Former des scientifiques entrepreneurs

Le projet de recherche BEST vise à développer des compétences entrepreneuriales chez les chercheurs en génomique afin de leur permettre de commercialiser leurs découvertes.

17 Octobre 2011 à 0H00

«Toutes les technologies d'avant-garde issues de la génomique posent le défi suivant : il faut trouver comment passer d'une belle trouvaille scientifique à une application concrète, que l'on tentera ensuite de transformer en produit commercialisable», explique avec enthousiasme Sophie Veilleux, professeure au Département de marketing. La jeune chercheuse collabore au projet Boosting Entrepreneurial Skills and Training : BEST in Genomics!, mis sur pied à la suite d'un concours lancé par Génome Canada. «Ce projet propose un programme de formation et d'accompagnement pour les chercheurs et leurs étudiants diplômés en génomique afin de développer leurs compétences entrepreneuriales et éventuellement transformer leurs découvertes en succès commerciaux», précise-t-elle.

Embauchée à l'École des sciences de la gestion en décembre 2010, Sophie Veilleux est spécialisée dans la gestion des entreprises technologiques. L'équipe à laquelle elle se joint est menée par le professeur Denis J. Garand, de l'Université Laval, et regroupe une demi-douzaine de professeurs-chercheurs spécialisés en administration (Laval, UQAM, Sherbrooke, Polytechnique), ainsi que des partenaires industriels, qui collaboreront avec une trentaine de scientifiques. «La subvention octroyée au projet BEST, qui s'élève à 1,12 million de dollars, n'impressionne guère les scientifiques, mais pour les professeurs en sciences de la gestion, c'est une somme considérable», souligne en riant la professeure.

Le Québec compte des chercheurs en génomique reconnus comme des sommités dans leur domaine de spécialisation, précise la chercheuse, et cinq créneaux d'excellence ont un potentiel commercial particulièrement prometteur : la santé humaine, la foresterie, l'environnement, l'agro-alimentaire et l'aquaculture.

Une certaine résistance

Une certaine résistance du milieu scientifique est cependant à prévoir, prévient la chercheuse. «C'est plus noble et plus accepté de vouloir être reconnu pour les avancées de ses recherches que pour le succès entrepreneurial, souligne-t-elle. Pourtant, les deux visées sont loin d'être incompatibles.»

La première étape du projet BEST est d'effectuer l'inventaire des projets en cours au Québec et dans les Maritimes, à partir des listes de projets déjà financés par Génome Canada. «Nous ferons ensuite passer des tests aux chercheurs afin de vérifier leur intérêt et leurs aptitudes à l'entrepreneuriat, explique Sophie Veilleux. Nous misons beaucoup sur les jeunes diplômés, qui pourraient être plus enclins à tenter l'aventure dans le monde des affaires.»

On proposera aux chercheurs retenus un plan de formation en quatre étapes, jusqu'à la commercialisation du produit ou du service. La chercheuse de l'ESG est en charge du troisième stade, qui consiste à passer de l'idée au projet. «Il faut regarder les besoins du marché, établir des liens dans le milieu industriel, faire un plan d'affaires qui tienne compte du financement, etc. Cela devient alors un véritable projet entrepreneurial.»

Le projet BEST, financé à 50 % par Génome Canada, à 25 % par Génome Québec et à 25 % par d'autres sources, s'étendra sur trois ans. Sophie Veilleux et ses collègues espèrent qu'il débouchera sur la mise en place d'un programme récurrent à l'échelle nationale. En génomique, précise-t-elle, passer d'une idée en laboratoire à un produit prend généralement une douzaine d'années. Les retombées ne seront donc pas immédiates, mais l'important est de retenir au pays nos technologies et nos savoir-faire. «De cette façon, nous obtenons un retour sur investissement plus profitable, nous créons des emplois hautement qualifiés et nous facilitons le partenariat université-entreprise par des licences et des alliances stratégiques, conclut-elle. Notre but ultime est de développer une classe de scientifiques-entrepreneurs qui puissent connaître du succès pendant de nombreuses années.»

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Qu'est-ce que la génomique?

La génomique vise principalement à comprendre la complexité déconcertante des interactions des gènes entre eux et avec leur environnement pour que les organismes vivants fassent ce qu'ils font. Autrement dit, comprendre ce qui fait «fonctionner» les génomes, y compris le nôtre.

Les chercheurs actuels sont également sur le point de comprendre comment fonctionne l'immunité par rapport aux maladies infectieuses, comment rendre les cultures plus résistantes et plus productives, comment accroître la résistance des forêts aux maladies et même comment mettre au point des sources d'énergie plus propres.

Source : Génome Canada

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