«Laval. Une ville en plein désarroi». Ce titre percutant coiffait un article paru dans les pages du quotidien Le Devoir, le 12 octobre dernier. Les citoyens de la troisième ville du Québec ont plusieurs raisons d’être inquiets : Laval est sous tutelle depuis juin dernier, son ex-maire et 36 notables sont accusés de corruption et une candidate à la mairie s’est dite terrorisée après avoir été contactée par Gilles Vaillancourt.
Étudiante à la maîtrise en gestion des ressources humaines, Sandra Desmeules vit à Laval depuis 2003. Le 3 novembre prochain, elle compte se faire élire dans Concorde-Bois-de-Boulogne, sous la bannière du Mouvement lavallois. Quand on lui demande pourquoi elle s’est lancée en politique municipale, elle répond que c’est par désir de faire bouger les choses. «Je suis attachée à ma ville, dit-elle. Au cours des dernières années, Laval a subi de nombreux reculs sous le règne de l’administration Vaillancourt, notamment sur les plans de l’aménagement urbain et de l’environnement. Et, surtout, son image a été ternie.»
Âgée de 28 ans, Sandra Desmeules croit que les jeunes doivent prendre leur place dans la société, notamment sur le plan politique. «Le printemps étudiant de 2012 et l’engagement en politique de Léo Bureau-Blouin m’ont inspirée», confie celle qui milite depuis un an et demi dans le Mouvement lavallois. «J’ai choisi ce parti justement parce qu’il n’a pas peur de faire confiance aux jeunes. Aux élections municipales de 2009, Lydia Bouliane, une jeune femme de 26 ans, était à la tête du Mouvement lavallois, qui venait juste d’être créé. Elle a eu le courage de se présenter à la mairie contre Gilles Vaillancourt. Malgré sa jeunesse et celle de son parti, elle a recueilli 23 % du vote.»
Intégrité et transparence
En 2005, 31 % des électeurs de Laval se sont présentés aux urnes et 35, 7 % – à peine plus d’un électeur sur trois – en 2009. Que faut-il faire pour contrer le désintérêt de la population envers la politique municipale ? Le Mouvement lavallois entend, sans surprise, rétablir la confiance des citoyens en mettant l’accent sur l’intégrité et sur l’instauration d’une culture de la transparence. «Le fait que Gilles Vaillancourt ait pu se maintenir au pouvoir pendant 20 ans, en dépit des allégations de corruption, a miné la confiance des citoyens, souligne Sandra Desmeules. Nous voulons établir un système de contrôle et de sanctions permettant de dénoncer les comportements déviants des élus et des gestionnaires et limiter à deux le nombre de mandats qu’un maire pourrait briguer.»
En l’absence d’opposition organisée, plusieurs élections municipales se gagnent par acclamation. Cette année, près de la moitié des maires du Québec ont été élus sans opposition. «À Laval, 125 candidats provenant de cinq formations politiques et huit candidats à la mairie se font la lutte. Du jamais vu. C’est un signe de santé démocratique encourageant», soutient l’étudiante.
Renforcer le tissu social
Sandra Desmeules ne croit pas que le rôle d’une municipalité se limite à la collecte hebdomadaire des déchets, au déneigement des rues et à l’abaissement des taxes. «Il faut renforcer le tissu social de Laval, affirme-t-elle. Depuis plusieurs années, la vie de quartier et la vie culturelle, qui vont souvent de pair, ont été négligées. Elles sont importantes pour développer le sentiment d’appartenance des citoyens à leur ville et pour créer des liens de proximité entre les Lavallois.»
L’établissement d’un nouveau plan d’aménagement urbain est une autre priorité aux yeux de la candidate. «Le plus récent date des années 1990. Nous devons protéger les terres humides et les parcs, dont plusieurs ont été abandonnés à des promoteurs privés qui y ont construit des condos luxueux. En matière de transport en commun, la population dans les secteurs est et ouest de Laval doit être mieux desservie. Je me suis personnellement engagée à faire réduire la vitesse sur le boulevard Concorde, à revoir la réglementation du stationnement dans les rues résidentielles et à améliorer les liens enter la Ville et les organismes communautaires.»
En politique à plein temps
Titulaire d’un baccalauréat en gestion des ressources humaines et assistante de recherche à la Chaire de coopération Guy-Bernier de l’École des sciences de la gestion, Sandra Desmeules s’intéresse particulièrement à l’éthique organisationnelle. «Dans le cadre de mon mémoire de maîtrise, j’essaie de comprendre dans quelle mesure la culture organisationnelle et les pratiques éthiques favorisent l’intégration des employés au sein du Mouvement des caisses populaires Desjardins.»
Pour le moment, la jeune étudiante se consacre à sa campagne électorale en faisant chaque jour du porte à porte. «Si je suis élue le 3 novembre prochain, ce sera pour moi le début d’une carrière politique à temps plein», lance-t-elle sur un ton décidé.