Concertation : lentement mais sûrement...

Entre deux conventions collectives, des syndicats ont appris à discuter avec les patrons pour améliorer la qualité de vie au travail.

28 Novembre 2011 à 0H00

Dépassés, les syndicats? «Pas du tout, répond Denis Harrisson. Ce sont encore les mieux placés pour défendre les intérêts socioéconomiques de leurs membres et certains réussissent même à établir de nouvelles relations patronales-syndicales.» Le professeur du Département d'organisation et ressources humaines de l'École des sciences de la gestion a publié récemment dans le British Journal of Industrial Relations les résultats d'une recherche portant sur la concertation, menée en collaboration avec Mario Roy, de l'Université de Sherbrooke, et Victor Haines, de l'Université de Montréal.

«Il s'agit d'un processus de communication établi entre l'employeur et l'employé afin de discuter d'éléments externes à la convention collective, qui touchent l'organisation du travail, l'avenir de l'entreprise ou le développement des stratégies», explique le chercheur, qui étudie la concertation depuis une vingtaine d'années.

Le modèle québécois de la concertation patronale-syndicale s'est développé de belle façon au fil des ans, mais il demeure encore très peu utilisé, précise le professeur Harrisson. Le ministère du Travail évalue en effet à 30 % le nombre d'entreprises, publiques et privées confondues, où patrons et syndicats effectuent de la concertation. «Le secteur privé a été le premier à l'adopter et on commence à voir des expériences de concertation dans le secteur de la santé et dans le secteur de l'éducation», note Denis Harrisson. La concertation, poursuit-il, amène une réduction du niveau de tension entre employeurs et employés. «On passe de la méfiance habituelle à un certain degré de confiance, car la concertation force tout le monde à miser sur les relations interpersonnelles.»

Il n'y pas de négociation à proprement parler dans une concertation, pas de monnaie d'échange, mais les syndicats s'y engagent en souhaitant que leur participation entraîne une amélioration de la qualité de vie au travail. «Cela permet, par exemple, de développer un plus grand sens des responsabilités chez les employés», souligne Denis Harrisson.

Dans le Code du travail du Québec, l'organisation du travail est la prérogative exclusive de l'employeur. «Mais nous ne sommes plus en 1950, note le chercheur. Les employeurs savent qu'ils doivent impliquer les employés ou leurs représentants syndicaux, car ceux-ci veulent être consultés sur les sujets qui les touchent directement.» Si de nouvelles machines doivent être installées, par exemple, on inclura le syndicat dans les discussions afin qu'il participe à l'élaboration du plan de formation.

La recherche

L'article publié récemment par Denis Harrisson et ses collègues se penchait sur le rôle des représentants syndicaux dans la concertation. «Nous avions émis l'hypothèse que les représentants syndicaux étaient en conflit de rôle lorsqu'ils prenaient part à un processus de concertation, car ils se retrouvaient à devoir défendre les intérêts socioéconomiques de leurs membres tout en participant à un dialogue ouvert avec l'employeur», explique-t-il.

Les chercheurs se sont appuyés sur les données d'une enquête menée auprès d'une vingtaine d'entreprises de 125 à 2 000 employés, surtout du secteur manufacturier. «La concertation est très efficace dans ce secteur, qui a subi plusieurs crises au cours des dernières années en raison de délocalisations, de fermetures et de licenciements», observe le professeur Harrisson.

Leur hypothèse a été infirmée, puisque tous les représentants syndicaux rencontrés ont affirmé que la concertation était complémentaire à leur rôle traditionnel. «Ils nous ont démontré qu'ils tiennent compte à la fois des intérêts de leurs membres et de ceux de l'employeur lors de la concertation, précise Denis Harrisson. C'est toutefois une position plus engageante, difficile à tenir, lourde de conséquences et exigeante en termes d'énergie.» Le rôle classique du représentant syndical est bien défini, explique le chercheur. Il est balisé par 50 ans de relations de travail et de négociations basées sur les conventions collectives, tandis que lors d'une concertation, ce rôle se définit au fil des discussions avec l'employeur.

L'avenir de la concertation

Certains employés croient que participer à une concertation signifie que le syndicat baisse les bras devant l'employeur et s'affaiblit, perdant ainsi son réflexe de défense et de lutte. Mais cela n'empêchera pas ces «nouvelles relations de travail» de se multiplier. «Les jeunes qui entrent sur le marché du travail s'attendent à ce mode de fonctionnement. Ils n'accepteraient pas de ne pas avoir leur mot à dire dans une organisation», conclut Denis Harrisson.

PARTAGER