Repenser le développement international

L'UQAM compte un nouveau centre de recherche: le Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société (CIRDIS).

14 Novembre 2011 à 0H00

L'UQAM compte un nouveau centre de recherche : le Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société (CIRDIS). Lancé le 1er novembre dernier, «le CIRDIS est le seul centre de recherche francophone au Québec, interuniversitaire et multidisciplinaire, sur les enjeux du développement international», souligne sa directrice, Bonnie Campbell, professeure au Département de science politique.

Succédant à la Chaire C.-A. Poissant de recherche sur la gouvernance et l'aide au développement, le CIRDIS regroupe des chercheurs provenant de différents départements de l'UQAM - science politique, sociologie, sciences juridiques, géographie, études urbaines et touristiques - ainsi que d'autres universités (Montréal, Concordia, Ottawa et Harvard). «La composition du centre contribuera au décloisonnement des approches et au renouvellement de la réflexion sur les problématiques du développement international», affirme la professeure.

Les travaux du CIRDIS, qui visent à alimenter le débat public et la réflexion en matière d'aide au développement, aborderont cinq grandes thématiques : la mise en valeur des ressources naturelles, la coopération internationale, les droits humains, les mouvements sociaux et la société civile, ainsi que la gouvernance. Le centre entend renforcer les liens avec les acteurs du développement international, présents sur le terrain, et avec les ONG, comme le Conseil canadien de coopération internationale (CCCI), l'Association québécoise de coopération internationale (AQOCI) et Aid Watch Canada.

Pour des solutions durables

Le CIRDIS mettra sur pied un Observatoire pour assurer un travail de veille sur les activités de coopération et de développement international. Les enjeux en la matière sont de plus en plus complexes et impliquent un nombre croissant d'acteurs - gouvernements, ONG, fondations et entreprises privées - qui obéissent à des logiques différentes. «La multiplication des catastrophes naturelles et des crises humanitaires - pensons à Haïti et à la Somalie -, ainsi que la volonté d'agir sur une base durable invitent à réfléchir sur la façon d'articuler les interventions d'urgence avec les phases de reconstruction et de développement, explique Bonnie Campbell. À quel moment la reconstruction cède-t-elle la place au développement? Qui fait quoi? Est-il normal que des militaires s'occupent à la fois de sécurité, d'aide humanitaire et de développement?»

Les façons de faire de nouveaux bailleurs de fonds, qu'il s'agisse de pays tels que la Chine, le Brésil et la Corée du Sud, ou de fondations privées, comme celle de Bill Gates, reposent souvent sur des perspectives à court terme ou sur des approches trop administratives, observe la chercheuse. Selon elle, ces approches ne tiennent pas toujours compte des dynamiques internes dans les pays récipiendaires d'aide, ni de leur capacité à s'approprier des stratégies de reconstruction et de développement, condition essentielle à des solutions durables. «Au Mali, par exemple, une fondation privée voulait financer une campagne massive de vaccination, mais exigeait que tous les médecins d'un hôpital soient mis à contribution, perturbant ainsi le fonctionnement de l'établissement.»

Promouvoir la participation citoyenne

Les chercheurs du CIRDIS s'intéresseront aussi à la mise en valeur des ressources naturelles à travers deux pôles de recherche, l'un sur le secteur minier et l'autre sur le tourisme durable. Les travaux traiteront de l'impact de l'exploitation des ressources naturelles sur les communautés locales, l'environnement, le développement économique et social à long terme, ainsi que des rôles et responsabilités des acteurs publics et privés.

Les recherches concernant les droits humains, les mouvements sociaux et la gouvernance se concentreront sur les groupes les plus vulnérables : les populations vivant des situations de crise ou de conflit, les peuples autochtones, les femmes et les jeunes. «Au nom de l'efficacité administrative, la gouvernance est trop souvent envisagée en dehors de la participation citoyenne, tout en étant associée au respect des réformes structurelles préconisées par les bailleurs de fonds internationaux, note Bonnie Campbell. Une bonne gouvernance doit tenir compte de la souveraineté des États et de l'autonomie des mouvements sociaux au sein de la société civile, notamment à l'égard des grands bailleurs de fonds.»

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