Léo-Paul Lauzon, professeur au Département des sciences comptables et titulaire de la Chaire d’études socio-économiques de l’École des sciences de la gestion, est l’auteur d’une recherche intitulée «La compagnie pétrolière Impériale ltée (Esso) : analyse socioéconomique de la plus grande pétrolière canadienne intégrée à contrôle étranger». Cette sixième étude sur l’industrie pétrolière canadienne démontre que, malgré des profits titanesques réalisés au cours des 20 dernières années, Impériale-Esso a désinvesti, réduit considérablement son nombre d’employés et consenti des sommes minimes en frais d’exploitation.
L’étude du professeur Léo-Paul Lauzon se base sur l’observation des rapports annuels de l’Impériale-Esso pour la période 1991-2010. Elle démontre notamment que les entreprises pétrolières ayant bénéficié des avantages fiscaux offerts par les différents paliers de gouvernement ne tiennent pas leurs promesses en matière de création d’emplois, de baisse des prix, d’innovation, de productivité et de création de richesse collective. Malgré les profits engrangés par l’Impériale-Esso au cours de la période étudiée, les emplois au sein de l’entreprise ont diminué de 66 %.
La recherche souligne également la diminution importante, sur 20 ans, du nombre d’actionnaires canadiens de la compagnie. De plus, ces actionnaires détiennent aujourd’hui 10,8 % des actions de la pétrolière, comparativement à 23 % en 1991. Par ailleurs, au cours des 20 dernières années, 68 % des 28,4 milliards de dollars de profits ont été sortis du pays en dividendes et en rachats d’actions aux investisseurs étrangers.
«Pire que la dette publique détenue à l’étranger, le contrôle juridique de nos entreprises qui appartiennent à des investisseurs étrangers leur donne tous les droits liés à la propriété juridique d’actifs comme ceux touchant la localisation et la fermeture des usines et du siège social, l’investissement, la recherche et développement, le niveau de production, l’embauche et la mise à pied de travailleurs, explique Léo-Paul Lauzon. Trop de contrôle étranger est néfaste pour toutes les parties prenantes d’un pays comme c’est le cas pour le Canada. C’est ainsi qu’un pays perd sa souveraineté. Il n’y a pas de pire façon de s’appauvrir collectivement.»
À la lumière des résultats de sa recherche, le professeur estime qu’il est temps pour le Canada de nationaliser en partie ses ressources naturelles afin de donner le contrôle effectif de ce bien commun à la population. D’ailleurs, cette pratique est présente dans la plupart des pays producteurs de pétrole et de gaz naturel.