je soutiens que ces humoristes sont parmi les meilleurs défenseurs de la langue québécoise.»

Dominic Hardy, du Département d’histoire de l’art, participera au panel «Humour et résistance», où il présentera un exposé intitulé «Garnotte et les caricatures du “Printemps érable”». Il reviendra sur le corpus du caricaturiste – les Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins, Line Beauchamp et autres, sans oublier le célèbre carré rouge – pour le replacer dans le contexte d’effervescence humoristique, satirique, voire carnavalesque qui a caractérisé le mouvement étudiant. «Si l’année qui a suivi le retour en classe a déjà vu de nombreuses publications s’attarder à l’archive et à la mémoire photographique de ces événements, cette présentation se veut un prélude à la constitution d’éventuelles archives caricaturales du “Printemps Érable”», précise le professeur. L’École de la montagne rouge participera à la table ronde qui suivra ce panel.

La doctorante en science politique Julie Dufort, qui travaille sur le rire comme forme de contre-discours en politique américaine, participe au colloque, de même que Danièla da Silva Prado, chercheuse postdoctorante en études littéraires, qui s’intéresse à l’humour au féminin aux XIXe siècle et qui travaille pour le projet Archéologie du littéraire au Québec, dirigé par le professeur émérite Bernard Andrès.

Les diplômés Robert Aird, François Avard, Jérôme Cotte, Francine Dubois, Pierre Huet, Jean-Claude Lauzon et Jacques K.Primeau figurent également au nombre des participants à ce colloque, tandis que Marie-France Bazzo, Jean-Francois Nadeau et Chantal Lamarre, eux aussi diplômés de l’UQAM, ont accepté d’animer les tables rondes. L’écrivain Dany Laferrière, docteur honorifique de l’UQAM, participera à un entretien avec Boucar Diouf dans le cadre de l’événement.

Une première parution

Un premier cahier de l’Observatoire de l’humour sera lancé le 26 novembre en soirée. Il s’agit de l’ouvrage Les Cyniques, le rire au temps de la Révolution tranquille, publié chez Triptyque, qui regroupe une anthologie de l’œuvre du groupe humoristique ainsi que sept textes d’analyse. On retrouve les professeurs Jean-Marie Lafortune et Michèle Nevert parmi les signataires de ces textes ainsi que la doctorante en communication Lélia Nevert et les diplômés Robert Aird et Jérôme Cotte.