Sclérose en plaques et déclin cognitif

Certains patients atteints de sclérose en plaques surestiment leurs problèmes cognitifs alors que d'autres les sous-estiment. Pourquoi?

28 Novembre 2011 à 0H00

Quand l'état cognitif d'un patient atteint de sclérose en plaques (SEP) se détériore, est-il en mesure d'en aviser son médecin? «Plusieurs patients surestiment leurs problèmes cognitifs, tandis que d'autres les sous-estiment. Nous avons voulu comprendre le phénomène», explique Mélanie Demers. La doctorante en psychologie fait état de ses résultats de recherche sur la question dans un article publié cet automne dans le Canadian Journal of Neurological Sciences, en collaboration avec sa codirectrice de thèse, la professeure Isabelle Rouleau, le professeur Peter B. Scherzer, la diplômée Julie Ouellet et les médecins spécialistes Céline Jobin et Pierre Duquette.

«L'évaluation du fonctionnement cognitif est souvent limitée à une entrevue clinique et à l'administration de questionnaires, mais rarement à de véritables tests neuropsychologiques, ce qui revient à croire les patients sur parole», précise Mélanie Demers.

La jeune chercheuse et ses collègues ont analysé les résultats obtenus lors d'une batterie de tests neuropsychologiques portant entre autres sur la mémoire auprès de 30 patients atteints de sclérose en plaques - classés en deux groupes : problèmes cognitifs légers ou modérés/sévères - et 24 sujets en parfaite santé, dont l'âge moyen était d'environ 45 ans.

«Nous avons été surpris de constater que ce que rapportent les patients de leur propre état cognitif ne reflète pas leurs capacités réelles. Les gens qui ont un déficit sévère par rapport aux tâches de mémoire sous-estiment leur déficit, alors que les gens qui n'ont pas ou peu de déficit tendent à surestimer leurs difficultés cognitives.»

Selon la chercheuse, la sous-estimation des déficits cognitifs pourrait être imputable à une atteinte des lobes frontaux. «Ils n'ont pas conscience des répercussions de leur état et tendent donc à dire que tout va bien, alors que ce n'est pas le cas», explique-t-elle.

À l'opposé, les chercheurs ont relevé une corrélation significative entre les symptômes dépressifs souvent associé à la SEP et la surestimation des troubles mnésiques. «Certains patients atteints légèrement sont anxieux et s'inquiètent de leur condition, poursuit-elle. Voilà pourquoi ils surestiment leur déficit cognitif.».

Répercussions et recommandations

Ces résultats peuvent sembler anodins, mais ils ne le sont pas. «Les gens qui disent à leur médecin que tout va bien alors que c'est faux risquent d'en subir les conséquences dans leur vie quotidienne, car rien ne sera fait pour les aider», note la chercheuse. Il serait souhaitable, selon elle, de procéder à une évaluation formelle dans certains cas. «Bien sûr, les médecins n'ont ni le temps ni les moyens de faire une évaluation neuropsychologique dans tous les cas - un bilan cognitif complet dure entre quatre et six heures - mais les proches peuvent aider, en confirmant si l'état cognitif observé est le même que celui décrit par le patient.»

Cet article s'inscrit en parallèle des activités de recherche doctorale de Mélanie Demers, sous la codirection d'Isabelle Rouleau et d'André Achim, tous deux professeurs au Département de psychologie. Sa thèse porte sur l'entraînement cognitif en lien avec l'amélioration de la mémoire de travail des patients atteints de sclérose en plaques. «J'essaie de voir si l'entraînement améliore la performance et modifie quelque chose dans l'activation cérébrale. J'observe à l'aide de l'imagerie médicale si les mêmes réseaux cérébraux sont activés avant et après l'entraînement cognitif.»

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