Vivre et créer avec le syndrome d'Asperger

Antoine Ouellette est la preuve que l'on peut vivre heureux avec le syndrome d'Asperger.

14 Novembre 2011 à 0H00

Novembre 2007. Antoine Ouellette, compositeur, musicologue, diplômé du doctorat en étude et pratique des arts avec mention d'excellence et chargé de cours au Département de musique, apprend, à 47 ans, qu'il est atteint du syndrome d'Asperger, un type d'autisme caractérisé par une altération sévère de l'interaction sociale. À l'annonce du diagnostic, il ressent un grand apaisement. «Une longue quête venait de trouver son terme. Une pièce capitale qui manquait à la connaissance de ma personne était découverte», écrit-il dans l'avant-propos de Musique autiste.

Dans ce livre qui fait office à la fois d'ouvrage de vulgarisation scientifique sur le syndrome d'Asperger et d'autobiographie, il se dévoile sans pudeur et avec courage. «Après le diagnostic, je me suis mis à lire énormément sur le sujet, témoigne Antoine Ouellette. Je me suis aperçu que l'on a une perception très négative des Asperger. On nous voit comme des nuls, des incapables, des fous!» L'idée lui vient de rédiger un essai sur cette maladie et de livrer un témoignage positif, «qui pourrait aider les parents d'enfants atteints à dédramatiser le syndrome d'Asperger.»

Des personnes vraies

En s'appuyant sur les travaux des chercheurs Carol Gray et Tony Attwood, ce dernier étant considéré comme l'un des meilleurs spécialistes du syndrome d'Asperger, le compositeur a découvert que les Asperger sont dotés de nombreuses qualités. «Ils ne jugent pas et acceptent les gens comme ils sont. Ils sont candides et s'émerveillent facilement. Ils sont loyaux envers leurs amis et font preuve de franchise, d'authenticité et d'honnêteté», note Antoine Ouellette. Comme les autres autistes, les Asperger auraient par contre beaucoup de mal à déchiffrer les non-dits et les messages implicites. La compétition entre collègues et les jeux de pouvoir, très peu pour eux. «Ils ne jouent pas de rôle et ne sont pas carriéristes», poursuit le musicien. Est-ce à dire qu'un monde peuplé uniquement d'Asperger serait un monde idéal? «Oh, je n'irais pas jusque là!», affirme-t-il candidement.

Tout n'est pas rose pour autant au royaume des Asperger. Ces derniers seraient plus enclins à souffrir d'anxiété, de troubles obsessionnels, d'isolement social et de dissociation. On retrouverait également beaucoup de chômeurs parmi les Asperger (en raison, peut-être, de ce manque d'intérêt pour le travail rémunéré, la carrière, l'avancement). Élève extrêmement doué et discipliné, Antoine Ouellette raconte avoir néanmoins beaucoup souffert durant son enfance et son adolescence. En raison de son aversion pour le sport, de son goût pour la solitude et de son allure curieuse, il était la proie constante de ses camarades de classe et a même été victime de bullying.

Une musique autiste ?

Existerait-il un type de musique, une manière de composer propres aux Asperger qui seraient reliés à certains traits de leur caractère? C'est le projet de recherche ambitieux et original que compte poursuivre Antoine Ouellette dans les prochaines années, en compagnie d'une chercheuse en santé mentale de l'Hôpital Rivière-des-Prairies. «En analysant ma musique, j'en suis arrivé à un constat : j'ai souvent recours à des répétitions de mélodies ou de figures rythmiques. Il m'arrive encore à l'occasion de répéter certains comportements, des routines, des rituels, un trait souvent associé au syndrome d'Asperger. Peut-être cela se reflète-t-il dans ma création et en est-il de même pour tous les musiciens autistes?»

Antoine Ouellette n'est pas en faveur du dépistage précoce du syndrome d'Asperger. «Je ne suis pas un spécialiste, mais je crois que l'on devrait laisser les enfants être des enfants et les laisser apprendre à leur rythme dans le respect de leurs différences. Nous vivons dans une culture de résultats immédiats, alors que l'apprentissage peut prendre plus de temps pour certaines personnes.» Si on l'avait diagnostiqué durant son enfance, le musicien croit qu'il aurait été davantage stigmatisé et qu'il n'aurait pu s'épanouir et se développer autant.

L'horaire du chargé de cours est fort rempli depuis la sortie de son livre: il prononce plusieurs conférences sur l'Asperger et il est très sollicité par les médias. Il espère également obtenir un poste de professeur afin de mener plus facilement des recherches sur l'art et la maladie. En attendant, Antoine Ouellette poursuit sa mission: faire en sorte que les autistes soient de mieux en mieux acceptés et valorisés dans la société.

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