«La morsure de la puce peut perturber et même pousser un éléphant à se gratter. Les organisations citoyennes sont comme des petites puces qui, presque invisibles, dérangent. Leur rôle fondamental est de surveiller la démocratie et de protéger le bien commun», écrivait Candido Grzybowski en 2011. Ce sociologue brésilien, membre fondateur du Forum social mondial, a été invité par la Chaire Nycole-Turmel sur les espaces publics et les innovations politiques à présenter sa cinquième grande conférence annuelle intitulée Citoyenneté et démocratie en Amérique latine : avancées, limites et nouveaux défis. L’événement aura lieu le 5 décembre prochain au Studio-théâtre Alfred-Laliberté (J-M400), à compter de 18h 30.
Chaque année, dans le cadre de ses grandes conférences, la Chaire Nycole-Turmel invite un chercheur de renommée internationale à venir rencontrer le grand public à l’UQAM. «Candido Grzybowski est l’auteur de nombreux ouvrages sur les mouvements sociaux, la société civile, la démocratie et la mondialisation, souligne Nancy Thede, professeure au Département de science politique et titulaire de la Chaire. Il parlera notamment de ce que sont devenues les revendications des mouvements sociaux depuis que des gouvernements progressistes ont été portés au pouvoir dans certains pays d’Amérique latine et de la façon dont ces mouvements contribuent à démocratiser la vie politique.»
Candido Grzybowski est aussi directeur de l’Institut brésilien d’analyses sociales et économiques (Ibase), l’une des organisations les plus influentes de la société civile brésilienne. Cette ONG a été créée en 1981 par le militant Herbert de Souza, dont le rôle politique a été important dans la période de transition démocratique au Brésil, après la dictature des années 60 et 70. «L’Ibase est devenu un centre de recherche qui a beaucoup influencé les politiques sociales du gouvernement de Lula, note Nancy Thede. Il a été à l’origine du premier grand programme de lutte contre la pauvreté et a participé à sa mise en place. Partie prenante du mouvement altermondialiste, il continue aujourd’hui de jouer un rôle phare en développant des projets de mobilisation sociale autour d’enjeux liés à l’environnement, à la réforme agraire et à la démocratisation de l’économie, non seulement au Brésil mais dans l’ensemble de l’Amérique latine.»
Nouveaux conflits
La professeure a hâte d’entendre Candido Grzybowski parler de l’impact sur les mouvements populaires qu’a eu l’arrivée au pouvoir de gouvernements dits de gauche, comme ceux d’Evo Morales en Bolivie, de Lula au Brésil ou de Hugo Chavez au Venezuela.
«Même si le contexte est très différent d’un pays à l’autre, on a vu se déployer des projets de nationalisation des ressources naturelles, notamment en Bolivie, au Venezuela, en Argentine et en Équateur, observe Nancy Thede. Dans un premier temps, ces projets ont été bien reçus par les populations. Par la suite, toutefois, certains gouvernements progressistes se sont mis à exploiter les ressources de la même façon que les gouvernements de droite, c’est-à-dire en tenant peu compte des problèmes environnementaux et sociaux et en ouvrant la porte à des investissements étrangers. Ces mesures ont engendré de nouveaux conflits avec les mouvements sociaux qui, pourtant, constituaient la base électorale des gouvernements de gauche.»
Retour en force du Forum social mondial?
L’Ibase compte parmi les organisations qui ont été à l’origine du Forum social mondial (FSM) et son directeur, Candido Grzybowski, continue de jouer un rôle au sein du comité de direction international du Forum. Créé à Porto Alegre, au Brésil, en 2001, le FSM a tenu sa dernière édition en Tunisie, en mars dernier. L’événement a rassemblé quelque 60 000 représentants de plus de 4 500 organisations, dont la moitié provenait d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Selon certains analystes, l’édition 2013 a marqué un retour en force du FSM après l’essoufflement des dernières années.
«Ceux qui parlent d’essoufflement sont peut-être déçus que le Forum ne soit pas parvenu à donner une direction claire à l’ensemble du mouvement altermondialiste, relève la professeure. La question de savoir s’il doit offrir une orientation ralliant tout le monde ou s’il doit demeurer une sorte de grande kermesse de l’altermondialisation fait l’objet d’un débat. Chose certaine, le Forum conserve une valeur symbolique importante et constitue une référence pour plusieurs mouvements sociaux qui, au-delà de leurs différences nationales et politiques, se reconnaissent dans les valeurs prônées par ce dernier. Malgré ses limites, le Forum social mondial sert toujours de contrepoids au Forum économique mondial de Davos, grand rendez-vous des responsables politiques du monde entier.»